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Lundi 02/11/2026
Avec 31,5 Mt, le blé français mise sur sa qualité pour conquérir les marchés à l’export
La récolte française de blé tendre 2026 s'établit autour de 31,5 millions de tonnes, un volume légèrement inférieur à la moyenne quinquennale. Mais la qualité est au rendez-vous, avec une teneur moyenne en protéines de 11,8 %. Un atout pour l'exportation, alors que les perturbations logistiques en mer Noire rebattent les cartes des échanges mondiaux. En parallèle, la sécheresse et les attaques d'altises fragilisent les semis de colza pour la récolte 2027. Xavier Cassedanne, expert filière grandes cultures, nutrition animale au Crédit Agricole fait le point au micro de Fabien Leloup, Institutional Commodities Sales chez CACEIS.
La canicule de fin de cycle a laissé des traces dans les champs français. Avec une production estimée à 31,5 millions de tonnes, la récolte de blé tendre 2026 se situe légèrement sous la moyenne quinquennale, établie autour de 32,4 millions de tonnes. « Les canicules de fin de cycle ont quand même eu quelques impacts sur les rendements », explique Xavier Cassedanne. Mais le bilan n'est pas uniquement à regarder sous l'angle des volumes. « La bonne nouvelle, c'est que malgré ce volume moyen, on a plutôt une très bonne qualité. » Les critères qualitatifs sont globalement bien orientés, en particulier la teneur en protéines, qui atteint 11,8 % en moyenne. Dans plusieurs régions, elle dépasse même les 12 %. Un niveau intéressant pour les marchés à l'exportation. « 12 % de teneur en protéines devient le standard requis pour un certain nombre de pays et notamment pour les pays africains », souligne Xavier Cassedanne. Ces caractéristiques permettent notamment de répondre aux cahiers des charges de certains pays importateurs, en particulier en Afrique de l'Ouest. « On essaie de plus en plus de pouvoir exporter notre origine », précise-t-il. La qualité des blés français pourrait ainsi constituer un argument commercial dans un contexte international particulièrement mouvant.
Voir aussi : récolte 2026, les revenus des grandes cultures passent dans le rouge
Les perturbations en mer Noire rebattent les cartes à l'export
C'est l'autre enjeu de cette campagne 2026-2027. Depuis le durcissement du conflit en mer Noire, les infrastructures portuaires ont été touchées par les bombardements, perturbant la logistique et le commerce mondial des grains. Fabien Leloup interroge Xavier Cassedanne sur les conséquences de cette situation pour les échanges internationaux et les débouchés français. Dans un premier temps, les importateurs ont adopté une attitude attentiste. « Ils ont limité probablement et fortement freiné leurs achats », observe Xavier Cassedanne. Mais les besoins des pays importateurs n'ont pas disparu. Il a donc fallu se tourner vers d'autres origines pour assurer les approvisionnements. Les pays proches de la mer Noire, notamment la Roumanie et la Bulgarie, ont dans un premier temps davantage bénéficié de cette situation. La France a également réussi à tirer son épingle du jeu, mais plutôt dans un second temps. Les blés français ont notamment trouvé des débouchés vers des destinations moins habituelles, comme l'Égypte, le Yémen ou encore la Libye. Des marchés sur lesquels la France est historiquement moins présente, mais qui ont permis de diversifier les destinations à l'exportation.
Le retour des blés russes et ukrainiens reste incertain
La situation pourrait toutefois évoluer. Des discussions diplomatiques sont de nouveau engagées pour tenter de trouver une issue au conflit et rétablir la circulation des navires en mer Noire. Xavier Cassedanne évoque notamment les échanges par l'intermédiaire de pays tiers, comme la Turquie, les pays d'Europe du Nord, la Norvège, la Finlande ou encore les États-Unis. « On peut s'attendre, mais on va rester très prudent avec cette information-là, à ce que l'origine de la Russie et de l'Ukraine soit à nouveau disponible sur le marché à l'exportation », avance-t-il. La Russie aurait notamment autorisé de nouveau la circulation de bateaux sur la mer d'Azov. Mais pour Xavier Cassedanne, il est encore trop tôt pour confirmer un retour à la normale des flux commerciaux. Une éventuelle reprise des exportations russes et ukrainiennes pourrait modifier les équilibres du marché mondial et la concurrence entre origines. Pour la France, les opportunités ouvertes par les perturbations logistiques pourraient donc être temporaires.
Les surfaces de colza 2027 basculent dans le rouge
Au-delà du bilan céréalier, les conditions d'implantation des cultures pour la prochaine campagne suscitent également des inquiétudes. Fabien Leloup pose la question à Xavier Cassedanne sur les perspectives pour la récolte 2027, et notamment sur les choix d'assolement des agriculteurs. Le colza est particulièrement concerné. Depuis le mois d'août, les semis ont été compliqués par la sécheresse dans plusieurs régions. À cela s'ajoutent les attaques d'insectes, notamment les altises, qui fragilisent les implantations. « Dans un certain nombre de régions, certains agriculteurs vont être obligés de retourner pour envisager d'autres cultures », explique Xavier Cassedanne. Une situation qui pourrait pousser les exploitants à revoir leurs choix culturaux. Maïs, tournesol ou orges de printemps figurent parmi les alternatives possibles. Xavier Cassedanne se montre en revanche plus réservé sur un éventuel report vers les semis de blé d'hiver. Mais c'est surtout l'évolution des surfaces de colza qui illustre le retournement de situation. Au moment où les agriculteurs commençaient à réfléchir à leurs assolements, les premières estimations tablaient sur une progression de 10 % des surfaces par rapport à 2025. Depuis, les conditions météorologiques ont changé la donne. « Aujourd'hui, avec les effets de la sécheresse et les attaques des insectes en particulier, on serait plutôt à moins 2 % de surface par rapport aux surfaces dédiées à la récolte 2025 », estime Xavier Cassedanne. Un retournement de tendance qui reste à confirmer, les choix définitifs des agriculteurs n'étant pas encore arrêtés. La campagne 2027 se prépare donc dans un contexte d'incertitude, entre contraintes climatiques et arbitrages économiques.