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Nutrition animale : comment la profession s’adapte

CREDIT AGRICOLE SA

Nutrition animale : comment la profession s’adapte

La filière porcine subit, comme les autres filières viande, les effets de la crise du Covid-19 et du confinement. Si elle semble moins pâtir des changements dans les modes de consommation, elle reste menacée par les tensions liées à la situation internationale. Une baisse des prix semble inévitable.

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On sait que l’un des faits majeurs observés au début de l’épidémie a été une hausse importante d’achats « de précaution » dans tous les commerces alimentaires. Bien entendu, cette brusque montée de la consommation apparente, qui a concerné en particulier les produits carnés, s’est répercutée en amont, et même à double titre : d’une part, il a fallu satisfaire la demande croissante de la distribution, et d’autre part, les éleveurs eux-mêmes ont souvent pris les devants et renforcé par précaution leurs stocks d’aliments achetés : à la fin du mois de mars 2020, certains fournisseurs d’aliments bovins ont enregistré des commandes supérieures parfois de 50 % aux volumes habituels ! Cela fut moins le cas dans les filières du porc et surtout de la volaille, mieux organisées et plus intégrées. Or, les acteurs de la nutrition animale fonctionnent eux-mêmes en flux tendu, à cause des délais de paiement assez courts, quinze jours en moyenne, pratiqués avec leurs propres fournisseurs en matières premières, ou intrants.

On peut classer ces intrants en trois catégories : céréales, oléo protéagineux, le plus souvent sous forme de tourteaux, et ingrédients (minéraux, oligo-éléments, etc.) En ce qui concerne les céréales, essentiellement d’origine française, il y a peu de risque de pénurie. Mais globalement, 20 % des matières premières entrant dans les fabrications des quelque 320 usines françaises sont importées. C’est en particulier le cas de la majeure partie du tourteau de soja, qui représente plus du tiers de l’aliment d’appoint des bovins à l’herbage, et environ 20 % de la ration des volailles. La France importe aujourd’hui environ 2 millions de tonnes de protéines végétales, essentiellement du soja dont elle ne produit que quelques centaines de milliers de tonnes.

Jusqu’à présent, les professionnels de la nutrition animale assurent pouvoir continuer à fabriquer l’aliment nécessaire. Mais le soja provient essentiellement des Amériques, États-Unis, Brésil et Argentine. Et pour des raisons sanitaires liées au Covid-19, le trafic y est perturbé, d’abord depuis les régions productrices comme le Mato Grosso vers les littoraux, puis dans les grands ports d’exportation où les inspections se multiplient et risquent de conduire à des procédures lourdes de désinfection, tant des entrepôts que des navires. Quant aux minéraux, leur approvisionnement est perturbé par la fermeture de certaines carrières.

Soulignons en outre combien la Chine, avec laquelle le trafic est toujours perturbé, est pour sa part un acteur majeur dans la fabrication de certains additifs indispensables aux formulations.

Tout cela conduit les professionnels de la nutrition à proposer des formules simplifiées et des gammes plus courtes. Mais à terme, la leçon que tireront sans aucun doute les acteurs de la nutrition animale et leurs clients, c’est qu’il faut plus que jamais poursuivre, et même accélérer la tendance à renforcer un approvisionnement plus domestique, et aussi, par convergence, plus en phase avec une demande en produits sans OGM, et pour une partie accrue, issus de l’agriculture biologique (cf. prévisions ci-dessous).

Enfin, c’est au cœur même du marché domestique que des voix s’élèvent aujourd’hui pour demander qu’au nom de « l’autonomie des territoires », soit aussi progressivement rééquilibrée la production végétale dédiée aux élevages. En hors-sol comme en bovins, nombreuses sont les régions dont les espaces cultivés ne peuvent suffire à nourrir leur cheptel. Rien d’étonnant, puisque les seules régions de la Bretagne et des Pays de Loire, concentrent aujourd’hui 55 % des usines de fabrication d’aliments…

Article de la revue PRISME L’analyse de la conjoncture et de l’actualité agricole et agroalimentaire - 30 avril 2020

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