anonymous

Viticulture : Après la conjoncture favorable, viennent les défis ?

PARIS Le réseau CERFRANCE

Viticulture : Après la conjoncture favorable, viennent les défis ?

Abondance d’offre, recul du marché chinois, incertitude sur le Brexit, nouvelles taxes américaines, émeute à Hongkong, l’exportation dans les quatre plus grands marchés internationaux, moteur de la filière viticole française, est sous haute tension.

pour agrandir cliquez sur la graphique

Une récolte réduite après une vendange 2018 exceptionnelle

En France, la vendange 2019 est estimée à 42,2 millions d’hl, en retrait de 14 % par rapport à 2018 et moins 7 % sur les cinq dernières années. Le gel suivi d’une période intense de sécheresse a entraîné des situations locales contrastées et une production globalement en baisse dans tous les bassins de production. Néanmoins, la récolte sera plus proche de la moyenne après deux années extrêmes, très faible en 2017 avec 37 MHL et maximale depuis cinq ans en 2018 avec 49 MHL. L’Italie devrait produire 46 millions d’hectolitres de vin d’après les premières estimations et restera donc le premier pays producteur. Ce pronostic annonce cependant une baisse de 16 % de la vendange italienne par rapport à production historique de 2018 (ayant atteint 54,8 millions hl).

Viticulture : Après la conjoncture favorable, viennent les défis ?

Après quelques années fastes, une filière sous haute tension

L’abondance de l’offre, suite à une récolte mondiale exceptionnelle en 2018, se traduit par une concurrence accrue entre les acteurs. L’Espagne, par exemple, premier vignoble exportateur au monde en volume (et 3e en valeur), a majoritairement misé sur une stratégie de volumes, bousculant le marché français en prenant des parts de marchés dans les linéaires sur les produits d’entrée de gamme. Ce qui a obligé nos acteurs locaux à s’orienter vers le moyen/haut de gamme et l’export. En France, la demande des ménages est de moins en moins dynamique depuis trois ans, ce qui limite les débouchés locaux pour les producteurs.

 

La consommation baisse de 4 % par an, selon France Agrimer. L’essor du drive réduit les achats d’impulsion dans les supermarchés. Par ailleurs, les consommateurs sont davantage attirés par les blancs secs, les rosés et crémants. En conséquence, dans le bordelais, les prix qui avaient augmenté après la faible récolte de 2017 ont baissé en 2018 et les stocks ont de plus en plus de mal à s’écouler.

Sur le plan des marchés internationaux, en Chine, on observe un recul de la consommation locale l’an passé. La levée des barrières douanières des vins australiens et chiliens rend notre situation plus difficile : les vins de bordeaux ont reculé de 31 % en volume en 2018 (22 % en valeur) mais beaucoup moins à Hong Kong qui reste la tête de pont asiatique majeure. Sur ce marché, on note une baisse de volume de 4 %, mais une progression en valeur. Toutefois, le chiffre d’affaires global des vins et spiritueux sur l’ensemble de l’Asie progresse au premier semestre 2019 grâce au dynamisme du Japon et de la Corée du Sud.

Sur les autres principaux marchés exports, notamment aux États-Unis et au Royaume-Uni, la menace de taxes promises par Donald Trump d’une part, et le Brexit d’autre part, rendent les marchés difficiles à appréhender. Ces incertitudes et les décisions finales qui vont aboutir peuvent entraîner une réduction des volumes vendus et des marges pour la filière viticole. Nul doute que les opérateurs sont en demande d’accords commerciaux équitables pour poursuivre des ventes sur ces marchés à potentiel de développement et rémunérateurs. Dans cette période d’incertitude, les marchés sont plutôt dynamiques. Aux USA, la croissance des exportations françaises s’est élevée au premier semestre à 16,5 % en valeur et à 5,2 % en volume. Au Royaume-Uni, les exportations ont progressé au premier semestre de 12 %. Cette situation est sans nul doute consécutive à des anticipations d’opérateurs qui ont constitué des stocks. La reconquête d’une partie du marché intérieur perdu après la récolte 2017 et le développement de l’export sur les pays européens restent cependant des voies plus sécurisantes pour une partie du volume.

Viticulture : Après la conjoncture favorable, viennent les défis ?

La consommation de vin biologique en constante progression

Si la consommation de vin décroît en France, les vins biologiques voient au contraire la demande progresser. Le vignoble biologique représente 94 000 ha en France en 2018, soit une hausse de 12 % des surfaces. Le chiffre d’affaires français de la filière vins « bio » pèse 1 milliard d’euros. Les vins biologiques progressent notamment dans les vignobles d’Occitanie, puis dans le bordelais mais selon un sondage OpinionWay pour le compte de l’Agence bio, 48 % des Français attendent un plus large choix de vins bios dans leurs lieux d’achats habituels. La croissance de la consommation va se poursuivre puisque le fait qu’un vin soit bio est un critère d’achat à part entière pour 41 % des Français et plus encore pour la jeune génération

Viticulture : Après la conjoncture favorable, viennent les défis ?

La filière viticole face au défi de la baisse des pesticides

Si la viticulture représente à peine 3 % des surfaces agricoles en France, elle concentre 20 % des fongicides répandus dans la nature. La fragilité de la vigne, sensible au développement de champignons, de pucerons ou de bactéries nécessite l’emploi de fongicides et insecticides. Souvent étalées autour de villages et proches d’habitations, les zones de vignes sont aussi particulièrement concernées par les distances de non-épandage. Face à la pression sociétale, l’une des mesures phares du plan de filière présenté par les viticulteurs à l’issue des États généraux de l’alimentation conclus en décembre est l’engagement de diminuer de 50 % l’usage des produits phytosanitaires d’ici 2025, grâce à l’usage accru de produits alternatifs, au remplacement des deux tiers du parc des pulvérisateurs d’ici cinq ans par des outils modernisés qui permettent des pulvérisations intelligentes et confinées, et en limitant le nombre de traitement par an. Cet engagement s’accompagne de la promesse de développer l’agriculture biologique et de certifier 50 % des exploitations sous le label « Haute valeur « Haute valeur environnementale » (HVE) d’ici à 2025.

Article extrait de la Veille économique - Nov.2019 - Pierre-Gérard POUTEAU - Cerfrance

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier