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Jeudi 14/05/2026

Avec le projet Agroop, les Cuma démystifient l’agriculture de précision

Publié par Pleinchamp

Les Cuma sont des acteurs essentiels de l’agriculture de précision qu’elles déploient sur le terrain au service de la transition agroécologique. Leurs expertises et leurs expériences collectives sont précieuses : un projet multipartenarial baptisé Agroop s’est donné pour mission de les recueillir et de les compiler.

En avril, elles ont organisé le mois de l’agriculture de précision : les Fédérations régionales des Cuma Occitanie et Ouest ont utilisé leurs réseaux sociaux et sites internet respectifs pour poster, chaque jour, une ressource différente sur l’agriculture de précision : fiche de synthèse sur un type de matériel ou d’outil, retour terrain des utilisateurs, annuaires des Cuma équipées, vidéo de démonstration, infographie…

« L’agriculture de précision, c’est assez simple dans l’idée : c’est observer, comprendre et agir au bon endroit, à la bonne dose et bon moment, rappelle Manon Lebrun, chargée d’études à la FRCuma Ouest. C’est une démarche agronomique basée sur la donnée ».

Faire remonter l’expérience du terrain

Pour les Cuma, cette mise à l’honneur durant le mois d’avril correspond en réalité à un travail de longue haleine. Plus précisément, la capitalisation de leurs ressources sur cette thématique s’est faite dans le cadre d’un projet intitulé Agroop, « Accélérer la transition agroécologique grâce à la mise en œuvre collective de l’agriculture de précision ».

Ce projet a duré trois ans et s’est terminé en décembre 2025. Autour du réseau Cuma Ouest (Bretagne, Normandie et Pays de la Loire) et Occitanie, Agroop a mobilisé le réseau chambre d’agriculture, la coopérative Terrena et deux établissements d’enseignement.

Financé par des fonds Casdar du ministère de l’Agriculture, Agroop était un projet dit de « démultiplication » : « Ce n’est pas de la théorie : ce sont des retours d’expérience, des observations de terrain, afin de voir comment l’agriculture de précision peut être utile et accessible et comment elle peut contribuer à la transition agroécologique », présente Clothilde Rommens, chargée de mission à la FRCuma Occitanie, qui, avec son homologue Manon Lebrun, a été animatrice d’Agroop.

« Nous avons choisi de nous focaliser sur des technologies déjà commercialisées et éprouvées sur le terrain comme les systèmes d’autoguidage, les solutions de semis, de désherbage, de fertilisation de précision, la modulation intraparcellaire... sur les filières grandes cultures, semences, légumes de plein champ et viticulture ».

Des technologies, des parcs matériels et des humains

De très nombreuses ressources ont ainsi été produites et celles-ci sont désormais accessibles sur le site de la fédération des Cuma d’Occitanie. Exemple parmi d’autres, un panneau explicatif a été construit sur les drones agricoles, pour visualiser facilement ce qu’ils sont capables de faire et comment on peut accéder à leurs services.

Autres exemples : un témoignage vidéo d’un utilisateur de l’outil Vintel, outil d’aide à la décision autour du pilotage de l’irrigation et du risque mildiou sur les vignes ; une fiche d’évaluation d’un outil de modulation de distribution d’engrais solide par les adhérents d’une Cuma ; une trame d’audit du parc matériel ; ou encore un retour d’accompagnement d’une Cuma souhaitant renouveler sa moissonneuse batteuse.

Page d’accueil du centre de ressources : les différentes thématiques sont cliquables et conduisent à une multitude d’informations.

Le prix et la complexité : des freins fréquents

Toutes ces ressources montrent des cas différents, avec, à chaque fois, une mise en avant des points forts et des points faibles. Cependant, quelques caractéristiques reviennent régulièrement. « Le frein économique est souvent cité, ainsi que la complexité pour paramétrer et s’approprier la technologie », décrivent Clothilde Rommens et Manon Lebrun. « Par exemple, les adhérents d’une Cuma rapportent avoir eu besoin d’une saison entière pour s’approprier leur outil de modulation d’engrais. Il y a donc des besoins de formation et d’accompagnement collectifs ».

Autres points faibles évoqués : des interrogations sur la dépendance aux fournisseurs et sur la durée de validité des données. Du côté des points forts, sont souvent cités la réassurance de la décision, le confort de travail et l’amélioration de la productivité.

Quelques autres caractéristiques soulignées par le projet Agroop : pour un même outil, les motivations et les stratégies peuvent être différentes (par exemple, avec un distributeur d'engrais équipé pour faire de la modulation de dose, certains cherchent à compenser un déficit du sol, quand d’autres s’y adaptent) ; les outils d’aide à la décision reposent sur des modèles qui peuvent être orientés, notamment quand ils sont développés par des sociétés privées ; quand ils sont utilisés, ces outils sont presque toujours complétés par des connaissances « humaines » du terrain.

L’interopérabilité : une clé

« Un point clé que nous avons soulevé c’est l’interopérabilité entre les outils : dans un environnement multi-marques, il faut que la donnée puisse être transmise d'un équipement à l'autre pour être exploitée », prévient Clothilde Rommens.

Dans ce cadre, les animatrices du projet se sont rendu compte que, même si ces technologies sont présentes depuis longtemps, il persistait encore beaucoup d’interrogations autour des GPS et de l’autoguidage. « On ne pensait pas avoir autant de travail autour de ces technologies. Nous avons donc fait des panneaux explicatifs sur les différents types de signaux, les corrections possibles et leur niveau de précision selon les besoins ».

« La bonne compréhension des systèmes GPS et d’autoguidage, c’est important, car c’est la porte d’entrée dans l’agriculture de précision. Aujourd’hui, plus de 80% des tracteurs de plus de 150 cv qui sortent sur le marché sont équipés d’un système d’autoguidage ».