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Vendredi 06/02/2026

Et si on cultivait les mauvaises herbes ?

De nombreux acteurs du territoire, dont les agriculteurs, souhaitent participer à la renaturation de certains espaces. Mais pour « récréer » la nature, il faut pouvoir disposer de semences de végétaux sauvages et locaux. C’est sur ce créneau très pointu que s’est positionnée l’entreprise Semence Nature. Elle a présenté son activité au Sival, à l’occasion d’un séminaire sur le projet Flor’Agri.

« On recherche des cultivateurs de mauvaises herbes ! ». Directeur technique de l’entreprise Semence nature, implantée dans les Hautes-Pyrénées et en Charente, Lionel Gire résume avec humour le besoin émergent de semences de « végétaux sauvages », lors du séminaire sur le projet Flor’Agri, qui s’est tenu le 14 janvier dernier à Angers au Sival.

En effet, de plus en plus d’acteurs, collectivités, entreprises, paysagistes... souhaitent pouvoir disposer de semences « représentatives de la nature locale » pour renaturer, compenser, ou végétaliser des espaces dégradés ou artificialisés.

La fin des bandes fleuries alibis

Les agriculteurs ne sont pas en reste : lorsqu’ils implantent des bandes fleuries en bordure de leurs champs avec l’objectif de contribuer au maintien de la biodiversité, ils souhaitent le faire avec des espèces pertinentes, pas des mélanges standards.

C’était justement là toute l’ambition de Flor’Agri, porté par Végépolys Valley et financé par les régions Bretagne et Pays de la Loire : ce projet, qui vient de s’achever, visait à produire des semences destinées aux bandes fleuries en bordure de parcelles agricoles dans les zones biogéographiques du Massif armoricain et du Bassin parisien sud.

L’expertise, quasi unique en France, de production de semences de fleurs et de plantes sauvages de l’entreprise Semence Nature l’a naturellement placée au sein du projet Flor’Agri. Semence nature a été créée par Lionel Gire en 2018, elle emploie 5 personnes et réalise à ce jour environ 700 000 euros de chiffre d’affaires sur la thématique de la renaturation (50 % en conseil, 50 % en vente de semences).

Directeur technique de Semence nature, Lionel Gire a présenté son activité, quasi unique en France, lors du Sival 2026. (Crédits photo : Semence nature).

Multiplicateurs de fleurs

Son exploitation interne, la SCEA Fleurs des champs (Charente), réalise une partie de ses multiplications (50 espèces sur 20 hectares) et Semence Nature est également en contrat avec une dizaine d’agriculteurs pour la production de semences.

Comme la demande tend à se développer, l’entreprise est encore en recherche de multiplicateurs pour ses achillées millefeuilles, alliaires officinales, mauves sylvestres, bleuets des champs et coquelicots… : autant d’espèces sauvages, parfois considérées comme « mauvaises herbes », qui pourraient devenir des « sources de diversification et de revenus pour des agriculteurs » selon Lionel Gire.

Des plantes par essence peu productives

A l’occasion du séminaire consacré à Flor’Agri, Lionel Gire a évoqué toutes les spécificités des métiers de producteur et de multiplicateur de semences sauvages. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils sont plus complexes que leurs équivalents en semences agricoles.

La première étape est la récolte des plantes en milieu naturel, mais comme il n’est pas question qu’elle ait un impact écologique, « celle-ci ne peut se faire que sur un espace où se trouvent plus de 200 pieds de la plante visée et ne doit pas excéder 25 % de la ressource », précise Lionel Gire.

Une fois les graines récoltées et séchées, les plantes sont prémultipliées, puis multipliées, pour espérer en récolter les semences. Mais cette production se heurte à de nombreux écueils : germinations aléatoires, dormance, étalement des floraisons, faibles vigueurs, dispersion des graines…

Production de sauge des prés, Salvia pratensis : ses graines sont utilisées en mélange pour les bandes fleuries de la zone Bassin parisien sud. (Crédits photo : Semence nature).

Un référentiel de qualité inversé

Sans oublier que le multiplicateur de semences de fleurs sauvages doit changer son référentiel de raisonnement : dans le cas de plantes sauvages, la diversité intraspécifique doit être conservée. On veut des plantes grandes et petites, productives et moins productives. « Il n’y a pas de tri de semence », résume Lionel Gire.

Chaque plante à multiplier nécessite la mise au point d’un itinéraire technique spécifique, et le projet Flor’Agri a justement permis d’en valider quelques-uns, notamment grâce à l’expertise de plusieurs acteurs spécialistes des semences comme la FNAMS et Labosem.

Le projet Flor’Agri a atteint son but, puisqu’il a permis la production de 55 kg de semences de 25 espèces sauvages. Six mélanges différents, de 13 à 18 espèces chacun, adaptés à chacun des deux territoires (Massif armoricain, Bassin parisien sud) et à chaque culture (viticulture, arboriculture et grandes cultures), ont été créés.

Le Cyanus segetum, ou bleuet des champs, est une espèce intéressante car elle est colonisée par un grand nombre d’insectes à langue courte (abeilles, guêpes et syrphes). (Crédits photo : Semence nature).

Des bandes vraiment plus riches en biodiversité

Des bandes fleuries, à vocation pérenne, ont été implantées sur 23 parcelles entre l’automne 2023 et le printemps 2025. Les premiers résultats de mesure de la biodiversité confirment leur intérêt : les pollinisateurs y sont trois fois plus nombreux et plus diversifiés que dans la parcelle témoin.

Cette réussite de Flor’Agri met aussi en lumière la nécessité d’un accompagnement, organisationnel et financier de la production de semences de fleurs sauvages : la spécificité de leurs itinéraires de production les rend de 10 à 15 fois plus chères que les semences de plantes cultivées. Mais la demande est bien présente, et les enjeux sont importants : « Nous sommes une filière émergente, nous avons besoin de soutien », conclut Lionel Gire.

Vous êtes intéressés ?

Les personnes intéressées par ces bandes fleuries d’un nouveau type sont invitées à une réunion de bout de champ, le 19 mai prochain, à Beaufort en Vallée (Maine-et-Loire).

Par ailleurs, tous les livrables du projet sont disponibles ici : https://www.vegepolys-valley.eu/projet-flor-agri/livrables/