Céréales : la fin d’un cycle ?

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Céréales :  la fin d’un cycle ?
Céréales :  la fin d’un cycle ?

Pour le blé, la production française est un atout à l'export

Même si la sécheresse avait déjà réveillé quelque peu les cours du blé, qui pouvait prévoir une telle embellie à partir de la mi-juillet?

On savait que la production pluriannuelle des États-Unis était sur une tendance baissière et que l’évolution des stocks de fin de campagne chez les principaux exportateurs mondiaux était à la réduction; on se doutait que la Russie aurait du mal à rééditer ses performances une troisième fois, mais personne n’avait prévu que le climat allait impacter les fondamentaux du marché à ce point.

 La production française, moyenne en quantité, s’établit aux alentours de 34,5 Mt. Mais elle bénéficie d’une excellente qualité, les principaux critères étant en moyenne: un taux remarquable de protéines à 12 %, un taux d’humidité de 12,5 %, et un poids spécifique de 77,8. S’y ajoute une bonne qualité boulangère ce qui classe les blés français pour 83 % en qualité premium ou supérieure.

La production européenne s’affiche à 137 Mt en baisse de 15 Mt. Les pays scandinaves connaissent une chute de 50 % de leur production alors que l’Allemagne, les pays baltes et la Pologne perdent 25 %. Concernant nos voisins de l’est concurrents sur les marchés du sud: la Russie produirait 71 Mt contre 85 Mt en 2017 renouant ainsi avec le niveau de 2016; quant à l’Ukraine sa production avoisinerait les 25,5 Mt, en étant légèrement inférieure à celle des deux années précédentes. (sources USDA sept 2018)

À l’échelon mondial, l’Argentine qui s’attendait à des records s’inquiète du déficit hydrique. Globalement la production mondiale est estimée à 733 Mt en retrait de 25 Mt par rapport à 2017.

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Dans l’attente du retrait de la Russie du marché

Avec une récolte de qualité la France dispose d’atouts séreux à l’export pour reconquérir des parts de marché perdues en 2016 et que 2017 n’a pas permis de reprendre. De plus la parité €/$ entre 1,15 et 1,16 ainsi que la remontée du rouble, améliorent la compétitivité des blés français.

Pour autant le marché qui avait tutoyé les 220 €/t sur Euronext début août est revenu sur les 200 €/t malgré quelques velléités de reprise consécutives aux rumeurs de taxes ou restrictions à l’exportation en Russie. La Russie s’est montrée encore plus agressive en début de campagne qu’en 2017 en maintenant un rythme d’exportation très soutenu (9 Mt en deux mois). Mais, si elle a positionné 41 Mt sur le marché mondial en 2017, il semble qu’elle ne puisse dépasser les 30 à 32 Mt en 2018 afin de préserver son marché intérieur.

Selon FranceAgrimer, la France pourrait exporter 8,1 Mt de blé en Europe contre 9,3 Mt en 2017, en raison de la concurrence du maïs ukrainien sur les débouchés alimentation animale et réaliser 8,5 Mt de tonnes à l’export pays tiers.

Si les craintes de sécheresse persistent en Australie et que les difficultés de récolte perdurent au Canada, il est possible que le marché remonte sur les niveaux d’août mais c’est surtout l’absence de la Russie qui pousserait à la hausse les cours en deuxième partie de campagne

À plus long terme, peut-on s’attendre à des prix fermes?

• Oui, si on s’intéresse au ratio stocks/ consommation chez les principaux exportateurs mondiaux plutôt qu’à l’ensemble du monde. La Chine à elle seule mobilise la moitié des stocks fin de campagne soit 136 Mt alors que l’USDA estime ces stocks mondiaux à 261 Mt. Ainsi le ratio stocks sur consommation hors Chine descendrait en dessous de 20 % contre 22 % en 2012. C’est encore loin de 17,5 % constaté en 2007 mais ce serait incontestablement un facteur de soutien des prix.

• Non, si on considère que la croissance de la production de la Russie, devenue le premier pays exportateur mondial, est structurelle et que la position de la Chine sur la gestion de ses stocks demeure une inconnue. Restons donc prudents, d’autant plus que la volatilité des marchés est, à coup sûr, devenue structurelle, ce qui incite à saisir les opportunités de prix sans attendre le prix maximum.

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Orges

En France les rendements d’orge d’hiver sont stables par rapport à ceux de 2017, mais comme les surfaces ont baissé de 4 %, la production devrait atteindre 8,7 Mt contre 9,1 Mt l’an passé.

Si la France fut relativement épargnée par les conditions climatiques sur cette culture, il n’en va pas de même pour les autres pays européens en particulier l’Allemagne et la Pologne, ainsi que l’Ukraine et la Russie, qui ont vu leur production en forte baisse. De fait, la France sera quasiment le seul pays européen capable d’exporter en Europe (3 Mt envisagées) et sur les pays tiers (3,7 Mt) notamment vers la Chine et l’Arabie Saoudite qui sont les principaux acheteurs mondiaux.

La faible récolte mondiale se traduira par des stocks fin de campagne d’environ 21 Mt, les plus bas que l’on ait connus depuis plus de 20 ans.

Conséquence de cette situation, le raffermissement progressif des cours constaté l’an passé s’est brusquement accéléré au début de l’été (cf. Teneur en protéines des blés français récoltés graphique)

Le prix élevé de l’orge fourragère la rend moins attractive pour les fabricants d’aliments du bétail et ce d’autant moins, que l’importante récolte de maïs de la région Mer Noire (v cidessous) devrait tirer les prix vers le bas et augmenter la part de maïs dans les formulations. L’incorporation d’orge pourrait se limiter à 1,1Mt soit une baisse de 150000 tonnes comparée à 2017-2018.

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Orge brassicole

L’avenir du maillon production et celui de l’abattage sont étroitement liés. Des investissements des uns dépendront les résultats des autres et réciproquement. L’ensemble de la filière est consciente qu’elle se situe aujourd’hui à un tournant majeur de son histoire et que tout se jouera dans la façon de négocier collectivement le virage. Anne Bras Orge brassicole Le marché de l’orge brassicole s’est tendu plus tôt que celui de l’orge fourragère. Les perspectives de mauvaise récolte en Allemagne et dans les pays scandinaves se sont révélées dès les premières coupes en juillet, contribuant ainsi à maintenir la hausse des prix, déjà soutenus par le marché de l’orge fourragère; les deux marchés réagissent la plupart du temps de manière parallèle. Toutefois la prime brassicole, actuellement aux alentours de 15 €/T est anormalement faible; cette anomalie s’explique à la fois par un prix de l’orge fourragère très élevé et par un marché de l’orge brassicole attentiste, après avoir connu un pic en août dernier. Si les rendements australiens s’avèrent décevants, le marché de l’orge de brasserie pourrait connaître à nouveau un accès de fièvre compte tenu des faibles disponibilités européennes

Maïs

En France, comme en Allemagne d’ailleurs, le maïs n’échappe pas à la pénalisation des rendements par la sécheresse. La récolte française, beaucoup plus précoce qu’en temps normal, devrait atteindre 11,5 Mt, en retrait de 2 Mt par rapport à 2017. Le maïs étant beaucoup moins cher que le blé, son incorporation par les FAB serait d’environ 2,2 Mt (+ 0,2 Mt). Ainsi le stock fin de campagne français s’établirait à moins de 2 Mt soit beaucoup moins que l’an passé.

Au niveau mondial, la production avoisinerait 1070 Mt, un peu en dessous du record de 2016. Toutefois les stocks fin régressent fortement depuis deux ans pour atteindre un ratio S/C de 15 % contre 21 % en 2016.

Malgré cela les cours restent sous pression de la concurrence de pays comme la Bulgarie, la Roumanie ou l’Ukraine qui bénéficient d’une excellente récolte. L’importante prime du maïs français sur ces origines d’environ 40 $/t dans les ports ne semble pas durable, laissant peu d’espoir à un raffermissement à court terme des cours et ouvrant grand la porte aux importations de ces pays par les fabricants d’aliments du bétail.

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