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Lundi 30/03/2026

Charges opérationnelles : MACF, des surcoûts « conséquents »

Publié par Perspectives Agricoles

Le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF) devrait renchérir le prix des engrais azotés de l’ordre de 150 à 350 €/t à l’horizon 2034, d’après une étude d’Arvalis. Cette taxe sur les engrais importés pèsera lourdement sur les charges des céréaliers.

Malgré l’opposition des agriculteurs, le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF) est bel et bien entré en vigueur au 1er janvier 2026. De récentes déclarations du côté de la Commission européenne semblent fermer définitivement la porte à une possible suspension temporaire du dispositif, qui instaure une taxe carbone aux frontières de l’Union européenne pour certains produits, dont les engrais minéraux azotés.

« La tarification du carbone est l’un des piliers de la politique climatique de l’UE », a déclaré le Commissaire européen au climat, Wopke Hoekstra, dans une déclaration transmise à l’AFP le 4 mars. Cette nouvelle taxe sur les produits importés vise à compenser le désavantage compétitif dont souffrent les industriels européens, face à la diminution des quotas carbone gratuits. Elle s’ajoute aux prix des engrais azotés qui, s’ils sont redescendus après la hausse liée au déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022, sont restés à un niveau relativement élevé en 2024, 2025 et début 2026.

Pour les agriculteurs, les surcoûts seront « conséquents », indique Oscar Godin, co-auteur d’une étude d’Arvalis présentée fin février, qui évalue les effets du MACF sur les prix des engrais et les charges des exploitations agricoles. Les principaux résultats portent sur 2034, date à laquelle le dispositif atteindra « son rythme de croisière », après la fin des quotas gratuits attribués aux entreprises européennes, explique-t-il.

La stabilisation de la méthode de calcul du MACF et la publication par la Commission européenne des valeurs de référence, fin 2025, permettent désormais d’en estimer plus précisément les effets. Concernant l’évolution du prix du carbone, qui s’établit en février 2026 autour de 70 euros la tonne (€/t), deux hypothèses ont été retenues pour 2034 : une estimation basse à 100 €/t et une estimation haute à 140 €/t.

25 à 40 % de charges de fertilisation en plus

D’ici 2034, la hausse de prix des engrais azotés (ammonitrate, urée, solution azotée…) liée au MACF serait de l’ordre de 30 à 65 % par rapport à leur niveau de début février 2026.

L’ammonitrate est le plus lourdement concerné avec un surcoût compris entre 76 et 106 € par 100 unités d’azote, pour un prix du carbone allant de 100 à 140 €/t. La solution azotée et l’urée suivent, avec des surcoûts respectifs de 55 à 77 € et 35 à 50 € par 100 unités. Et les agriculteurs ne pourront pas contourner ce surcoût, car en moyenne sur 2022-2024, environ 40 % des engrais azotés utilisés en Europe sont importés.

À l’échelle des fermes céréalières, le MACF engendre un surcoût variant entre 65 et 110 euros par hectare (€/ha), selon les exemples étudiés, pour un prix du carbone à 100 €/t (tableau 1). Les charges de fertilisation augmentent ainsi de 25 à 40 %. Pour un prix du carbone à 140 €/t, le surcoût grimpe entre 90 et 150 €/ha.

Effet du MACF sur les charges d’exploitations types à l’horizon 2034 (en €/ha)
Effet du MACF sur les charges d’exploitations types à l’horizon 2034 (en €/ha)

« Au niveau national, en moyenne 2019-2024 dans les exploitations de l’OTEX 15 (spécialisées en production de céréales et oléoprotéagineux), l’impact est de 10 000 euros par unité de travail non salariée, c’est-à-dire en moyenne 30 à 35 % du revenu courant avant impôt », poursuit-il (figure 1). D’après les résultats de l’étude, le coût total pour l’ensemble de la sole céréalière française se situerait entre 900 et 1 200 millions d’euros par an. Pour les oléagineux, il se situerait entre 150 et 200 millions d’euros.

Effet du MACF sur le résultat des exploitations
Effet du MACF sur le résultat des exploitations

« Une perte sèche »

Les effets du MACF sur les coûts de production ont été étudiés, culture par culture (tableau 2). « À l’horizon 2034, le surcoût pour les céréales à paille varierait entre 15 et 25 €/t selon les cultures, soit environ 10 % du coût de production pour le blé tendre. Pour le maïs il serait de 10 à 15 €/t, et de 15 à 30 €/t pour les oléagineux », précise Oscar Godin. En alourdissant considérablement leurs charges, la taxe carbone menace sérieusement la compétitivité des céréales et la marge des exploitations agricoles, d’autant que pour ces dernières années, les prix de marché ne couvrent pas les coûts de production. « Le MACF constitue donc une perte sèche », conclut l’expert.

Effet du MACF sur les coûts de production par hectare et par tonne de rendement en 2034
Effet du MACF sur les coûts de production par hectare et par tonne de rendement en 2034

À court terme, les perspectives ne sont pas plus réjouissantes. Malgré une mise en place progressive, l’impact du MACF devrait être très important dès les premières années. « En 2026, le coût du MACF devrait s’élever à 500 millions d’euros pour les céréales », estime Oscar Godin. S’y ajoutent près de 80 millions d’euros pour les oléoprotéagineux. Ramené à l’exploitation, le surcoût représente entre 35 et 70 €/ha. « Clairement, il n’y a pas de scénario gagnant ; soit l’agriculteur paie et perd beaucoup en compétitivité prix, soit il réduit sa fertilisation, donc le rendement et/ou la qualité. S’il ne fait pas son troisième apport d’engrais sur blé pour relever le taux de protéines, il sera perdant sur la rémunération finale avec une qualité qui ne sera plus au rendez-vous », analyse l’expert.

Perdant à tous les coups

Une stratégie d’adaptation pourrait être de modifier son assolement pour limiter les surcoûts de fertilisation en optant pour une culture de printemps, moins gourmande en azote. Mais là encore la solution n’est pas idéale et est conditionnée à la disponibilité des semences, aux contraintes agronomiques mais aussi aux débouchés. « L’assolement se réfléchit sur le long terme, notamment d’un point de vue agronomique, pour limiter les risques d’adventices et de maladies, par exemple », illustre Oscar Godin. De plus, une culture de substitution n’offre pas forcément la même rentabilité. Il faut aussi s’assurer de trouver un circuit de commercialisation. Autant dire que cela ne se fait pas du jour au lendemain.
Pour 2026 au moins, les céréaliers qui doivent encore s’approvisionner sur une partie de leurs besoins en engrais azotés sont dans l’impasse. En prévision de l’entrée en vigueur du MACF, ils ont été nombreux à anticiper leurs achats, lorsqu’il y avait de la disponibilité. Pour atténuer les effets du dispositif, le gouvernement français a promis des compensations, sans faire d’annonce concrète pour le moment.