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Électricité : au service de la protection des cultures (3/3)

Raphaël Lecocq

Électricité : au service de la protection des cultures (3/3)

L’électricité pourrait très prochainement se poser en alternative au glyphosate grâce à l’électrocution tandis que son incursion dans les buses à pulsation servirait le désherbage ciblé, en association avec des systèmes de reconnaissance automatique des adventices.

Électricité

Ce troisième volet consacré à l’incursion de l’électricité dans la protection des cultures complète et clôt un sujet entamé avec l’apport de l’énergie électrique dans la traction des automoteurs agricoles ainsi que dans l’ animation des outils attelés.

Électricité : au service de la protection des cultures (3/3)

Les avantages du glyphosate sans les inconvénients : c’est la promesse soutenue par l’entreprise suisse Zasso et son système XPower, développé avec Case IH. Produit par une génératrice de courant, attelée à l’arrière et animée par la prise de force, le courant continu (5.000 à 15.000 V) est acheminé vers une première rangée d’applicateurs métalliques, disposées frontalement à l’avant du tracteur. Le courant progresse au contact de la végétation jusqu’aux racines, éclate les vaisseaux et endommage les cellules. Il transite par le sol et remonte dans une seconde rangée d’applicateurs, ce qui a pour effet de fermer le circuit.

L’électrocution est efficace contre les graminées et dicotylédones  annuelles. Elle est moindre sur certaines plantes pérennes, notamment celles à systèmes racinaires diffus, où deux à trois passages peuvent être nécessaires. L’effet destructeur est amplifié en conditions séchantes. Les conditions relativement moins favorables se rencontrent à l’aube, en présence de rosée et de plantes proches du sol. Selon la météo et les adventices en présence, le flétrissement s’opère dans un laps de temps compris entre quinze minutes et plusieurs jours.

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Commercialisation cette année

L’applicateur XPower proposé par Case IH développe une largeur de travail comprise entre 1,2 m et 3 m. La vitesse d’exécution est comprise entre 3 et 5 km/h mais le constructeur escompte atteindre les 6 à 10 km/h avec des applicateurs avancés. Le constructeur apporte une valeur ajoutée au système au niveau du pilotage de l’avancement et de la charge électrique, grâce à différents capteurs, capable d’interférer sur les commandes du tracteur grâce à l’Isobus de classe 3.

Le système, qui sera commercialisé cette année, fait l’objet d’une évaluation de la part d’Arvalis et de l’IFV. Selon Zasso, il présente tous les gages de sécurité vis à vis des opérateurs (zéro contact entre les applicateurs, arrêt automatique en cas de court-circuit...). Il est aussi conforme aux valeurs seuils de compatibilité́ électromagnétique (CEM). Il serait aussi sans impact sur les organismes vivants du sol.

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Maraîchage et espaces verts

Distribué en France par Stecomat, le désherbeur Rootwave Pro a lui aussi recours à l’électricité au moyen d’une lance, pour mais des applications ciblées à destination du maraichage et les collectivités. L’électricité, jusqu’à 5.000 V, parcourt les feuilles et tiges jusqu’aux racines, détruisant plantules, plantes et petits arbustes dans un laps de temps compris entre une fraction de seconde et 10 à 15 secondes.

Contrepartie de cette efficacité avérée par des instituts britanniques équivalents à l’Inra : les plantes désirables doivent être épargnées. Si Rootwave Pro ne pourra pas se frotter de trop près aux planches de salades et de carottes, il a vocation à désherber entre les planches sinon avant les semis, sans perturber le sol. Son usage requiert le port de bottes isolantes spécifiques. Une double sécurité est incluse dans la poignée.

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Buses à pulsation électrique

L’électricité s’invite aussi dans la pulvérisation, via  les buses à pulsation électrique PWM (Pulse Width Modulation). Celles-ci, ouvrent la voie à du désherbage ciblé, en association avec des systèmes de reconnaissance automatique des adventices. Intégrant un ou plusieurs solénoïdes, la technologie permet de s’affranchir de la relation entre vitesse, débit et pression. Autrement dit, on peut passer de 0 à 30 km/h à dose constante. On peut aussi modifier la dose à vitesse constante. On peut enfin jouer sur la pression, en bordure de parcelle par exemple, pour limiter les risques de dérive.

En jouant sur la longueur d’impulsion et sur la fréquence d’impulsion, la technologie offre aussi la possibilité de faire varier le débit chaque buse sinon de couper chaque buse individuellement, le tout avec une pression et une taille de gouttelettes constantes, garantes de la qualité d’application. Cette propriété ouvre la voie au désherbage ciblé, une piste explorée par plusieurs constructeurs, dont Amazone, Berthoud ou encore Kuhn.

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Du désherbage non sélectif toujours plus sélectif

Baptisé I-Spray, le concept présenté par Kuhn repose sur des capteurs hyperspectraux disposés sur la rampe. L’intelligence artificielle est mobilisée afin de afin de différencier les différentes familles d’adventices. Berthoud met de son côté en œuvre son système de pulvérisation buse à buse Spraytronic, associé au système d’intelligences artificielle « Bilberry Intelligent Spot Spraying ». Les tests en condition réelles sont programmés pour cette année.

L’alliance entre des constructeurs de pulvérisateurs et des start-up spécialisées dans l’analyse d’images ouvre à la voie à une réduction drastique des doses, pouvant atteindre 80%. La technologie ouvre en prime la possibilité d’une gestion du risque de résistance aux herbicides, avec l’usage de matières actives plus ciblées. Enfin, les cartographies de flore adventices amèneront une meilleure connaissance agronomique de l’état de salissure des parcelles, permettant de mesurer, tester et développer de nouvelles pratiques culturales. Encore faudra-t-il disposer des molécules idoines...

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