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Vendredi 06/11/2026

Maïs, l'épi de la discorde

Publié par Pleinchamp

[Edito] Une récolte de maïs grain quasiment divisée par deux, des silos d'ensilage moins remplis, des semences qui manquent à l'appel. La sécheresse de 2026 a durement frappé le maïs. Mais elle n'a pas touché toutes ses filières de la même façon, et chacune devra affronter ses difficultés.

7,28 millions de tonnes de maïs grain (hors semences). C'est l'estimation d'Agreste pour la récolte française 2026, en baisse de 48,1 % sur un an. Du jamais-vu depuis plusieurs décennies. Les surfaces semées étaient déjà en recul au printemps. Puis les canicules ont fait le reste. Dans les parcelles non irriguées, les épis sont parfois restés vides. Des milliers d'hectares initialement destinés au grain ont finalement été récoltés en ensilage ou au méthaniseur. L'eau a fait toute la différence. Le maïs irrigué a perdu moins d'un cinquième de son rendement, contre plus d'un tiers pour le maïs non irrigué. Certaines exploitations ont même tout perdu. L'AGPM, l'association des producteurs de maïs, parle d'un « cauchemar ». Elle estime le préjudice moyen à 450 euros par hectare.

Le Sud-Ouest perd ses débouchés sur l'Espagne

Au pied des Pyrénées, la crise est aussi commerciale. D'ordinaire, une partie du maïs du Sud-Ouest descend vers l'Espagne. Cette année, les acheteurs espagnols se tournent davantage vers des approvisionnements importés, notamment du maïs OGM, environ 30 euros la tonne moins cher que le grain français. Pour les producteurs du Sud-Ouest, le débouché espagnol se dérobe. Les intentions de semis de maïs grain reculeraient ainsi d'environ 30 % dans le bassin. Seuls ceux qui ont l'assurance de pouvoir irriguer pendant tout le cycle envisagent de garder du maïs dans leur assolement.

Sur la façade atlantique, les approvisionnements s'annoncent eux aussi compliqués. La France devrait importer 1,5 million de tonnes de maïs cette campagne, contre 300 000 à 400 000 tonnes habituellement. Ces achats doivent notamment permettre d'alimenter les fabricants d'aliments pour animaux, particulièrement dans les régions où la récolte française ne suffit plus à couvrir les besoins.

Le fourrage, plus d'hectares mais moins à manger

Chez les éleveurs, la situation est presque inverse. Les surfaces de maïs ensilage ont augmenté d'environ 6,8 % (selon Agreste). Une partie de cette hausse vient des parcelles initialement prévues pour le grain, finalement récoltées en plante entière. Pourtant, la production recule de près de 30 %. Les hectares étaient bien là, mais ils ont peu produit. Le volume n'est pas le seul souci. Un bon maïs ensilage apporte surtout de l'énergie, grâce à l'amidon contenu dans ses grains. Sans épi, ou presque, cette énergie fait défaut. Il faudra donc compléter les rations avec des céréales, en fonction de la qualité du fourrage récolté. La Bretagne, elle, se retrouve en première ligne. Ses élevages et ses usines d'aliments ont besoin de beaucoup de maïs, et le grain se fait rare. Il faut aller le chercher toujours plus loin, jusqu'à l'importer, un réflexe qu'on observe d'habitude surtout en fin de campagne. Au printemps, de nombreux éleveurs bretons comptent semer davantage de maïs ensilage pour reconstituer leurs réserves.

Le blé prend le relais

Pour nourrir porcs et volailles, les fabricants d'aliments vont aussi piocher dans la bonne récolte de blé de cette année. Ils devraient en utiliser environ 5,2 millions de tonnes, contre 4,7 millions lors de la campagne précédente, selon FranceAgriMer. Le blé peut ainsi prendre une partie de la place laissée vacante par le maïs grain dans les aliments composés. Mais il ne remplace évidemment pas le maïs ensilage dans les rations des bovins. À l'échelle mondiale, l'offre de céréales reste abondante, portée notamment par les récoltes américaines et sud-américaines. La seule vraie inconnue se joue en mer Noire. Si l'Ukraine et la Russie trouvent un accord et peuvent exporter plus librement, le grain arrivera plus facilement sur les marchés européens. Si les flux restent perturbés, les approvisionnements pourraient se tendre.

Les semences, une inquiétude pour demain

On en parle peu, mais c'est peut-être l'un des points les plus sensibles pour la suite. Selon l'Union française des semenciers, la production de semences de maïs ne représenterait que 65 à 70 % des volumes initialement espérés cette année. De quoi faire peser une incertitude sur les disponibilités pour les prochains semis, même si les stocks et les possibilités d'approvisionnement devront aussi être pris en compte. Le maïs doux et le maïs pop-corn limitent davantage la casse, avec des rendements en baisse respectivement de 12 % et 20 %.

Des aides attendues de pied ferme

Le gouvernement a annoncé plus d'un milliard d'euros de moyens supplémentaires avec son plan CASI, un second volet doit suivre. « Le plan de relance annoncé par le Premier ministre est quasiment finalisé dans son périmètre, y compris financier », assurait la ministre de l'Agriculture Annie Genevard le 8 octobre. La filière, elle, attend toujours des réponses concrètes à ses demandes. L'AGPM réclame notamment des moyens pour stocker l'eau, avec un objectif d'un milliard de mètres cubes supplémentaires d'ici 2035. Au fond, la sécheresse de 2026 a surtout séparé les fermes qui ont de l'eau de celles qui n'en ont pas. Et les semis du printemps prochain diront si les producteurs sont encore prêts à miser sur le maïs, dans un contexte où l'accès à l'eau devient plus incertain et où les débouchés se recomposent.