Fragilisée, la filière céréalière française sommée de se réinventer

Fragilisée, la filière céréalière française sommée de se réinventer

Un "colosse aux pieds d'argile": la filière céréalière française, longtemps réputée prospère, connaît des saisons tourmentées face à une concurrence féroce et aux incertitudes réglementaires et souhaite monter en gamme pour rester dans le club des acteurs qui comptent.

La formule "colosse aux pieds d'argile" provient du groupe de réflexion Agridées. Dans une note publiée en janvier dernier, il rappelait qu'une tonne sur deux des céréales produites en France est aujourd'hui exportée, une réussite néanmoins fragile. Entre la concurrence effrénée de la Russie et plusieurs accidents climatiques, en termes de revenus, "c'est la cata depuis 2013", résume à l'AFP Philippe Pinta, président sortant de l'AGPB, syndicat des producteurs de blé. "Mais c'est surtout le moral qui n'est pas top. Tous les ans depuis 2013, on a 30% des céréaliers qui sont dans le rouge" en termes de revenu disponible, une fois payées les charges sociales, résume-t-il, à quelques jours de l'ouverture du Salon de l'Agriculture à Paris.  

Après un exercice 2016 calamiteux, les deux années qui ont suivi ont été un peu meilleures, mais "le problème, c'est de boucher les trous des années passées", résume M. Pinta. Une inquiétude d'autant plus grande que des marchés qui étaient chasse gardée de la France, comme l'Algérie, semblent à leur tour prêts à céder aux sirènes sibériennes: Des échanges ont ainsi eu lieu l'an passé, sans suites pour l'instant. Contrairement à certains meuniers d'Afrique de l'Ouest, au Sénégal ou au Cameroun, qui ont pris goût aux marchandises russes.  

"Il n'y a pas d'inquiétude particulière", affirme pourtant Philippe Heusele, président de France Export céréales. Il reconnait néanmoins que "les marchés exports ont peut-être été trop souvent considérés dans le passé comme étant des marchés de défaut" et avance que la concurrence du blé russe, très riche en protéines, amène les Français "à faire des progrès sur la marchandise" proposée aux moulins d'Afrique sub-saharienne.   "Lorsqu'on fait lever du pain baguette sous des climats tropicaux, il y a des exigences de tenue de pâte qui réclament des taux de protéines suffisamment importants", explique ainsi M. Heusele.

Un label en préparation

M. Pinta fait valoir que le "plan protéines" lancé par la filière il y a quelques années a commencé à porter ses fruits. Mais face à une concurrence toujours plus agressive, et avec des contraintes environnementales plus fortes, même si le président Emmanuel Macron a mis de l'eau dans son vin au sujet de la sortie du glyphosate, les paysans semblent vouloir aller plus loin. Dans le monde, "il y a une hausse forte de la classe moyenne et cette classe moyenne est de plus en plus en attente de qualitatif, de sanitaire, ça va de soi, mais aussi de démarches respectueuses de l'environnement et de démarches sociétales", veut croire Eric Thirouin, successeur fraîchement élu de M. Pinta. "C'est valable en Orient, c'est valable en Asie, mais il y a aussi des attentes qui sont en train de pointer en Afrique. Sur tous ces marchés-là, on a certainement quelque chose à valoriser", a-t-il ajouté.  

Lors du congrès où il a été élu, il a ainsi présenté un projet de label Haute Valeur Environnementale adapté à la filière céréalière.   Une démarche qui semble vouloir séduire autant les marchés extérieurs que l'opinion publique française et notamment les leaders d'opinion: selon un sondage commandé par l'AGPB, seulement 53% des cadres ont une bonne image des céréaliers, contre 74% de la population française dans son ensemble.   Le contenu de ce label demeure cependant encore flou: "Il y aura les intrants (engrais et pesticides), il y aura la biodiversité, il y aura la mise aux normes, les bandes enherbées" (qui permettent d'absorber certains engrais le long des rivières), a ainsi énuméré M. Pinta, en souhaitant que "toutes les régions puissent rentrer dedans".  

Une approche inclusive qui inquiète Laure Figeureu-Bidaud, jeune céréalière installée dans l'Eure: "Le problème de ne jamais exclure personne, c'est que finalement on a du mal à avancer", avertit-elle, craignant un plan "un peu creux". Pour elle, "on est en train de changer de modèle": "Beaucoup d'agriculteurs ont conscience qu'il n'y a pas le choix, c'est ça ou ça va devenir toujours plus compliqué. Le temps où les agriculteurs manifestaient sans proposer vraiment d'alternatives, c'est terminé".

Source AFP

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Commentaires 5

CASH38

Le bio n'est actuellement qu'un piège à c... qui marche.Le bio est un épiphénomène né d'une culture agronomique insuffisante et d'un matraquage long et continu de quelques élites dite écologistes. Le recours est évidemment l'agriculture raisonnée menée par des agriculteurs raisonnables. Tous les instruments existent reste que ce n'est pas auprès d'agriculteurs en crise particulièrement financière qu’il faut lancer une grande réforme de la PAC incluant la transition écologique menée par les conseillers agriculture incompétents et écologistes délirants de la présidence de la République.

CASH38

Alain je vous félicite de votre analyse. C'est bien de cela dont il s'agit.

Bruno 02

Ah, le plan protéine... Quelle vaste fumisterie alors que les apports d'azote sont sans cesse remis en cause par les lobbys écolos qu'écoutent complaisamment nos préfectures !!!

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Les céréales ne vont pas bien ?
Et dans un autre article le blé français est le moins cher du monde ?
Cherchez l'erreur .......

alain

la demande sociétale est une demande dont l'agriculture force le trait à défaut de résister aux critiques du lobby écolo.
la complaisance avec l'administration pour quelles subventions afférentes au 2eme pilier (type mae, agroforesterie) qui ne changeront rien, conduit tout le monde agricole à des difficultés.
encore une usine à gaz en perspective qui profitera aux premiers servis.
le syndicalisme majoritaire ne pourra survivre de sa contradiction : fricoter avec le bio alors que l'agriculture bio prend appui sur une critique acerbe de l'agriculture dite productiviste; ce consensus mou conduit à nous réduire à de sales pollueurs.
l'agribashing est d'abord au sein de la profession, devenue chasseuse de prime.

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