Des coops Zen, un ministre bravache - Pleinchamp

Des coops Zen, un ministre bravache

[Edito] A l’occasion d’une conférence-débat au cours de laquelle La Coopération Agricole a annoncé se fixer un horizon Zéro émission nette (Zen) en 2035, le ministre de l’Agriculture a énuméré ses actes de bravoure, récents et à venir, aux plans national, européen et international.

A quelques jours de la fin des négociations commerciales entre les transformateurs agroalimentaires et les distributeurs, le ministre de l’Agriculture a sifflé la fin de la récréation pour la re-création de valeur. Julien Denormandie voit dans les avancées des négociations les fruits de sa « totale fermeté, avec une démultiplication tous azimuts » des services de la répression des fraudes en direction des industriels et de la grande distribution, en attendant les conclusions de la mission confiée à Serge Papin, censées en finir avec la guerre des prix. Dans un style sans esbroufe qui le caractérise, tout en zénitude, le ministre de l’Agriculture a eu à cœur de montrer ses faits d’armes, récents et à venir.

Courage politique

Au plan franco-français, Julien Denormandie souhaite en finir avec cette « manie » de la surtransposition des normes. « J’ai montré dans le cas de la betterave que je savais affronter ce sujet avec force et volonté », s’est-il félicité. Le ministre ne s’interdit pas d’autres actes de bravoure, sur le sujet des calamités agricoles par exemple, un « système ubuesque, qui ne correspond plus aux réalités du terrain » ou encore dans le domaine de l’eau, avec la signature prochaine du décret relatif à la gestion de la ressource et des situations de crise, préalable à une « refondation des systèmes hydrauliques à l’échelle du pays ».

Dans le secteur des semences, Julien Denormandie a redit son inclination pour les nouvelles techniques d’édition génomique (NBT). « Il faut avoir le courage de cette innovation, porteuse de solutions vis-à-vis du stress hydrique, en ces temps d’adaptation au changement climatique. A nous de montrer qu’il s’agit d’une science avec conscience et d’une innovation au service de l’Homme ». Dans un autre domaine et à plus court terme, le plan pollinisateurs aura valeur de test. En matière d’assurances climatiques, le ministre avoue chercher la « martingale », qui pourrait passer par la Pac.

Les Eco-régimes, passeport environnemental

Au plan européen justement, Julien Denormandie voit dans les Eco-régimes et leur caractère obligatoire, défendu mordicus par la France, le moyen d’écrêter les différences de modèle entre les États-membres et avec elles les distorsions de concurrence intra-européennes. Une incantation qui reste encore à formaliser dans les textes, jusque dans les petites lignes.

Le troisième étage de la fusée Denormandie concerne les distorsions de concurrence avec les pays tiers, s’agissant notamment des normes environnementales. Aujourd’hui, les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) empêchent de se prémunir contre les produits importés dès lors qu’ils n’impactent ni les consommateurs ni les territoires dans lesquels ils débarquent, une disposition que le ministre qualifie « d’hypocrisie, l’environnement n’ayant pas de frontières ». Pour Julien Denormandie, les pratiques agricoles en vigueur sur d’autres continents nous regardent, faisant allusion à la déforestation. Et si l’Union européenne réussit, via les Eco-régimes, à faire converger ses standards en matière environnementale, l’UE devra alors porter le fer sur le plan commercial, au niveau de l’OMC.

Julien Denormandie élève ce dossier au plan des priorités de la présidence de l’Union européenne, que la France exercera pour six mois à compter du 1er janvier 2022. « Une croisade de longue haleine », a-t-il reconnu. De quoi laisser le temps à la Coopération d’avancer sur le chantier de la décarbonation et de faire valoir, sur les marchés internationaux, les co-bénéfices de nos céréales, de la poudre de lait ou encore du sucre.