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Lundi 23/03/2026

[TÉMOIGNAGE] En Bretagne, Antoine Lesec mise sur les robots de traite pour construire l'avenir

Publié par BRETAGNE

Installé avec son père Patrick, depuis un peu plus d'un an à Saint-Péran, Antoine Lesec, 25 ans, a choisi d'investir dans trois robots de traite. Un pari tourné vers l'avenir.

À Saint-Péran, l’exploitation familiale des Lesec est en pleine transformation. Depuis un an et un mois, Antoine, 25 ans, s’est associé avec son père Patrick, 60 ans. Une installation progressive, longuement mûrie, qui illustre le visage d’une nouvelle génération d’éleveurs : dynamique, pragmatique et résolument optimiste.

"« Mon père ne m’a jamais forcé. C’est aux jeunes de tracer leur projet », résume Antoine. "

Une liberté qui explique sans doute pourquoi le jeune homme est resté, pourquoi il a choisi de s’installer là où tout a commencé.

Un parcours construit pas à pas

Antoine Lesec n’était pas prédestiné à un parcours scolaire classique. « Je n’étais pas très scolaire », reconnaît-il sans détour. C’est pourtant au lycée agricole La Touche, à Ploërmel, qu’il trouve sa voie. Trois années en bac pro CGEA qui changent la donne. « Grâce à ces trois années, j’ai pu obtenir mon bac et aller en BTS ACSE à Montfort. Franchement, j’avais de l’avance. »

La Touche, un établissement qu’il recommande aujourd’hui volontiers aux jeunes qui doutent. Son BTS, il le réalise en apprentissage dans une ferme bio à Maure-de-Bretagne, une expérience déterminante qui affine sa vision de l’élevage et de l’autonomie.

Après ses études, Antoine partage son temps entre l’exploitation familiale et le Gaec Carmuse, à Monterfil. Deux mi-temps, deux environnements différents, mais une même conviction qui s’impose : son avenir est bien à Saint-Péran.

Une association anticipée avec son père

« Dès le BTS, on avait anticipé avec mon père pour une association », raconte-t-il. Patrick, lui, a toujours su lui laisser de l’espace.

"« Il m’a donné une grande autonomie dans les choix techniques et matériels. »"

Une confiance réciproque, essentielle dans un projet de transmission.

Avant l’installation d’Antoine, l’exploitation comptait 920 000 litres de lait, sur 97 hectares, avec 85 à 90 vaches. Le système repose sur le pâturage, avec 30 ha de céréales, 25 ha de maïs ensilage et le reste en herbe. L’exploitation est engagée en Bleu-Blanc-Cœur, un choix cohérent avec la recherche d’autonomie alimentaire.

L’opportunité de reprendre une exploitation située à quatre kilomètres du site principal marque un tournant. L’objectif est clair : atteindre 1,48 million de litres de lait d’ici deux ans, avec un troupeau de 135 vaches.

Changer d’échelle sans renier le système

Pour y parvenir, Antoine et Patrick travaillent sur tous les leviers : la génétique, l’intervalle vêlage-vêlage, l’alimentation. « Ce travail, c’est de la rigueur avant tout », insiste le jeune éleveur. Le cap est fixé : viser des vaches à 12 000 kg de lait par an.

C’est dans cette logique qu’est né le projet des trois robots de traite.

Du projet salle de traite… aux robots

Au départ, l’idée n’était pas celle-là.

"« On voulait passer d’une 2×8 TPA à une 2×16 », explique Antoine."

Une extension qu’ils envisageaient de réaliser eux-mêmes, maçonnerie comprise. « On adore toucher à tout. C’est une question de goût, mais aussi d’économie. »

Mais cette option impliquait davantage de travail et le recrutement de 0,5 UTH supplémentaire. C’est aussi à ce moment-là qu’Eugénie, la compagne d’Antoine, salariée à mi-temps sur la ferme et porteuse d’un projet d’installation, entre pleinement dans la réflexion.

Lorsque le devis pour la nouvelle salle de traite tombe – 220 000 € – le raisonnement change.

"« On s’est posé la question : et pourquoi pas les robots ? »"

Très vite, le choix s’oriente vers trois robots, un dimensionnement cohérent avec les objectifs de production et un moyen de peser davantage face aux fournisseurs.

Un choix assumé et collectif

Le choix se porte sur la société GEA, partenaire historique de la ferme depuis trente ans. « La salle de traite installée par mon père n’a jamais changé de moteur ni de pompe à vide. Ça crée de la confiance. »

Les robots retenus sont silencieux, capables de tout réaliser en un seul passage et adaptés à un système pâturant.

"« Ce qu’on cherche, c’est optimiser le travail, ne pas perdre de temps. Et en pâturage, c’est essentiel. »"

Une extension de 30 mètres du bâtiment existant est en cours. Les trois robots seront installés en ligne, dans un bâtiment en longueur. Leur mise en service est prévue fin juin – début juillet.

Un impact positif évident

Benoît Guillard, conseiller des clientèles agricoles en Ille-et-Vilaine au Crédit Agricole, suit le dossier. « Quand je travaille sur l’installation d’un jeune, ma priorité est de regarder le gain productif de l’innovation : le temps gagné, les performances technico-économiques, mais aussi la question RSE, le bien-être animal et celui de l’éleveur. »

Dans le cas d’Antoine, le constat est clair : « Il y a un impact positif évident de l’innovation. À partir de trois robots, on est déjà sur une belle structure. La question, c’est aussi la conduite du changement et l’accompagnement par les partenaires ».

Le conseiller souligne également la cohérence du projet : « Les robots ne seront pas saturés, car Antoine veut maintenir le pâturage. On reste dans une conduite de troupeau maîtrisée ».

Une vision de chef d’entreprise

Au-delà de la technique, Benoît Guillard insiste sur la posture du jeune installé. « J’aime challenger les jeunes agriculteurs sur leur vision de l’avenir. Ici, une fois que Patrick partira, la question se pose. Mais on ne se fait pas de souci : Antoine a une vraie vision de chef d’entreprise. »

Un regard que le principal intéressé assume.

"« Je n’ai pas d’ambition démesurée, mais j’ai envie d’avancer. Cette relation de proximité avec la banque, le fait d’anticiper, ça me permet d’avoir l’esprit tranquille. Entre nous, c’est du respect et de la bienveillance. »"

Un agriculteur heureux et tourné vers demain

Loin de se laisser dépasser par les investissements, Antoine garde le cap. « Gagner du temps, c’est aussi pour en profiter avec mes proches, ma famille, mes copains. Surtout ne pas se dégoûter du travail. » L’objectif est clair : travailler un week-end sur deux.

Les projets continuent de bouillonner. Plus de lait, peut-être demain une évolution du système, voire une conversion en bio. « Eugénie et mon père me freinent parfois… mais ils m’encouragent aussi. Eugénie a toujours été là. Elle est ma principale source de motivation. »

À Saint-Péran, l’installation d’Antoine Lesec ne se résume pas à un chantier de robots. Elle incarne une agriculture qui investit, qui réfléchit, et qui regarde l’avenir avec confiance.