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Mardi 06/01/2026
Colère agricole : mobilisation nationale, nouvelles consultations à Matignon
Départ de convois pour Paris, rassemblement devant des préfectures, contrôles sauvages de marchandises : les actions des agriculteurs diffèrent mardi selon les syndicats, dont deux - la FNSEA et la Confédération paysanne - sont reçus par le Premier ministre en fin d'après-midi.
"Il y a une forme d'incompréhension et de défiance vis-à-vis de la parole publique. Ce dont nous avons besoin, ce sont des actes, des décisions qui se voient dans les cours de ferme", a déclaré sur TF1 Arnaud Rousseau, qui sera reçu à Matignon en fin d'après-midi.
Sébastien Lecornu réunit à 11H30 les ministres concernés par les questions agricoles. Une douzaine de membres du gouvernement ont été conviés. Le Premier ministre et la ministre Annie Genevard avaient promis dimanche un arrêté pour empêcher d'importer en France des produits agricoles sud-américains (avocats, goyaves, mangues mais aussi cerises, melons...) traités avec des substances chimiques interdites dans l'Union européenne. L'arrêté sera finalement publié mercredi, a précisé le ministère de l'Agriculture à l'AFP.
Les annonces du gouvernement ont jusque-là été jugées insuffisantes pour répondre aux multiples crises auxquelles les agriculteurs font face : épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC), faible cours du blé et prix élevé des engrais, menace d'une concurrence accrue des pays latino-américains du Mercosur, etc. La perspective que l'accord de libre-échange UE-Mercosur soit signé dans les prochains jours, comme le souhaite la Commission européenne, est un "chiffon rouge", pour le président de la FNSEA, "de nature à (entraîner) des mobilisations plus importantes. Mais à ce stade, nous appelons à des actions en territoire".
Même son de cloche chez les Jeunes agriculteurs reçus lundi à Matignon, qui ont promis un rassemblement le 19 janvier devant le Parlement européen à Strasbourg en cas de signature.
Les ministres européens de l'Agriculture seront mercredi à Bruxelles pour une réunion spéciale sur le Mercosur mais aussi sur la politique agricole commune (PAC).
"Cortèges pacifiques"
En revanche, le ton de la Coordination rurale (CR) est monté d'un cran lundi à la sortie de Matignon. Son président Bertrand Venteau s'est insurgé contre l'interdiction, par arrêté préfectoral dans la majeure partie de la France, des convois de tracteurs qu'il prévoyait d'envoyer à Paris pour "porter pacifiquement" les "doléances des agriculteurs". Il a maintenu son appel à "monter" sur la capitale et la CR espère l'arrivée de ses cortèges à compter de jeudi, a-t-elle précisé à l'AFP. Des agriculteurs venus de Corse ont pu "débarquer du ferry", a indiqué le syndicat. Des convois sont aussi partis de Dordogne, des Landes, de Gironde et du Lot-et-Garonne.
Un convoi de véhicules et de tracteurs s'est élancé de Cancon dans le Lot-et-Garonne, escorté par une voiture de gendarmerie. "On n'est pas des bandits. On va rouler (...) On veut juste porter nos revendications là-haut à Paris", a déclaré le président de la CR 47 José Pérez. "On travaille pour vivre et on ne nous fait pas vivre (...) On sait déjà qu'on va être sûrement bloqués, mais tant pis, on passera de force", a-t-il ajouté.
Bertrand Venteau a assumé lundi de ne vouloir "rien lâcher" notamment sur le sujet des abattages de l'intégralité d'un foyer à partir du moment où un cas de DNC y est détecté.
Deux nouveaux cas ont été recensés en Ariège la semaine dernière malgré une vaccination presque totale du département, l'immunité mettant plusieurs semaines à se construire et n'empêchant pas entre-temps les contaminations.
La fin de l'abattage total est aussi une demande de la Confédération paysanne, reçue à Matignon ce soir et qui a été, avec la CR dans le Sud-Ouest un moteur de la contestation, ravivée début décembre par la gestion de la crise sanitaire par l'Etat.
Mardi matin la gendarmerie dénombrait encore au moins cinq blocages d'autoroutes (A75, A64, A51N dans la zone Sud, A65 dans le Sud-Ouest et A84 dans la zone Ouest). Plusieurs agriculteurs avaient fait part à l'AFP de leur intention de passer la nuit sur les barrages. A Calais, tracteurs et agriculteurs avaient installé un barrage filtrant pour contrôler des marchandises sortant du port afin d'attirer l'attention sur les distorsions de concurrence selon eux entre les produits importés et les produits européens.