Ces élevages qui réduisent leur empreinte carbone (2/5) : Moins d’azote minéral avec du trèfle dans la rotation

Sur leur exploitation bretonne, Nathalie et Philippe Carmes ont réduit leur impact carbone grâce à l’introduction de plus de légumineuses dans leur rotation. Trèfle et luzerne ont permis de supprimer les apports d’engrais minéral sur prairie.

Lorsque le sujet des émissions de gaz à effet de serre des élevages laitiers vient sur la table, les regards se tournent immédiatement sur les animaux et la fermentation entérique. Pourtant, l’agronomie ne doit pas être oubliée. Avec 14% d’émissions, l’apport d’azote minéral sur les cultures et les prairies représente le troisième poste en termes de gaz à effet de serre (GES) dans les élevages laitiers.

Au sein du Gaec qu’elle a formé avec son mari à Louargat dans les Côtes d’Armor, Nathalie Carmes a misé sur ce poste pour réduire ses émissions de GES. Les deux exploitants ont choisi d’introduire des légumineuses dans la rotation pour diminuer les apports d’engrais minéral. « Dans les prairies, nous implantons du trèfle blanc avec le ray grass et la fétuque pour capter le CO2. Depuis cette année, nous implantons également un peu de luzerne », précise l’éleveuse. Si les apports d’azote minéral sur prairie avaient déjà été réduits au minimum, Nathalie et Philippe ont pris le parti de les supprimer totalement cette année.

Pour assurer le rendement de la prairie, ils misent sur un apport de lisier et un déprimage pour apporter de la lumière et favoriser le démarrage de la pousse.

L’équivalent de 2% d’empreinte carbone en moins

D’après une simulation réalisée par l’Idele sur le dernier diagnostic en date de l’exploitation, avec zéro ammonitrate sur prairie et en comptant une baisse de 15uN/ha en céréales grâce au précédent prairie, et en comptant un taux de légumineuses de 20% dans les prairies contre 15% auparavant, le Gaec réaliserait une baisse de 2% de son empreinte carbone lait.

Cette évolution vers le zéro engrais minéral a aussi un impact sur la gestion du pâturage. « L’azote a pour effet de faire exploser toute l’herbe en même temps. C’est ingérable », rapporte Nathalie Carmes. Or, l’un des leviers identifiés par les exploitants pour réduire leurs émissions de GES est justement d’avoir plus de recours au pâturage.

Même si l’impact n’est pas démesuré, l’intégration de légumineuses dans la rotation permet aussi de réduire l’impact carbone de la ration. « La luzerne a permis de réduire les concentrés mais pas drastiquement », relève Nathalie Carmes.

D’autres leviers mis en œuvre

Les actions de Nathalie et Philippe Carmes ne se cantonnent pas à l’introduction de trèfle et de luzerne. Concernant la ration, ils ont choisi de se passer de soja pour privilégier le colza. Ils vont également acheter des buses pendillards pour limiter l’évaporation lors des apports de lisier. Toujours sur la gestion des lisiers, ils ont décidé de couvrir les fosses pour les rendre hermétiques à l’eau. « Ça fait moins d’aller-retour de tonneau de la ferme au champs », justifie Nathalie Carmes. Enfin, les exploitants prennent un soin particulier à entretenir leur linéaire de haie. « Nous faisons attention à ce que nous coupons pour favoriser la repousse et nous valorisons le bois plaquette », rapporte l’éleveuse.

Où en est la Ferme Laitière Bas Carbone (FLBC) ?

L’objectif de la démarche FLBC est de réduire de 20% l’empreinte carbone du secteur laitier à horizon 2025. A la même date, il est prévu que 50% des élevages français laitiers aient réalisé un diagnostic CAP’2ER. « Actuellement, 15711 exploitations ont déjà été auditées, soit 30% des élevages français », indique Mathilde Grégoire, cheffe de projet Environnement au Cniel. De manière opérationnelle, ce sont les Criel qui impulsent des dynamiques sur leurs territoires afin de développer le nombre d’éleveurs engagés.