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Jeudi 05/11/2026
Les semenciers font le bilan d'une campagne 2026 hors norme et anticipent un recours massif aux semences de ferme
La sécheresse a fortement réduit la production de semences en 2026. Lors de sa conférence annuelle, l'Union française des semenciers (UFS) a chiffré les pertes, anticipé une utilisation record des semences fermières et plaidé pour un soutien accru à la filière.
« En 35 ans de métier, je n'avais jamais vu une année comme celle-là », a commenté Régis Fournier, conseiller stratégique chez Limagrain Field Seeds et vice-président de l'UFS, lors de la conférence annuelle de cette organisation professionnelle qui représente une centaine d'entreprises semencières en France.
L'UFS a dressé un premier bilan de cette campagne hors norme, qui a massivement impacté les cultures de printemps. L'objectif de production française de semences de maïs en 2026 est évalué par le syndicat à 65-70% du volume initialement espéré, celui des semences de sorgho à 70% et celui du tournesol à 80-85%. Aucun chiffre précis n'a été livré en betterave, mais les rendements sont faibles. En soja, la situation est très hétérogène en volume et en qualité, et des analyses sont en cours concernant la faculté germinative.
Des fourragères sous tension, des ruptures de stock déjà constatées
La production de semences fourragères, dont les surfaces dédiées sont déjà en baisse de plus de 30% en 5 ans, a également été amputée par les conditions climatiques de la campagne 2026. Selon l'UFS, les disponibilités sont aujourd'hui restreintes pour plusieurs espèces et variétés fourragères, certaines faisant déjà face à des situations de rupture de stock.
« La baisse des stocks va favoriser les programmes de multiplication, a fait savoir Rachel Blumel, directrice générale de l'UFS. Mais elle soulève néanmoins des inquiétudes pour la campagne 2027 en raison des difficultés d'implantation dues à la sécheresse persistante jusqu'à la mi-octobre ».
Colza : des surfaces délocalisées jusqu'en Espagne
Cette inquiétude se matérialise également concernant les colzas, semés dans le sec et dont une partie a dû être détruite. Selon l'UFS, certaines surfaces ont été transférées vers d'autres régions, voire d'autres pays. « Nous sommes allés chercher des hectares en Espagne, pour environ 20% de notre plan de production français de colza », a illustré Olivier Paul, président de l'UFS et directeur général de Lidéa, la branche semences de la coopérative Euralis.
Céréales à paille : un recours record aux semences de ferme
De leur côté, les céréales à paille ont été moins impactées en termes de rendement, mais les PMG sont souvent faibles, a précisé Régis Fournier. Les trésoreries des agriculteurs étant sous tension, les dirigeants de l'UFS anticipent une utilisation record des semences de ferme cette année. « Nous nous attendons à approcher le point bas des 30% de semences certifiées en blé », a indiqué Régis Fournier.
Présidentielle : la filière veut être reconnue comme un pilier stratégique
À l'approche de l'élection présidentielle, l'UFS souhaite sensibiliser les candidats à l'importance de soutenir la filière française des semences. « Notre filière contribue de manière excédentaire à la balance commerciale de la France, a rappelé Rachel Blumel. Nous souhaitons être considérés comme un pilier stratégique à intégrer dans toutes les politiques publiques, étant donné que nous sommes à la confluence de la recherche, de l'industrie et de l'agriculture. »
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Renouveler les agriculteurs multiplicateurs
L'UFS plaide aussi pour une meilleure visibilité des métiers semenciers dans les enseignements agricoles pour former des ingénieurs, des chercheurs ou encore des techniciens. « On ne fera pas de recherche sans producteurs et il n'y aura pas de producteurs de semences si on ne fait pas de la recherche », a prévenu Régis Fournier, appelant à l'installation de jeunes agriculteurs multiplicateurs. « Si on veut conserver l'avantage compétitif que l'on a dans le domaine de la semence, il faut renouveler les agriculteurs producteurs de semences. C'est un métier exigeant qu'il faut préserver », a-t-il conclu.
La France, leader mondial des semences
La production de semences concerne 15 000 agriculteurs sur près de 400 000 hectares en France. D'après les dernières données statistiques publiées par Semae pour la campagne 2024-2025, la France était le premier exportateur mondial de semences de grandes cultures et le deuxième pour les semences potagères après les Pays-Bas.