Récolter des données pour les analyser et les vendre : Google va-t-il répliquer sa stratégie au monde agricole ? - Pleinchamp

Récolter des données pour les analyser et les vendre : Google va-t-il répliquer sa stratégie au monde agricole ?

L'événement est passé relativement inaperçu mi-octobre quand une filiale d’Alphabet (maison mère de Google) a dévoilé son projet Mineral, un robot d’analyse aux champs pour maximiser la productivité et préconiser des traitements ciblés. Une nouvelle manière pour la firme d’appliquer sa stratégie d’exploitation des données ou une contribution à une production plus durable ?

Ce ne sont pas des lunettes de réalité augmentée ou une voiture autonome qui ont été dévoilées par Alphabet, la maison mère de Google au travers de sa filiale X, en octobre, mais un robot agricole, dénommé Mineral. En fait de robot, le but de Mineral n’est pas de réaliser des tâches agricoles (semis, désherbage, etc.) mais de recueillir des données aux champs pour ensuite les exploiter.

Ainsi, Mineral a déjà circulé au sein de plusieurs types de cultures (fruits, céréales) aux États-Unis pour collecter des images à l’aide de ses caméras, mais également recueillir des indices de végétation à l’appui de ses capteurs. En parallèle, le projet Mineral récupère des informations externes sur les conditions météorologiques, les sols, etc. afin de parvenir à l'image la plus complète possible du végétal et de l’environnement dans lequel il pousse. L’ensemble des données recueillies est ensuite passé au crible d’algorithmes de machine learning pour modéliser la croissance des plantes et aboutir à une cartographie des champs et de ce qu’il y pousse. La démarche de Mineral n’a, sur le fond, rien de révolutionnaire : les entreprises de l’agtech, françaises ou étrangères, ont fait ce postulat depuis plusieurs années et travaillent sur des démarches similaires.

Toutefois, la différence réside dans l’intégration complète au sein du projet de la captation des données et de leur exploitation, là où le plus souvent les acteurs de l’agtech se focalisent soit sur les capteurs, soit sur les outils d’aide à la décision. Une partition qui tend à la création d’une myriade de solutions plus ou moins interopérables entre elles, générant de la complexité qui freine leur diffusion et leur utilisation. Google pourrait ainsi réussir le pari de la simplification, pari remporté via son activité de moteur de recherche, il y a bien longtemps, face à Yahoo par exemple.

Le second élément de différenciation réside dans les moyens financiers et techniques dont Alphabet dispose par rapport aux autres acteurs de ce domaine. Ces moyens lui permettront de couvrir très vite de nombreux types de cultures, de manière efficace. S’il n’a pas été le premier à franchir la ligne de départ, Mineral pourrait donc très vite rattraper son retard, voire accumuler une certaine avance.

Enfin, si le but affiché par Mineral est d’aider les agriculteurs à optimiser leurs cultures en limitant l'usage des intrants et en restaurant la fertilité des sols, on peut difficilement croire que l’initiative soit purement philanthropique. Si la firme va au bout de la démarche, il s’agira bien de recueillir des données agricoles pour ensuite les analyser et vendre leur exploitation en touchant à un des besoins vitaux de l’humain : se nourrir. De quoi donner du grain à moudre aux autorités de régulation, tant européennes qu’américaines, de plus en plus soucieuses de l’hégémonie des GAFAM.

Article PRISME L’analyse de la conjoncture et de l’actualité agricole et agroalimentaire - Décembre 2020