Téléchargez la nouvelle application Pleinchamp !
Jeudi 22/01/2026

Prosulfocarbe : des potagers contaminés, la Fnab demande le retrait de l'herbicide

Les alertes concernant les usages du prosulfocarbe, deuxième herbicide le plus utilisé en France, particulièrement sensible à la dérive, se sont multipliées ces dernières années. De nouvelles analyses réalisées à l’initiative du Groupement des Agriculteurs Bio du Loir-et-Cher révèlent des contaminations dans les potagers des particuliers.

Des prélèvements, réalisés en novembre 2025 dans des jardins de particuliers en Eure-et-Loir et dans le Loir-et-Cher, montrent la présence de prosulfocarbe sur des fruits et légumes dans 10 échantillons sur 15, avec un dépassement de la limite maximale en résidus (LMR) dans 6 de ces échantillons. Ces analyses ont été réalisées par un laboratoire spécialisé, à initiative du Groupement des Agriculteurs Bio du Loir-et-Cher.

Le prosulfocarbe est le deuxième herbicide le plus utilisé en France, dans des quantités équivalentes à celles du glyphosate (6330 tonnes vendues en 2023). On le retrouve dans des produits tels que Défi (Syngenta), Roxy 800 (Certis), Linati (Adama), etc. Le recours au prosulfocarbe est croissant ces dernières années : les tonnages ont été multipliés par six depuis 2010. L’Inrae explique cette hausse par la montée des résistances de certaines adventices comme les ray-grass à d’autres familles d’herbicides, par le retrait de certaines molécules comme l’isoproturon ou encore par le durcissement des conditions d’utilisation du chlortoluron.

Le prosulfocarbe à la dérive

La sensibilité du prosulfocarbe à la dérive pose depuis plusieurs années le problème de la contamination à d’autres cultures, entraînant des déclassements ou la destruction des récoltes. Les contaminations des récoltes d’automne (pommes, poires, mâche, épinards, quinoa, sarrasin…), qui coïncident avec les désherbages des céréales d’hiver, sont régulièrement constatées. « Le préjudice pour la seule filière du sarrasin bio s’élève probablement à plusieurs millions d’euros ces dix dernières années, avec un coût moyen par contamination estimé à 10 000 euros », déplore la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab), qui interpelle depuis cinq ans les pouvoirs publics sur les risques liés à cette molécule.

Le problème majeur réside dans l’impossibilité de certifier l’origine des contaminations. Ainsi, les agriculteurs concernés par ces pertes ne sont pas indemnisés. Ces phénomènes concernent aussi les cultures conventionnelles qui sont également souvent détruites en cas de détection de prosulfocarbe car la LMR, qui est proche du seuil de détection, est alors souvent dépassée.

>> Lire aussi : Vers une indemnisation des parcelles bio contaminées par la dérive

Restrictions d'usage

Au cours des dernières années, les contaminations détectées sur les cultures, mais aussi dans l’air et dans les eaux de surface, ont conduit l’Anses à modifier les autorisations de mise sur le marché (AMM) des produits à base de prosulfocarbe.

Depuis 2017, la réglementation impose ainsi de recourir à du matériel de pulvérisation homologué pour limiter la dérive. En 2018 s’est ajoutée l’obligation d’attendre la récolte d’un certain nombre de cultures non-cibles présentes dans un rayon de 1 km des parcelles à traiter au prosulfocarbe avant l’application de ce dernier.

Syngenta, propriétaire d’un certain nombre d’AMM à base de prosulfocarbe, enjoint les utilisateurs à se rapprocher des agriculteurs voisins pour connaitre leurs dates de récolte. La firme propose aussi l’outil Quali’Cible, qui permet de localiser les cultures avoisinantes.

En 2023, l’Anses a encore restreint les conditions d’utilisation du prosulfocarbe. Les doses maximales autorisées à l’hectare ont été réduites d’au moins 40%. Il est désormais obligatoire d’utiliser des buses permettant une réduction de 90% de la dérive et de respecter une distance de sécurité de 10 mètres avec les zones d’habitation, ou d’appliquer d’une distance de sécurité de 20 mètres le temps de s’équiper de ces buses plus performantes.

>> Lire aussi : L’Anses révise à la baisse l’usage du prosulfocarbe

Demande de retrait

Des règles « manifestement inefficaces », alerte la Fnab, qui demande, outre le retrait des AMM pour tous les produits à base de prosulfocarbe, « la mise en place d’une zone de sécurité minimale d’un kilomètre autour des habitations et des jardins potagers tant que la molécule reste autorisée ».

« Il est profondément injuste que les agriculteurs bio paient le prix de pollutions dont ils ne sont pas responsables, a réagi Olivier Chaloche, co-président de la Fnab, dans un communiqué publié le 22 janvier. L’État ne peut plus rester spectateur : il doit agir pour protéger nos fermes et les riverains. »

La substance est approuvée à l’échelle européenne jusqu’au 31 janvier 2027.