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Samedi 31/10/2026
Demain, les bovins seront-ils tous sans cornes ?
Depuis plus d’une dizaine d’années, les spécialistes de la sélection bovine travaillent à l’introduction d’un gène « sans corne » dans les populations de bovins domestiques. Objectif à terme : pouvoir se passer de l’écornage pour ceux qui le pratiquaient. Mais pas de panique, ceux qui le souhaitent pourront toujours prendre leur taureau par les cornes.
« L’écornage, c’est vraiment une tâche pénible », reconnait Céline Le Ru Le Laurent, éleveuse dans les Côtes d’Armor et présidente de l’association Prim’Holstein France, « les taureaux « sans cornes » connaissent un vrai boom en ce moment ». « Les éleveurs sont en effet très demandeurs » confirme Christian Adet, responsable technique et commercial de Prim’Holstein France. Bien peu d’éleveurs apprécient en effet le fait d’écorner leurs animaux, ou plutôt de les « ébourgeonner » puisque cette opération est généralement pratiquée sur le bourgeon cornual de très jeunes animaux. C’est pourtant un passage quasi obligé de l’élevage bovin d’aujourd’hui, puisque 90 % des éleveurs laitiers et 60 % des éleveurs allaitants le pratiquent. Encadrée réglementairement sur le plan de la contention et de la gestion de la douleur, la pratique de l’écornage reste traumatisante pour les animaux : les éleveurs constatent souvent un fléchissement de leur courbe de croissance durant les jours qui suivent l’opération.
Un gène naturellement présent
Pour leur épargner cette corvée et améliorer le bien-être animal, le monde de la sélection génétique s’intéresse depuis de nombreuses années au déterminisme génétique de l’absence de cornes. Et par chance, il existe bien, au sein de la diversité génétique naturelle des bovins, des mutations qui entrainent l’absence de cornes. Certaines races, comme l'Angus ont sélectionné ce caractère depuis plusieurs siècles. Le gène responsable a été identifié, il a été nommé Polled (qui signifie « acère » en anglais) et il est dominant : il suffit qu’un animal le porte sur une seule de ses deux copies de gènes pour qu’il s’exprime. Les animaux homozygotes, notés PP, et les hétérozygotes, notés Pp, sont donc sans cornes.
Une offre génétique qui explose
Les généticiens ont donc introduit le gène dans la population des reproducteurs des races bovines françaises, en particulier chez les taureaux d’insémination. Leur travail méticuleux, qui visait à intégrer ce gène sans prendre de risque de consanguinité, porte aujourd’hui ses fruits : l’offre génétique « sans corne » s’accroit rapidement. « Presque toutes les races travaillent sur ce sujet », confirme Jean-Christophe Boittin, responsable produit et grands comptes de la coopérative Synetics, leader européen de la génétique bovine. C’est le cas de la race Prim’Holstein, qui représente 65 % des bovins laitiers en France : « Un tiers des taureaux de notre catalogue sont hétérozygotes pour le gène Polled et 10 % sont homozygotes. D’ici 2035-2040, la majorité de nos taureaux seront sans cornes ». « Autrefois, les taureaux porteurs du gène sans cornes étaient un peu moins bons génétiquement », reconnait Céline Le Ru Le Laurent, « mais aujourd’hui, je suis beaucoup plus enthousiaste, nous avons énormément de choix de bons taureaux ».
Pour le bien-être des animaux et des éleveurs
Pour Jean-Christophe Boittin, le succès de cette génétique sans corne est lié aux exigences sociétales et commerciales, autour du bien-être animal, mais aussi à la demande de confort et de réduction du temps de travail des éleveurs : « Dans notre catalogue Holstein allemand, par exemple, les taureaux sans cornes sont déjà majoritaires : c’est lié notamment à la grande taille des exploitations de l’ex-Allemagne de l’Est ». « Chez nous, c’est la race pie rouge qui a le schéma le plus avancé : 90 % des taureaux du catalogue sont porteurs du gène et un tiers sont homozygotes », poursuit le spécialiste. « En normande, le gène est introduit depuis 14 ans, mais cela fait 3 ans que les premiers taureaux d’un bon niveau figurent au catalogue. Les races montbéliarde, abondance, tarentaise, proposent aussi des taureaux sans cornes ». Les races allaitantes sont presqu’autant mobilisées sur ce sujet : limousine, charolaise, parthenaise et même la salers, au cornage pourtant célèbre. « En croisement limousin, notre taureau le plus utilisé est un taureau PP. L’offre sans corne va se déployer : les éleveurs auront le choix. L’objectif n’est pas d’éradiquer le gène, mais bien de ne plus écorner » assure Jean-Christophe Boittin.
Certains éleveurs sont attachés au cornage
Car en effet, certains éleveurs veulent garder des animaux cornus, notamment chez certaines races locales : « Pour nous, les cornes font partie de nos animaux, c’est une histoire d’esthétique et leur présence est même inscrite dans le cahier des charges de notre filière locale de bovins nantais », décrit Christophe Sorin, éleveur de vaches nantaises dans le marais de Grand-Lieu. Même écho du côté de Sandrine Dangla, présidente de l’association nationale pour la race Casta, une race pyrénéenne à petits effectifs : « Les cornes sont importantes pour l’esthétique et le standard de la race. Elles sont utiles pour l’établissement des hiérarchies dans le troupeau et pour que les animaux se défendent contre des prédateurs en estives. Enfin, les cornes nous servent aussi pour attraper et contenir nos bêtes avec une corde lors des manipulations ».


