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Gérer le ray-grass dans les parcelles de blé dur

Benoit Moureaux

Jean-Luc Verdier : « En parcelles infestées, si la technique du faux semis n’a pas été réalisable ou n’a pas été efficace, il convient de décaler la date de semis ».
Jean-Luc Verdier : « En parcelles infestées, si la technique du faux semis n’a pas été réalisable ou n’a pas été efficace, il convient de décaler la date de semis ».

Le contrôle du ray-grass est une question récurrente en zone traditionnelle de production du blé dur. Jean-Luc Verdier, ingénieur Arvalis en Occitanie, fait le point sur les spécificités liées à cette culture.

Perspectives Agricoles : La situation vis-à-vis des adventices est-elle préoccupante ?

Jean-Luc Verdier  :  La gestion des adventices graminées reste une problématique majeure en céréales à paille. Le ray-grass en particulier s’adapte bien aux systèmes céréaliers. Il est notamment favorisé par la simplification du travail du sol ou encore par des rotations courtes. Le blé dur, étant une espèce plus sensible aux herbicides, les solutions curatives sont un peu plus contraignantes à mettre en œuvre qu’en blé tendre par exemple. Les produits phytosanitaires autorisés, les doses et les mélanges utilisables sont plus limités. La résistance des mauvaises herbes à ces produits, constatée depuis de nombreuses années mais qui se généralise, est une difficulté supplémentaire.

P. A. : Comment réduire la présence de ray-grass dans les parcelles ?

J.-L. V. :  L’allongement de la rotation des cultures, qui monte progressivement en puissance dans le Sud-Ouest, est un premier levier à actionner. En sols profonds, un maïs non irrigué peut trouver sa place grâce à des variétés précoces. D’autres espèces sont également implantées comme le sorgho, le colza, le soja en systèmes irrigués ou d’autres protéagineux. Le travail du sol est un autre levier efficace. Un labour ponctuel peut être une carte à jouer, sans forcément le systématiser. Avant l’implantation de la culture, un faux semis est à privilégier. Si les conditions d’humidité ne sont pas favorables à la levée des adventices puis à leur destruction, le semis du blé dur pourra être décalé pour limiter une levée concomitante à celle des adventices. Il est possible de semer jusqu’au 15-20 novembre, selon les conditions météo rencontrées. L’exportation des menues-pailles des parcelles pour réduire le stock semencier d’adventices est également possible.

P. A. : De quelle manière faut-il envisager la lutte curative ?

J.-L. V. : Il convient tout d’abord de viser un semis sur un sol aussi « propre » que possible. Une présence de ray-grass non maîtrisée dès le début risque ensuite d’être incontrôlable. Cette adventice étant très nitrophile, il convient d’assurer un désherbage correct avant tout apport d’azote. Lors des applications de traitements herbicides, il faut prendre toutes les mesures nécessaires pour limiter les risques de résistance des adventices. Les interventions d’automne doivent être précoces, entre le semis et la levée ou en post-levée précoce. Les molécules utilisées à l’automne ont un mode d’action différent de celui habituellement utilisé en sortie d’hiver. Le désherbage mécanique est un moyen complémentaire, en préférant le binage, plus efficace qu’une herse étrille ou rotative dont les effets sur le ray-grass sont aléatoires. Le binage peut imposer un écartement plus important entre les rangs et un équipement de guidage par caméra ou RTK.

P. A. : D’autres solutions pourraient-elles émerger à l’avenir ?

J.-L. V. :  Sur le plan des substances actives, il faudrait disposer de nouveaux modes d’action, ce qui n’est a priori pas envisageable dans un proche avenir. La maîtrise des adventices grâce à des semis sous couverts est également en cours d’évaluation. Nous n’avons pas encore assez de recul pour conclure sur leurs effets sur les adventices. L’écimage du ray-grass reste à être testé, en évacuant les graines de la parcelle pour éviter tout risque de réimplantation. D’autres solutions pourraient venir de la détection d’adventices par capteurs, utilisables en désherbage de précision qu’il soit mécanique ou chimique. Des travaux de recherche variétale concernent aussi la capacité des cultures à étouffer les adventices grâce à une couverture du sol et à un port plus étalé.

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