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Vendredi 30/01/2026
L’agriculture bio de conservation ou l’irrépressible quête d’absolu de ses défricheurs
Toujours plus nombreux, les adeptes de l’ABC trouvent des ressources inépuisables, individuellement et collectivement, pour relever le défi des défis, même si la part de risques assumés mériterait assurément davantage d’égards de la part des pouvoirs publics (et des financeurs).
L’agriculture bio de conservation fait de plus en plus d'adeptes. En témoigne la 8ᵉ édition des journées de l’Agriculture biologique de conservation (ABC), qui s’est tenue du 27 au 29 janvier à Chantonnay en Vendée. Avec 300 participants lors de la journée plénière et des jauges pleines à plus de 100 personnes pour les temps d’échanges et de terrain, c’est peu dire qu’elle a rencontré un franc succès. « En termes de participation, c’est l’édition qui a le mieux fonctionné depuis le lancement de l'événement », se félicite Julien Gueneau, coprésident de l’association nationale des Décompactés qui organisait ces journées de l’ABC vendéenne avec le GAB 85 et la chambre d’agriculture des Pays de la Loire. Mais l'intérêt ne s'arrête pas aux agriculteurs. « Il nous faut apprendre à vos côtés à financer les mécanismes agroécologiques de demain », évoquait par exemple Antoine Droneau, chargé des transitions agricoles au sein du Crédit Agricole Atlantique Vendée, partenaire de l'événement.
Cet engouement témoigne de la popularité croissante de ce mode de culture qui allie agriculture biologique et non-labour. Malgré cette dynamique de terrain, les producteurs ont à plusieurs reprises regretté le manque de soutien accordé à l’ABC. « Tout le travail de recherche est réalisé par les agriculteurs. Je lance un appel pour qu’il y ait un accompagnement financier pour nous soutenir et pouvoir aller plus vite », interpelle Christian Francheteau, élu à la chambre d’agriculture des Pays de la Loire et responsable du dossier bio. Un constat que partage Julien Gueneau. « Nous partons d’une page blanche car il n’y a pas d’itinéraire technique calé et éprouvé. Les agriculteurs qui se lancent acceptent une part de risque », constate-t-il.
D’où la question des moyens pour notamment faire face à ce risque. En plein développement du concept d’agriculture régénérative et des premiers lancements commerciaux en lien, l’enjeu est loin d’être neutre. « Il faut rappeler qu’à l’international, l’agriculture régénérative est avant tout biologique. C’est une exception française de l’envisager en conventionnel », glisse le coprésident des Decompactés.
Des essais toujours plus risqués
Les journées de l’ABC se sont aussi des témoignages de producteurs venus rapporter des pratiques très innovantes, et parfois concluantes, mais toujours instructives. C’est le cas de Mélanie Petit, productrice à Bagneaux dans l’Yonne, qui a réalisé un semis de lentilles sous couvert d’une luzerne. Cette dernière ayant été écimée une fois durant la culture. « Elle a utilisé une machine à secoueur lors de la récolte pour avaler la luzerne en vert, et la lentille a atteint un rendement de 10 à 12 q/ha », évoque Romaric Vincent, chercheur indépendant qui l’accompagne.
Dans la Côte-d’Or voisine, Emilien Rolet a tenté trois parcelles d’association tournesol/soja au semoir à céréales. Sur la meilleure des trois parcelles, avec un précédent prairie pendant 4 ans, il a réussi à récolter 17q/ha de tournesol et 12q/ha de soja. « Pour l’an prochain, nous envisageons une implantation au semoir monograine en corridor solaire, c'est-à-dire une implantation avec une orientation Nord/Sud pour que le soja ait plus de lumière », détaille Romaric Vincent.
Charles Pépin développe les vertus de l’échec Invité de ces 8ᵉ édition des journées de l’ABC, le philosophe Charles Pépin, connu pour ses livres et sa chronique hebdomadaire sur France Inter, est venu échanger avec les participants sur la notion d’échec. « Dès qu’on prend la décision d’une direction audacieuse, il y a la possibilité de l’échec » a-t-il développé, tout en décryptant les deux vertus de cet échec : la persévérance et la bifurcation radicale, qui permettent dans un cas comme dans l’autre d’avancer. Un discours qui a parlé aux agriculteurs présents dont le quotidien est fait d’échec et de nouvelles tentatives pour faire avancer l’ABC. « Le sens du risque, ça s’apprend. C’est le juste milieu entre prendre des décisions folles et le perfectionnisme sans risque » a conclu le philosophe. |
À l’opposé de l'Hexagone, dans le Lot-et-Garonne, Florent Ruyet, conseiller cultural, a présenté des essais de corridors solaires, mais en association maïs/haricot ou tournesol/haricot. Concernant la concurrence à l'eau, qui est un vrai problème dans cette zone, il évoque « des étages racinaires qui ne sont pas les mêmes ». Des essais ont également été menés sur l’apport de digestat sur blé dur en semis direct. « Nous avons redonné du potentiel avec une culture à 30 q/ha. Par contre, nous n’avons pas de recul sur la mortalité des vers de terre, sachant qu’en ACS, le liquide va pouvoir s’infiltrer très rapidement », analyse-t-il.
En Vendée, Cyril Routchenko, l’un des producteurs locaux de l’étape, a présenté les résultats obtenus suite à l’utilisation de micro-organisme éfficaces (EM) sur ses cultures. « Très vite, il y a eu un effet sur la gestion des résidus. Dès la première année, tous les couverts ont été digérés et la porosité des sols a augmenté. Par ailleurs, j’ai constaté une diminution de l’usure du matériel », évoque-t-il. Dans la durée, les effets se sont également révélés favorables. Les rendements de maïs grain ont augmenté pour dépasser depuis 2 ans les 100 q/ha. Les EM sont fabriqués à la ferme pour un coût de 7€/ha. Des témoignages aussi foisonnants qu'intéressants qui vont maintenant pouvoir essaimer dans les fermes des 300 participants à l'évènement.
