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Samedi 07/11/2026

Le boom du poulet frit : espoir ou mirage pour les producteurs français ?

Publié par Pleinchamp

Depuis cinq ans, les fast-foods dédiés au poulet frit se multiplient dans l’hexagone. Une consommation qui échappe pourtant aux producteurs français, incapables à ce jour de proposer des volumes et des prix en adéquation avec ces nouveaux modes de consommation de la viande de volaille.

À l’heure du déjeuner, dans le quartier de la gare à Nantes, le restaurant Crousti Chef voit défiler son flux de clients quotidien. Dans ce local, reprenant les codes d'ameublement et d'aménagement d’un kebab ou d'un fast-food de quartier, c’est le poulet qui est maître. Que ce soit à emporter ou sur place, la plupart des consommateurs jettent leur dévolu sur le menu « cuisse de poulet » à 8 euros, qui prévoit une barquette de riz et un soda en plus du volumineux morceau de viande frit. Pour les plus aventureux, pilons, ailes ou encore « donuts de poulet » sont également disponibles. À la dégustation, la viande se désagrège avant même d’être mâchée, mais l’enrobage de sauce maison permet de compenser l’absence de goût de la volaille.

À l’image de Crousti Chef, plusieurs centaines de ces enseignes de restauration dédiées à la volaille auraient ouvert en France depuis 5 ans. Dans un article du quotidien Le Monde publié le 9 mai 2026, les journalistes évoquent le chiffre de 707 points de vente affiliés à des chaînes de restauration rapide dédiées au poulet et un chiffre d'affaires de 1,2 milliard d’euros. Si ces grandes structures, venues des États-Unis pour certaines, ont impulsé l’élan, une multitude d’indépendants se sont engouffrés dans la tendance.

Depuis cinq ans, les fast-foods dédiés au poulet frit se multiplient dans les villes françaises. ©A.M.

Un mouvement qui surfe sur l’augmentation des importations

Pour servir du poulet aussi peu cher, ces nouveaux restaurateurs s’approvisionnent régulièrement en viande importée, notamment d’Europe de l’Est. Chez Crousti Chef, la provenance n’est pas affichée dans le restaurant comme le demande la loi. Alors que le serveur tend le plateau par-dessus le présentoir en verre, il semble presque surpris d’être interrogé sur l’origine de la viande. « Heu… Belgique », répond-il, hésitant.

Une réponse qui correspond aux conclusions d’une enquête publiée le 4 novembre par la Fondation de la nature et de l’homme (FNH). L’ONG y montre l’importance de la Belgique, des Pays-Bas, de l’Allemagne et surtout de la Pologne comme « plaque tournante » du poulet européen. « Il y a un manque de transparence avec l'origine du produit qui s'efface pour pouvoir travailler en gros des volumes issus de différentes origines, voire du Brésil ou d'Ukraine par les ports. Si les produits sont trop transformés, l’origine se perd et devient Union européenne », regrette Thomas Uthayakumar, directeur du plaidoyer chez FNH.

Les fast-food de poulet frit proposent des prix imbattables. © TD

McDonald’s, le bon élève du poulet français

Du côté d’Anvol, l’interprofession de la volaille de chair, le discours se veut plus positif. « Les grandes chaînes font des progrès sur l’approvisionnement français, mais c’est vrai qu’il est plus compliqué de contacter les indépendants. Il faut que nous nous organisions sur le sujet », souligne Yann Nédélec, directeur de l’Anvol. Pourtant, proposer du poulet 100% français ne semble pas un pari si facile à réaliser. L’enseigne Poppeys, qui a ouvert une trentaine de restaurants en France depuis 2023, annonçait lors de son lancement vouloir un approvisionnement 100% français. Trois ans plus tard, sur son site internet, elle écrit : « Nos volailles sont 100% européennes, provenant de France et de Pologne, répartition : ⅓ France. »

Sur le sujet de l’approvisionnement national, le bon élève semble être le leader de la restauration rapide. McDonald's a ainsi annoncé en juillet dernier avoir renouvelé son partenariat avec la filière poulet bretonne pour continuer à proposer un poulet 100% français dans ses restaurants, alors même que la proportion de cette viande augmente à la gamme. « C’est un engagement à hauteur de minimum 100 millions d’euros par an, soit 13 000 tonnes de poulet chaque année, soit plus de 3 millions de nuggets par jour », chiffre Guillaume de Beaurepaire, directeur Supply chain chez McDonald's France.

"La contractualisation avec l’ensemble des acteurs nous permet d’acheter la viande à un coût garantissant une rémunération juste pour les agriculteurs"

En chiffres, ce sont 206 éleveurs qui fournissent les poulets destinés à la fabrication des nuggets. Les animaux sont abattus par SBV et transformés par Pilgrim’s et Cargill. « C’est cette contractualisation avec l’ensemble des acteurs qui nous permet d’acheter la viande à un coût garantissant une rémunération juste pour les agriculteurs, tout en nous permettant de proposer des produits accessibles à tous », souligne Guillaume de Beaurepaire.

Changer le récit autour de la consommation de poulet

Si la restauration rapide, et même commerciale dans son ensemble, se tourne majoritairement vers le poulet importé, c’est pour un critère de prix, mais également de volume. La France importe actuellement plus de la moitié des volumes de poulet consommés sur le territoire. Un phénomène dû à l’augmentation de la demande, que l’offre n’a pas su suivre. Face à cette situation, la filière souhaite investir près de 3 milliards d’euros dans les 10 prochaines années pour reconquérir le marché français et construire, notamment, 2 200 poulaillers supplémentaires. « L’idée est vraiment de faire avancer les choses pour proposer une alternative française », évoque Yann Nédélec.

"Les concurrents européens ont pris trop d’avance"

Une course à la compétitivité et aux volumes qui ne convainc pas la FNH. Actuellement, l'association chiffre un coût de production polonais sortie abattoir inférieur de 15% à celui de la France. « Les concurrents européens ont pris trop d’avance. Les rattraper en produisant un poulet standard aura des impacts sur l'environnement. Nous refusons que la compétition sur les prix soit la seule boussole pour le développement de la filière », regrette Thomas Uthayakumar. Il propose de repenser la consommation de poulet à la baisse et avec des produits plus qualitatifs. « C’était un des axes prévus par la filière lors des États généraux de l’alimentation, mais les professionnels ne sont pas allés au bout de la démarche », martèle-t-il.

Sur le terrain, l’exemple de la filière qui approvisionne McDonald’s montre que des alternatives intermédiaires entre le poulet plein air et le poulet polonais peuvent trouver une place. « Grâce à la contractualisation, nous avons pu avancer ensemble sur le cahier des charges. Depuis 2024, il implique l’enrichissement des poulaillers avec de la paille et des perchoirs », détaille Guillaume de Beaurepaire. Autre avancée, l’utilisation de litière à base de cosse de sarrasin réduit les pododermatites des animaux. « Nous pouvons encore avancer sur l’impact carbone du soja utilisé en aliment pour les poules. Nous recherchons des alternatives qui n’impactent pas le bien-être animal », précise-t-il.

Pour 10 euros, les consommateurs ont accès à des portions de viandes conséquentes. Ici un menu pillon de poulet, avec un extra donnut de poulet. © TD

 

Le poulet du dimanche à la peine

À l’image du développement de la restauration rapide dédiée à la volaille, la consommation de poulet par les Français a complètement changé en 20 ans. « En deux décennies, la consommation de poulet à domicile est passée de 92% à 63%, avec une montée en puissance en parallèle de la restauration hors foyer », chiffre Yann Nédélec. Alors que le poulet entier est de moins en moins plébiscité, les découpes de poulet représentent aujourd’hui 51,5% des ventes contre 38% en 1998, et les produits élaborés ont gagné 10 points sur la même période pour atteindre 25%.