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Mercredi 29/07/2026

60 millions d'euros collectés, 59 exploitations financées, 81 agriculteurs installés : le bilan de la foncière solidaire FEVE depuis son lancement

Publié par FERMES EN VIE FEVE

Six ans après sa création, la foncière solidaire FEVE annonce avoir dépassé les 60 millions d'euros collectés auprès de 3 900 épargnants. Un modèle qui mise sur l'argent des citoyens pour lever l'un des principaux verrous de l'installation agricole : le prix de la terre.

Le foncier, mur invisible de l'installation

Le chiffre est connu du monde agricole et il inquiète : près de la moitié des agriculteurs français partiront à la retraite dans la décennie qui vient. Derrière cette vague de départs se pose une question simple à formuler et redoutable à résoudre : qui reprendra les fermes, et avec quel argent ?

Car pour un candidat à l'installation, en particulier lorsqu'il n'est pas issu du milieu agricole, l'obstacle est rarement l'envie ou la compétence. C'est le capital. Acheter une exploitation suppose de mobiliser plusieurs centaines de milliers d'euros avant même d'avoir semé quoi que ce soit. Selon FEVE, il faut compter en moyenne 600 000 euros pour l'acquisition d'une ferme. Une somme qui, additionnée au cheptel, au matériel et à la trésorerie de démarrage, décourage un grand nombre de projets avant leur naissance.

Dissocier la terre de l'activité

C'est sur ce point précis que se positionne FEVE (Fermes En ViE), créée en 2020. Le principe : collecter l'épargne de particuliers pour acheter des fermes, puis les louer à des agriculteurs engagés dans des pratiques agroécologiques, avec une option d'achat leur permettant de devenir propriétaires à tout moment.

L'idée n'est pas neuve, Terre de Liens l'explore depuis des années sous une forme associative mais FEVE la décline avec les outils de la finance solidaire. En séparant la propriété du sol de l'exercice du métier, le montage abaisse mécaniquement le ticket d'entrée. L'agriculteur ne s'endette plus pour la terre ; il paie un fermage et concentre son financement bancaire sur l'outil de production mais à terme il peut quand même devenir propriétaire.

Sur le terrain, l'effet se mesure d'abord dans le dialogue avec le banquier. « FEVE a joué un rôle déterminant dans notre installation. Le montage proposé a rassuré notre banque et a rendu le projet finançable », témoigne Pauline Damiot, agricultrice en grandes cultures sur la ferme d'Avrainville en Ile-de-France.

59 fermes, 81 installations

Six ans après son lancement, la foncière affiche un bilan chiffré : 59 exploitations financées sur l'ensemble du territoire, 81 agriculteurs installés et 3 713 hectares engagés dans une conversion agroécologique. Quinze acquisitions supplémentaires sont annoncées pour les quatre prochains mois.

Les fermes concernées couvrent un spectre large : maraîchage, élevage, arboriculture, polyculture, sur des surfaces généralement comprises entre 50 et 150 hectares. Toutes doivent répondre à un cahier des charges agroécologique défini par la structure, centré sur la préservation des sols, de la biodiversité et de la ressource en eau.

Une épargne « qui se voit »

Le second enseignement de cette annonce tient au profil des financeurs. Les 3 900 investisseurs réunis par FEVE sont des particuliers. Le ticket d'entrée est fixé à 500 euros ; l'investissement moyen cumulé s'établit à 11 150 euros.

Ce qui les motive relève autant du placement défiscalisé que de la conviction. « J'ai essayé de trouver un placement qui repose sur une activité réelle, et pas seulement un investissement financier dont on ne perçoit ni la portée ni l'implication », explique Thierry Richard, investisseur depuis 2022. « Aujourd'hui, je sais où va chaque euro investi. »

Cette lisibilité, savoir qu'un versement correspond à une parcelle, une ferme, un visage, constitue l'argument central du modèle. Elle prolonge une évolution déjà visible dans les habitudes de consommation : après avoir voté avec leur caddie, une partie des Français vote désormais avec leur livret.

« Le cap des 60 millions d'euros constitue une étape importante pour FEVE, mais ce chiffre raconte avant tout un gros travail collectif », commente Simon Bestel, co-fondateur de l'entreprise. « Notre objectif est de nous adresser au plus grand nombre. À tous ceux qui ne se lèvent pas le matin en pensant à la transmission agricole mais qui se préoccupent de leur alimentation, de son coût, de sa qualité, de son origine. »

Les institutionnels suivent

Le modèle a également convaincu au-delà du grand public. La Banque des Territoires, le fonds Entrepreneurs du Vivant de France 2030, Allianz ainsi que plusieurs fonds solidaires (Mirova, Crédit Mutuel AM, Ecofi) ont injecté 16,5 millions d'euros dans la première foncière solidaire de la structure, « Les Fèves ». Une validation qui compte, dans un secteur où la rentabilité affichée reste modeste et l'horizon de placement long.

Un levier, pas une réponse globale

Reste à mesurer la portée réelle du dispositif. Rapportés aux quelque 380 000 exploitations que compte la France, 59 fermes financées relèvent encore de l'expérimentation à l'échelle nationale. Le renouvellement des générations agricoles se jouera aussi sur la formation, le revenu, la charge de travail et les politiques publiques de transmission, autant de chantiers qu'aucune foncière ne peut porter seule.

Mais le signal envoyé n'est pas anodin. Il démontre qu'il existe, en France, une réserve d'épargne prête à financer directement la reprise de fermes, à condition qu'on lui en propose le véhicule. Sur un enjeu où l'on manque moins d'idées que de capitaux, c'est une information en soi.

En savoir plus sur FEVE : feve.co