Téléchargez la nouvelle application Pleinchamp !
Mercredi 25/03/2026

Engraisser des TJB : un choix payant en pur quelle que soit la conjoncture

Publié par L'union du Cantal

Engraisser requiert de la technicité, mais aussi de la patience et de la sagesse : ne pas céder aux à-coups des marchés mais miser sur une démarche payante sur le long terme.

Pourquoi s’embêter à engraisser ses veaux quand le prix du maigre s’envole ? Cette question, Jean-François Bruel ne se l’est pas franchement posée, même cet été, à l’heure d’engager de nouveaux animaux dans la filière TJB salers du groupe Altitude quand les cours du broutard ont dépassé les 5 €/kg. Naisseur-engraisseur “depuis toujours” (aussi bien de taurillons hier, de TJB aujourd’hui que de vaches label rouge salers), avec la particularité d’être en race pure, l’éleveur arpajonnais reste en effet convaincu que la rentabilité de l’engraissement ne s’apprécie pas à l’instant T, à l’aulne d’une conjoncture donnée, mais bien sur la durée. Les résultats technico-économiques de l’exploitation de Combelles sont là pour en attester.
Rémunéré 50 € de l’heure
Une exploitation suivie par la Chambre d’agriculture dans le cadre du réseau Inosys-fermes de référence permettant d’extraire et positionner chaque année un certain nombre de données et d’indicateurs : revenu disponible, coût de production, mais aussi marge par animal (ou UGB). Ainsi, en prenant en compte les frais d’alimentation, les charges de mécanisation, la paille..., Estelle Delarue, conseillère références qui suit l’EARL de Combelles, a chiffré entre 130 et 140 €/tête la marge de l’atelier TJB en moyenne sur les dix dernières années. Soit autour de 5 700 € de rémunération annuelle du travail pour la quarantaine de jeunes bovins engraissés jusqu’à 16-18 mois. Et une rémunération avoisinant les 50 €/heure, Jean-François Bruel estimant à une trentaine minutes quotidiennes le temps dédié à l’atelier. Un montant plus que satisfaisant.
Mieux que le cas type naisseurs lourds salers
Mieux, sur la décennie, l’exploitation affiche une marge brute (par vache allaitante) systématiquement supérieure à celle du cas type “naisseurs lourds salers”
(en zone favorable maïs comme en Châtaigneraie, en croisement) : au plus bas (en 2016), le différentiel a été de 327 € en faveur de l’EARL, au plus haut (en 2023)
de 706 €. L’écart allant d’ailleurs en s’accentuant depuis 2022 avec l’instauration d’une nouvelle mécanique de prix dans les contrats TJB salers, indexés sur le prix du broutard, rappelle Catherine Entraygues, responsable filières et qualité au sein du groupe Altitude : “Cette année, même en prenant des veaux mis en place en juin (2025), la marge sur coût alimentaire (intégrant le prix de vente du TJB sur le prix initial du veau et les coûts alimentaires) est de 454 €.” Ce qui fait dire à Jean-François Bruel, fort de son
expérience, qu’il faut “être le plus autonome possible”, ou plus exactement, nuance Catherine Entraygues, “avoir une bonne adéquation entre coût alimentaire et GMQ (gain moyen quotidien du poids de l’animal)”. “On peut avoir des éleveurs qui achètent pas mal à l’extérieur et qui compensent par le GMQ des veaux, résume-t-elle. Il faut réfléchir comme les laitiers : calculer le coût de ration ramené au kilo de croît.”
“Ne pas s’affoler quand on voit les cours du maigre”
“Quand on engraisse, il ne faut pas s’affoler quand on voit les cours du maigre progresser, c’est une vision à moyen terme qu’il faut avoir”, abonde l’éleveur qui a toujours préféré finir des animaux de boucherie que soigner des bêtes d’élevage. Certes, l’engraissement a ses exigences : “Il faut les suivre, les peser (3 à 4 fois chez lui), avoir les places en bâtiment, mais le gros avantage du système, outre le gain économique, c’est que ça permet de tester les nouveaux taureaux et de gagner ainsi du temps de sélection”, fait valoir l’agriculteur.
À l’image de l’impressionnant Ronaldo (fils de Numéro sur une fille de Précieux), né et élevé à Combelles, et sélectionné par UALC pour l’insémination au vu de ses résultats. “C’est un taureau qui amène des qualités de race, tout autant que de la croissance, du développement et du lait”, souligne Jean-François Bruel, tandis que Catherine Entraygues voit là la reconnaissance du travail de sélection génétique réalisé par l’éleveur.
Du côté pile de la balance, la jeune femme met aussi aux crédits de l’atelier TJB salers un prix minimum garanti pour les éleveurs. “La prise de risque est davantage du côté de la coop et de Covial que de l’éleveur sachant que c’est bien sa réussite technique qui fait toute la différence.”
Prise de risque moindre et indépendance vis-à-vis des aléas du marché de l’export, notamment lors des crises sanitaires, complète Jean-François Bruel : pour ses JB, pas besoin de vaccin, ni PCR,... juste un vermifuge. “On minimise ainsi les frais d’élevage”, relève-t-il. Sans compter un rendement carcasse optimisé par la proximité de l’outil d’abattage aurillacois.