- Accueil
- Pois protéagineux : Pea4Ever… or never
Vendredi 30/01/2026
Pois protéagineux : Pea4Ever… or never
Avec le soutien de la filière et de l’Etat, les semenciers Limagrain, Florimond Desprez et RAGT ont décidé de mutualiser leurs ressources génétiques, outils de recherche et expertises dans le projet PeaEver pour tenter de déplafonner sinon de régulariser les rendements d’une espèce en voie de marginalisation, à l’heure de la ruée vers la protéine végétale.
C’est peut-être la dernière cartouche pour tenter de sortir le pois protéagineux de la spirale décroissante qui l’aspire irrémédiablement depuis trois décennies. Alors que les surfaces tutoyaient les 700.000 ha à la fin des années 1980, c’est-à-dire à la veille d’une réforme (majeure) de la Pac instaurant des aides directes en lieu et place des prix minimum garantis, la sole a connu depuis un cycle baissier quasi-continu, entrecoupé de quelques sursauts indexés sur la fluctuation des aides publiques. La légumineuse s’est installée ces dernières années autour de 150.000 ha, s’enfonçant à 124.000 ha lors de la campagne 2024-2025.
Imprévisibilité tous azimuts
Les raisons sont parfaitement connues : le pois est un concentré d’imprévisibilité, sujet qu’il est à : une grande variabilité et hétérogénéité intra et interannuelle des rendements, des prix assujettis à ceux du blé tendre et du tourteau de soja, des aides publiques remises sur la sellette à chaque programmation Pac et qui plus est susceptibles de varier selon les surfaces totales emblavées.
Côté aval, le pois ne suscite guère plus d’enthousiasme, et pas seulement pour sa sobriété en intrants mais parce que les défauts de massification et la variabilité des flux posent de nombreux défis techniques et économiques aux collecteurs et transformateurs. Les fabricants d’aliment, qui assurent 40% des débouchés (contre 52% pour l’alimentation humaine et 8% pour les semences en 2024-2025) étant davantage alléchés par la qualité nutritionnelle du soja… massivement importé. Le petit pois sur le maigre gâteau, c’est le niveau de rendement moyen, qui n’a cessé de baisser au fil des décennies, passant grosso modo de 50q/ha à 30q/ha.
Stratégie nationale protéines végétales et GIE PeaBoost
La dernière, sinon une des dernières cartouches pour renverser la table, réside dans la création du Groupement d’intérêt économique (GIE) PeaBoost, à l’initiative de Limagrain, Florimond Desprez et RAGT, avec le soutien de Sofiprotéol. En 2024, les trois semenciers ont pris la décision de mutualiser leurs ressources génétiques, outils de recherche et expertises, en mobilisant en prime des partenaires de référence (INRAE, Terres Inovia, FNAMS, Geves…). Objectif : financer les 5 années de recherche & développement du programme Pea4Ever en vue de conférer au pois un saut de performance et de régularité. Dans le cadre de la Stratégie nationale protéines végétales, le ministère de l'Agriculture a attribué en décembre dernier une première subvention de 5 millions d’euros. Le budget total du projet devrait s’élever à 50 millions d’euros, financé à 50% par des fonds publics, le solde étant apporté par les semenciers, Sofiproteol et les organismes stockeurs.
Les objectifs de Pea4Ever
- accélérer le gain génétique à court terme en visant + 1 tonne/hectare (lancement de deux cycles de croisements inter-entreprises, acquisition de données pour la prédiction génomique et phénomique et l’élaboration du rendement
- préparer le gain génétique à moyen terme par l'exploitation de la diversité (obtention et multiplication de collections de graines de diversité, sélection des lignées à exploiter en back-cross et initiation de ces croisements)
- accroître la stabilité par une résistance multi-stress aux bioagresseurs (création de lignées multirésistantes avec les outils disponibles, mise en place d’un réseau d’évaluation au champ pour les maladies aériennes, et développement de protocoles de sélection pour la bactériose, l’aphanomyces, les viroses/pucerons, l’ascochytose et la bruche)
- améliorer la résilience au changement climatique (développement des capacités de phénotypage pour le stress hydrique, les gels soudains, la fragilité des semences)
- comprendre et corriger la moindre qualité des pois d'hiver sur les marchés ingrédients (validation initiale d’une expérimentation à l’échelle pilote, pluriannuelle et multilocale, pour objectiver les différences de transformation des types hiver et printemps)
- engager la communauté scientifique et les acteurs économiques via une animation dynamique et une communication régulière (construction des supports de communication externe et organisation des séminaires scientifiques annuels)