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Jeudi 29/01/2026
Apport d’azote au tallage : ne pas se précipiter
[Bourgogne-Franche-Comté] Dans notre région, la fertilisation des blés s’inscrit dans l’objectif d’atteindre 11,5 % de protéines afin d’accéder aux différents marchés, et notamment la meunerie. La campagne dernière a pu mettre en défaut certaines livraisons. De plus, dans le contexte « coût de l’unité d’azote 2026 », il s’agit de valoriser au mieux chaque unité du sol ou apportée. L’objectif de ce message est de sensibiliser sur des pratiques permettant de concilier les 2 objectifs.
Céréales d’hiver : une campagne « dans la norme »
D’après le BSV, les semis de blé et d’orge ont majoritairement été réalisés entre le 5 et le 20 octobre 2025. Si les semis d’octobre ont atteint le stade tallage, les semis tardifs de novembre sont encore au stade 2-3 feuilles.
En dépit de la vague de froid de début janvier, d’une ampleur rarement rencontrée ces dernières années, la campagne 2025-2026 présente pour le moment des conditions thermiques et hydriques assez proches des normales saisonnières, avec peu d’excès sur la majorité des bassins céréaliers.
Carte 1 : Ecart (en mm) à la normale saisonnière sur 20 ans (2006/2025) des cumuls de pluie du 01/09/25 au 20/01/26 - Données Météo France (voir article complet)
Carte 2 : Cumuls de température en 2025-2026, écarts à la normale saisonnière sur 20 ans (en °C jours) du 01/10/25 au 20/01/26 - Données Météo France (voir article complet)
Les reliquats de sortie d’hiver (RSH) : réaliser une mesure fiable pour ajuster au mieux la fertilisation azotée
Le niveau de reliquat d’azote minéral en sortie d’hiver est le résultat de différents processus liés au sol. Il dépend de la quantité d’azote minéral laissée par la culture précédente, de la production par minéralisation dans le sol, de la consommation d’azote par les couverts pendant l’automne et du drainage hivernal. Le RSH est un poste du bilan prévisionnel d’azote.
Connaître le RSH permet d’ajuster au plus juste la dose totale d’azote à apporter. C’est le moment de faire les prélèvements !
Comment réaliser une mesure fiable ?
Le prélèvement doit être réalisé au sein d’une zone homogène, dans un cercle de 20 à 30 mètres de diamètre. Il faut au minimum 14 carottages pour constituer un échantillon représentatif. Un prélèvement sur toute la diagonale de la parcelle est également possible si la parcelle est homogène.
L’idéal est de prélever sur toute la profondeur d’enracinement de la culture considérée, par horizon de 30 cm. Pour chaque horizon du sol (0-30 cm, 30-60 cm, 60-90 cm...), les carottes seront ensuite soigneusement mélangées afin de constituer un échantillon « moyen », caractéristique de la parcelle.
Pour chaque horizon, il y a un sachet à remplir et à conserver au froid.
Enfin, les échantillons doivent être envoyés au laboratoire soit à l’état réfrigéré (4°C - dans un délai de 2 à 3 jours après le prélèvement), soit à l’état congelé (-18°C) pour un envoi différé (sous 2 à 3 semaines).
Les prélèvements doivent se faire le plus tard possible mais de manière à avoir les résultats avant le premier apport d'azote de sortie d’hiver.
Pas d’urgence à réaliser le premier apport d’azote sur blé et orge, car le moins bien valorisé
La déclinaison régionale de la directive nitrates (7e Programme d’Actions Régional BFC) autorise les apports d’azote minéral sur céréales à partir du 1er février. Cette date réglementaire n’est cependant pas un seuil technique et il est important de prendre en compte quelques éléments pour piloter au mieux la fertilisation azotée de ses céréales.
Quand faut-il déclencher le premier apport ?
Tout d’abord, s’assurer que la culture a atteint le stade début tallage. Le début du tallage est initié par un cumul de températures depuis la levée : en aucun cas un apport d’azote ne permet de « rattraper le retard » de cultures semées tardivement. Avant le tallage, l’absorption d’azote par la céréale est extrêmement faible : si de l’azote est apporté, la plante ne pourra en absorber qu’une très petite partie et le reste risque d’être lixivié en cas de fortes pluies, surtout en sol filtrant.
Pour les parcelles tallées, il n’est pas forcément judicieux d’effectuer l’apport dès la date réglementaire atteinte (1er février), surtout si les températures restent fraîches et peu « poussantes ». Attendre une remontée des températures permettant la reprise de végétation pour effectuer le premier apport. Dans tous les cas, positionner l’apport avant des pluies annoncées (viser 15 mm sous 15 jours) pour permettre une bonne valorisation.
Ce message est valable pour les blés de force et les orges. Pour les orges de printemps semées d’automne, l’apport sera encore moins urgent que les orges d’hiver au vu des stades encore peu avancés (2-3 F).
Figure 1 : Cinétique d'absorption et de valorisation de l'azote sur un blé (ARVALIS) (voir article complet)
Pour rappel, l’apport à tallage a pour but de permettre à la plante d’atteindre le stade épi 1 cm sans subir de carence azotée. Les besoins de la plante entre le semis et le stade épi 1 cm sont faibles et estimés à maximum 60 kg N/ha (fournitures du sol comprises).
Cette année, contrairement aux deux dernières années, les conditions d’implantation ont été globalement bonnes. La mesure du reliquat sortie d’hiver est également essentielle pour ajuster au mieux sa stratégie.
Figure 2 : Arbre de décision pour raisonner l’apport d’azote au tallage (voir article complet)
Dans un contexte économique tendu, viser la meilleure efficience possible de l’azote
Dans un contexte économique de prix d’engrais relativement hauts et d’incertitude quant au prix de vente de la prochaine récolte, viser la meilleure efficience de l’azote est essentiel.
Pour cela :
Se baser sur un objectif de rendement réaliste et calculé sur la base de la moyenne olympique.
Bien calculer sa dose grâce à la méthode du bilan. Comme indiqué ci-dessus, le RSH permet d’ajuster au mieux la dose totale d’azote à apporter. Les besoins en azote des différentes variétés de blé ont été actualisés.
Consultez l’article « Blé tendre : les besoins unitaires en azote des variétés réactualisés pour 2026 ».
Le coefficient « bq » associe un rendement optimal et une teneur en protéines d’au moins 11,5 %. Une mise en réserve de 40 à 60 unités (en fonction de la variété) est préconisée en fin de montaison.
Mettre en place des bonnes pratiques de fractionnement.
Une stratégie sécuritaire en deux apports seulement (tallage et épi 1 cm) baisse l’efficience de l’azote par rapport à une stratégie classique en trois apports (tallage, épi 1 cm et dernière feuille pointante), car le besoin en azote est plus important pour faire le même rendement. Cette stratégie sécuritaire pénalise aussi la teneur en protéines (-0,2 à -0,7 %)1.
Viser les bonnes conditions climatiques : pour limiter les pertes par volatilisation, 15 à 20 mm de pluie dans les quinze jours suivant l’apport sont nécessaires pour bien le valoriser.
Choisir une forme d’azote adaptée. Consultez l’article « Fertilisation des céréales : quelle forme d’azote choisir au regard de son efficience technique ? »
Utiliser des outils de pilotage pour ajuster le dernier apport d’azote sur blé. Ils permettent d’augmenter les chances d’apporter la dose optimale d’azote.
À retenir
- C’est le moment d‘évaluer les RSH ! Veiller à réaliser des mesures fiables.
- Ne pas se précipiter pour le premier apport au tallage. Attention aux dépenses inutiles dans les parcelles où une impasse est possible.
- Viser la meilleure efficience possible de l’azote, grâce aux bonnes pratiques de fertilisation.
- Prioriser les travaux de désherbage avant de fertiliser.
Lire l'article complet avec les graphiques