Ces élevages qui réduisent leur empreinte carbone (1/5) : La prairie, ce puits de carbone

Grâce à leurs surfaces en prairies permanentes et leur linéaire de haies qui stockent le carbone, les associés du Gaec des Aubépines obtiennent un diagnostic CAP’2ER dont les résultats sont bien inférieurs à la moyenne nationale.

Avec une empreinte carbone nette de 0,61 kg eq CO2/litre de lait vendu lors du dernier diagnostic CAP’2ER en 2021, le Gaec des Aubépines se situe bien en dessous de la moyenne nationale. Sur cette exploitation située dans le Cantal et qui produit du lait pour l’AOP lait cru tout foin du fromage éponyme, la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) était déjà un objectif avant même le premier diagnostic CAP’2ER en 2016. « On a toujours eu la philosophie d’être attentifs aux GES. Notre politique consiste en une amélioration progressive de nos pratiques, mais sans faire de changement couperet », explique Jean-Charles Tardieu, associé avec son frère au sein du Gaec.

Une ration fourragère tout herbe

D’une manière générale, la production laitière du département du Cantal est majoritairement basée sur l’herbe, avec une faible part de maïs. « L’empreinte carbone moyenne du département, basée sur environ 300 diagnostics, est inférieure au national. Elle se chiffre aux alentours de 0,7 kg eq CO2/l de lait. Mais en parallèle, nous produisons moins de lait par vache », commente Joël Guillemin, directeur du contrôle laitier du Cantal. Au sein du Gaec des Aubépines, le système est poussé à son maximum. 95% de la SAU est consacré aux prairies, dont 78% en prairies permanentes. Cet assolement permet de stocker énormément de carbone qui compense les émissions brutes de la ferme. « Le Gaec des Aubépines a une émission brute de 1,08 kg eq CO2/l de lait, un chiffre proche de la moyenne nationale. Mais il compense 0,47 kg eq CO2/l de lait par le stockage du carbone, dont 0,35 kg eq CO2/l de lait uniquement via les prairies permanentes », analyse Joël Guillemin.

Le reste du stockage du carbone est assuré par les 14 km de linéaire de haies présents autour des parcelles. « Nous nous sommes rendus compte de l’importance de ce linéaire avec les diagnostics Cap2ER. Suite à ce constat, nous avons décidé de consacrer un vrai temps à l’entretien de ce linéaire avec l’achat d’un lamier », rapporte l’éleveur. Cette décision est d’autant plus stratégique que le Gaec a candidaté dans un appel à projet pour vendre ses crédits carbones.

La prairie, un levier multiple

Ce système tout prairie est possible grâce à l’investissement sur le séchage en grange qu’ont réalisé les frères Tardieu en 2013. Au-delà du stockage du carbone, cette décision stratégique a un impact décisif sur la composition de la ration, elle-même primordiale dans le calcul de l’empreinte carbone de la ferme. « Lorsque nous avons débuté le séchage en grange, nous avons commencé en parallèle à semer des prairies temporaires de luzerne/brome et des mélanges riches en trèfles. Cela nous a permis d’être moins dépendants des concentrés », explique Jean-Charles Tardieu. Il estime qu’en augmentant encore la qualité des fourrages, il sera envisageable dans les années à venir de substituer le tourteau de soja par du colza. Le séchoir n’a lui que peu d’impact sur l’empreinte carbone car il est alimenté par l’énergie électrique considérée comme provenant essentiellement du nucléaire par l’outil CAP’2ER. Pour autant, les deux associés envisagent de s’équiper pour produire de l’énergie solaire. « Il y a une certaine logique car le séchoir fonctionne majoritairement sur des périodes ensoleillées », précise l’éleveur.

Actionner d’autres leviers sans impacter le stockage

Après le diagnostic de 2021, les exploitants ont décidé de travailler sur l’âge au premier vêlage de leurs génisses afin de réduire encore leur empreinte carbone. « Pour l’instant, le premier vêlage est en moyenne à 37 mois, nous voulons le descendre à 30 mois. Par contre, nous ne souhaitons pas descendre en dessous car notre parcellaire comporte 30 hectares de prairies non-mécanisables qui ne sont exploitables que par les génisses », indique Jean-Charles Tardieu.

C’est un constat général dans le Cantal, l’âge au premier vêlage est plus élevé que la moyenne nationale. « C’est un levier important, mais il est plus long à mettre en place car il faut revoir l’élevage des génisses dès le plus jeune âge. C’est-à-dire qu’il ne peut pas être appliqué sur des animaux qui ont déjà un ou deux ans », avertit Joël Guillemin. À l’image de la ferme des Aubépines qui a besoin de génisses pour valoriser du parcellaire en herbe, il met en garde contre des changements sur la gestion du troupeau et l’élevage des futures vaches, qui nécessiteraient de retourner des prairies et impacteraient dans le même temps le stockage du carbone.