Ces élevages qui réduisent leur empreinte carbone (4/5) : Optimiser la gestion des effluents

Pour garantir une utilisation précise de ses effluents organiques, Jean-Marc Burette réalise des analyses de ses fumiers et lisiers. Il a également investi dans un pont bascule pour connaître avec exactitude les quantités de fertilisants épandus.

En 2015, Jean-Marc Burette, éleveur laitier à Fleurbaix dans le Pas-de-Calais, décide de se lancer comme cobaye dans le diagnostic CAP’2ER pour évaluer les émissions de gaz à effet de serre (GES) de sa ferme. « J’avais déjà remarqué que le climat évoluait, notamment avec la moisson qui s’est décalée peu à peu à la fin juillet alors qu’elle se déroulait le 15 août auparavant. Et j’ai eu l’occasion de voir le film « Une vérité qui dérange » [un documentaire américain de Davis Guggenheim sorti en 2006, traitant du changement climatique]. Suite à ça, quand j’ai entendu parler du projet bilan carbone, j’ai voulu en faire partie », se souvient l’éleveur. Il actionne alors plusieurs leviers pour réduire les GES sur sa ferme avec succès. Il ressort du premier diagnostic réalisé en 2015 que la ferme émet 1,1 kg eq CO2/l de lait produit. Dans le même temps, Jean-Marc Burette nourrit 2130 personnes grâce à sa production. « Quand je parle de mon bilan carbone, je rappelle toujours le nombre de personnes que je nourris pour remettre les choses en perspective », rappelle-t-il.

Entre 2016 et 2017, un nouveau diagnostic évalue ses émissions de GES à 0,95 kg eq CO2/l de lait produit, pour 2643 personnes nourries. Enfin en 2018, un dernier audit relève des émissions de l’ordre de 0,92 kg eq CO2/l de lait produit pour 2876 personnes nourries. En trois ans, l’éleveur a diminué son empreinte carbone de près de 100g eq CO2/l de lait produit, tout en nourrissant 740 personnes de plus. « Maintenant, l’objectif est de descendre à 0,88 kg eq CO2/l de lait produit, soit l’équivalent de 410 t de CO2 en moins sur 5 ans. Mais ce sont toujours les derniers grammes qui sont les plus compliqués à gagner », assure-t-il.

Utiliser les effluents de manière précise

L’un des grands axes de travail de Jean-Marc Burette pour réduire ses émissions de GES concerne la gestion des effluents. « Pour une meilleure prise en compte des fumiers et des lisiers dans la fertilisation, je les fais analyser », indique l’éleveur. Une fois la composition en éléments fertilisants connus, il fallait pouvoir contrôler les quantités épandues sur les parcelles. « J’ai investi dans un pont bascule. Ainsi je sais exactement quelle quantité est apportée dans quel champ. Ce ne sont plus des apports empiriques », indique l’éleveur. Avec le recul, il a également trouvé d’autres usages pour le pont bascule, et notamment le contrôle des camions de concentrés qui livrent la ferme.

Toujours dans un souci de précision, il a délégué l’épandage à une ETA. « L’entreprise a du matériel bien plus précis que le mien et cela me coûte moins cher que si je devais le faire moi-même », constate-t-il. Il apprécie également que le chantier des 500 à 600 tonnes de fumier puisse être réalisé en une journée pour limiter l’inconfort des odeurs pour les voisins sur une courte période. « Cela prendrait beaucoup plus de temps si je devais le faire moi-même », souligne l’éleveur.

40% d’engrais en moins

La gestion précise des effluents est une première étape pour réduire l’usage d’engrais minéraux. Pour aller plus loin, Jean-Marc Burette a investi dans un système de fertilisation localisée avec de l’urée au semis. « Chaque année, je me prévois un budget de recherche et développement de plusieurs milliers d’euros. Lors d’une campagne précédente cela m’a permis de mettre en place cet apport localisé mais également de tester différentes doses d’azote. J’ai essayé d’implanter mon maïs ensilage avec 0, 50, 100, 150 et 200 unités d’azote par hectare. Résultat, il n’y a pas de différence de rendement entre 100 et 150 unités d’azote », constate-t-il. Grâce à la fertilisation localisée et à la gestion précise des effluents organiques, Jean-Marc Burette a ainsi pu réduire de 40% ses apports d’engrais minéraux.

Une multitude de leviers actionnés

Sur sa ferme, l’éleveur a arrêté le labour. Si cela lui a permis de réduire ses émissions de GES, il y voit également un gain économique important. « J’utilise 4000 litres de fioul en moins par an et j’ai pu revendre trois tracteurs », constate-t-il.

Sur l’aspect énergétique, Jean-Marc Burette a installé un récupérateur de chaleur sur le tank à lait pour chauffer l’eau de nettoyage. « L’eau passe de 12°C à 45°C, c’est encore une belle économie », relève-t-il. Ce lien entre économie et réduction des GES peut être généralisé à l’ensemble des actions qu’il met en place sur sa ferme. Il estime que le gain annuel représente une réduction de charges de 4700€.

Une ration sans herbe

Chez Jean-Marc Burette, les vaches fonctionnent avec un plat unique de maïs ensilage toute l’année. « Dans notre zone, la pression foncière est forte et il faut valoriser au mieux nos hectares. Avec 1 ha de maïs, je nourris 3 vaches alors qu’avec 1 ha d’herbe je nourris 1 vache », calcule-t-il. Pour les concentrés, il a choisi le 100% colza. « À l’époque, c’était le début des variétés 00 avec moins d’alcaloïde dans les colzas. Ça s’est joué sur le prix par rapport au soja », se souvient-t-il. Dans sa ration, il a remplacé 1 kg de soja par 1,3 kg de colza. Sur son troupeau, il constate un gain de TP et une réduction du coût sur les minéraux dans lesquels il n’a plus besoin de phosphore.

 

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