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Mardi 27/10/2026

Amandes de Provence : l’IGP sinon le retour à la « casse » départ

Publié par Pleinchamp

[Med’Agri 2026] Depuis 10 ans, le Syndicat des producteurs d’amande de Provence s’évertue à relancer la production et structurer la filière, non sans succès. Il s’attelle désormais au chantier de reconnaissance IGP, avec la garantie de valoriser la production à sa juste valeur auprès des confiseurs, nougatiers et calissonniers de la région.

« Pour nous, l’IGP c’est obligatoire, parce que l’objectif de départ, c’était de produire. Aujourd’hui la production est là, maintenait il faut la valoriser et il faut pérenniser les actions que l’on a menées jusqu’à aujourd’hui. Le cœur battant d’une filière, c’est le producteur, et il faut que le producteur s’y retrouve, et clairement pour qu’il s’y retrouve, il faut segmenter le marché. Il nous faut un signe de qualité pour que les consommateurs reconnaissent nos amandes et nous trouvent dans les rayons ». C’est ce qu’a déclaré Fabien Dauphin, président du Syndicat des producteurs d’amandes de Provence, à Med’Agri le 15 octobre dernier.

[Dossier] Climat 2050 : bonjour amandes, grenades, olives, pistaches ?

Du plan de relance…

La 5ème édition du salon de l’agriculture méditerranéenne coïncidait avec le 10ème anniversaire de la création du syndicat et peu ou prou, avec le lancement d’un plan de relance de la culture d’amandiers, sous l’égide de la Chambre régionale d’agriculture de Provence Alpes Côte d’Azur. Un plan à 360° (inventaire du verger, étude technico-économique, impacts du changement climatique…) et qui n’oubliait pas d’associer les premiers intéressés, à savoir les transformateurs des secteurs alimentaires (confiseurs, nougatiers, calissonniers…) et cosmétiques, invités à formuler leurs exigences techniques et logistiques. La Confiserie du Roy René et l’Occitane seront dès le départ parties prenantes.

 

L’amandier, une culture méditerranéenne mais gélive et réactive à l’irrigation ©R. Lecocq

… à la démarche IGP

Une décennie plus tard et plusieurs centaines d’hectares nouvellement plantés, le syndicat a décidé, en 2025, d’ouvrir le chantier d’une reconnaissance IGP « Amande de Provence ». « Elle permettra de protéger et de valoriser l'origine du produit, ses qualités gustatives et son lien étroit avec le territoire provençal, explique Léane Livolsi, animatrice technique du Syndicat, en charge de la coordination de la démarche de reconnaissance de l'IGP. Elle contribuera également à reconnaître des pratiques de production répondant à des exigences de qualité et de durabilité ».

Où commence et où s’arrête la Provence ?

Le syndicat a commencé par missionner un géographe et un historien, dont la tâche va consister à délimiter la zone géographique de la future IGP et à inventorier l’antériorité de la culture sur le territoire et les éléments historiques concernant les usages. Leurs conclusions sont attendues pour fin 2027. Elles pourraient réinterroger les frontières de la Provence, car de nombreux producteurs, établis en Drôme Provençale (région Auvergne Rhône-Alpes) et membres du syndicat, sont particulièrement motivés par le projet d’IGP et potentiellement générateurs de volumes conséquents, de nature à conforter l’IGP. « Comparativement à une AOP, une IGP offre potentiellement plus de latitude, souligne Léane Livolsi. Plusieurs scénarios seront sans doute proposés, laissant place aux interactions entre les apports géo historiques et les discussions avec les futurs opérateurs de l’aval ». Une chose est sûre : « La motivation des producteurs est primordiale », explique l’animatrice. Et à n’en pas douter, cette case-là est belle et bien cochée.

Quid du futur cahier des charges

Avec l’étude géohistorique, l’élaboration du cahier des charges est l’autre volet du projet d’IGP. Le mode de conduite pourrait concentrer une partie des débats. Si le port en gobelet et, amande sur le calisson, toutes fleurs dehors, est indissociable de l’image véhiculée par l’amandier de Provence, les astreintes technico-économiques ont vu émerger d’autres modes de conduite telles que la haie fruitière haute densité. « Il sera difficile d’associer ce mode de conduite à des pratiques historiques, relève Léane Livolsi. Mais on peut aussi entendre certains producteurs soulignant que traditionnellement, la conduite des vergers n’était pas mécanisée. En bio, la conduite en haie fruitière permet notamment de protéger, au moyen de filets, les vergers de la guêpe de l’amandier, un ravageur très problématique. Le mode de conduite, c’est une question, parmi d’autres, qui sera tranchée dans le cahier des charges de l’IGP, sachant que l’INAO se montre de plus en plus réceptif aux innovations de nature à appréhender les adaptations aux changement climatique, l’irruption de la guêpe de l’amandier étant l’un de ses marqueurs ».

« Un amandier sans eau peut certes vivre mais c’est le producteur qui meurt »

Le recours à l’irrigation, pratique à la fois ancestrale et quasi-généralisée chez les producteurs professionnels, ne devrait pas faire débat. « Un amandier sans eau peut certes vivre mais c’est le producteur qui meurt », déclare Fabien Dauphin. L’eau est en effet un facteur primordial de sécurisation du rendement, lui-même garant de la rentabilité des vergers. Le syndicat va s’investir dans le projet Casdar Arbomed, aux côtés des filières olives, pistaches et grenades, voué à optimiser l’usage de la ressource, ce que nombre de producteurs ont d’ores-et-déjà anticipé. « Le futur cahier des charges devrait intégrer des paramètres d’agroécologie et de durabilité », précise la coordinatrice du projet IGP.

La Confiserie du Roy René en avance sur l’IGP

Il faudra au minimum 5 ans pour voir aboutir le projet d’IGP. 5 ans, c’est aussi le nombre d’années pour réaliser une première récolte significative après plantation. En espérant que les transformateurs soient au rendez-vous pour valoriser comme il se doit l’Amande de Provence, un passage obligé pour faire vivre l’IGP. A en croire Laure Pierrisnard, directrice générale de la Confiserie du Roy René et présidente de l'Union des fabricants du calisson d'Aix, présente également à Med’Agri, le doute n’est pas permis. « Dès 2024, année d’une première récolte significative, la Confiserie du Roy René a élaboré une recette de calissons 100% Provence, présentés dans un coffret spécial, a-t-elle témoigné. La recette a suscité l’engouement de nos clients sur les points de vente et conquis un jury d’experts qui, en 2025, leur a attribué le Prix Agricole de la Métropole Aix-Marseille-Provence. Par son goût, sa richesse en coops gras, cette amande fait la qualité de notre confiserie. C’est important d’en parler, d’éduquer le consommateur ». Ce à quoi s’emploie la Confiserie du Roy René qui accueille chaque année dans son musée du calisson plus de 80.000 visiteurs. Des tonnages en puissance.