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Jeudi 24/09/2026

Antoine Hacard, président des coopératives céréalières : « Il est possible que certains agriculteurs n’aient pas leurs engrais à temps pour 2027 »

Publié par Pleinchamp

Les coopératives céréalières manquent de visibilité sur les besoins en engrais des agriculteurs, paralysés par la hausse des cours, estime le président de La Coopération Agricole métiers du grain, qui demande au gouvernement une simplification du dispositif d’aide aux engrais.

Avec une baisse de la collecte céréalière, des charges en hausse et des taux d’intérêts qui remontent, les marges des organismes stockeurs diminuent, alors même que les installations de stockage nécessitent des investissements importants pour leur entretien et leur modernisation – les deux tiers du parc ont plus de 35 ans.

« Après avoir temporisé un certain nombre de crises céréalières depuis cinq ans, l’amortisseur coopératif est en train de trouver ses limites », a alerté Antoine Hacard, président de La Coopération Agricole (LCA) métiers du grain lors d’une conférence de presse le 23 septembre 2026.

« Moins de marge, c’est aussi moins de moyens pour accompagner les transitions chez nos adhérents », poursuit celui qui est aussi président de Cérèsia.

Deux mesures d’urgence

A court terme, les coopératives céréalières réclament deux mesures pour la campagne en cours, à savoir une hausse du taux de garantie de l’aval de 70% à 80% (caution de l’Etat sur les stocks auprès des banques), et une sécurisation des prix et de la disponibilité des engrais.

Le guichet d’aide à l’achat d’engrais azotés, largement critiqué par l’ensemble de la profession, ne convainc toujours pas malgré les ajustements apportés par le gouvernement début septembre (baisse du plancher de 750 euros à 350 euros, date limite repoussée du 30 septembre au 31 décembre 2026).

Un dispositif d'aide « inadapté aux usages » 

« Ce dispositif n’est pas adapté aux usages, déplore Antoine Hacard, rappelant que les agriculteurs ne commencent les épandages d’azote qu’à partir du mois de février. Il n’est utilisable que pour les agriculteurs qui stockent les engrais chez eux ».

Pour ceux qui achètent à leur coopérative, Antoine Hacard précise que « le dispositif coopératif du prix moyen, avec des acomptes tout au long de l’année, n’est pas éligible à l’aide FranceAgriMer. »

Quelques avancées ont cependant été obtenues, comme la possibilité de facturer à l’avance les engrais non livrés, ce qui permet aux agriculteurs ayant une facture d’engrais minéraux azotés simples avant le 31 décembre de bénéficier du remboursement de 50 €/t (ou 70 €/t pour les jeunes installés et les agriculteurs dont les engrais pèsent plus de 10% de leurs charges).

Les agriculteurs paralysés par les prix 

Problème : les coopératives céréalières estiment avoir très peu de visibilité sur les besoins en engrais de leurs adhérents cette année. « Depuis cet été, nous interrogeons les agriculteurs pour connaître leurs besoins en engrais, explique le président. Or, ils sont tétanisés par le rapport entre le prix du blé et le prix de l’azote et ne veulent pas acheter d’engrais faute de rentabilité suffisante. »

Or, avec un marché de l’engrais passé de 250 à 480 €/t, « nous n’avons pas les moyens financiers d’acheter à l’avance sans savoir ce que nous allons vendre à nos adhérents », poursuit-il.

La jachère menace

Cette situation de paralysie inquiète pour la prochaine campagne. « Il est possible que certains agriculteurs n’aient pas leurs engrais à temps pour les utiliser en 2027 », craint Antoine Hacard. Dans ce contexte, « il est quasiment certain que des parcelles seront mises en jachère et qu’on assistera à une érosion des surfaces en 2027 », prévoit le président des coopératives céréalières. Surtout pour les régions au sud de la Loire, « où l’on arrive à la fin de la résilience céréalière ».