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Vendredi 18/09/2026
Rouge des prés : comment une « vache à grand-mères » a conquis le cœur d’un éleveur
Après une édition 2025 marquée par un contexte sanitaire difficile, l’édition 2026 du Space a repris ses habituels concours animaux. Durant la journée des races allaitantes, c’est la rouge des prés qui a été mise à l’honneur, à travers l’organisation de son concours National. Environ 70 animaux ont défilé sur grand ring. Dont ceux d’Emmanuel Mary, éleveur passionné.
« Cette race, je l’aime tellement ». Quand on lui parle de la rouge des prés, Emmanuel Mary, éleveur et sélectionneur à Saint-Pierre des Ifs dans l’Eure, s’anime et devient intarissable : « C’est mon activité, mais c’est aussi ma passion, cette race est si belle ! C’est important la beauté… pour moi d’abord, parce que j’ai du plaisir à regarder mes bêtes, mais aussi pour le public, pour véhiculer une belle image de l’agriculture ».
Le concours national, qui s’est tenu le 15 septembre au Space, à Rennes, constituait l’occasion de montrer toute l’étendue de la beauté de la rouge des prés. Race à l’honneur de la journée allaitante du salon, elle a fait défiler environ 70 animaux venus de 22 élevages.
Une race paisible et docile
Seul de son département à participer à ce National, Emmanuel Mary n’a pas ménagé ses efforts : il a emmené six bêtes - quatre jeunes femelles, une vache et un taureau -, à qui il a patiemment appris à marcher durant au moins 15 jours avant le concours. « Heureusement, c’est une race docile, paisible. Après sa beauté, c’est la deuxième qualité qui compte le plus pour moi : il est hors de question d’être stressé dans mon élevage ».
Si Emmanuel Mary ne veut pas être stressé dans son activité d’élevage, c’est qu’il l’a longtemps menée de front avec un travail salarié de conseiller à la chambre d’agriculture de l’Eure. L’élevage a été un investissement conséquent, qui lui a pris ses soirées, ses vacances et ses week-ends… « La passion a été plus forte que tout le reste ». Cette activité d’élevage lui a aussi apporté « une immense fierté » et de la légitimité auprès des éleveurs : « Ils savaient que je les comprenais ».
Retraité de l’organisme consulaire depuis un an, Emmanuel Mary dispose désormais d’un peu plus de temps, qu’il met bien sûr au service de sa race préférée puisqu’il est devenu administrateur de la Sica rouge des prés, l’organisme de sélection et de promotion de la race. « Ainsi, je participe encore plus à son évolution ».
« Des vaches à grands-mères » dont il a vu le potentiel
Emmanuel Mary prend part à cette évolution depuis plus de 30 ans, depuis les premières vaches qu’il a achetées en 1991 : « Quand j’ai choisi mes deux premières bêtes, l’éleveur vendeur m’a dit « tu as choisi des vaches à grand-mères ». Il voulait dire que c’étaient des vaches faciles. Mais en dehors de leur beauté et de leur docilité, j’ai aussi vu tout leur potentiel. J’ai eu plaisir à le révéler. »
Emmanuel Mary se souvient qu’à l’époque, les rouges des prés étaient considérées comme une race du passé, « on les trouvait trop grosses et trop osseuses ». Mais lui en a plutôt vu les qualités, le bon potentiel laitier (puisqu’elle fut laitière jusque dans les années 1980), sa capacité de valorisation des fourrages grossiers, son bon développement, sans oublier sa viande très persillée.
Tout le travail de sélection, mené depuis des décennies par Emmanuel Mary et ses collègues, a justement constitué à garder ses qualités, tout en y adjoignant facilité de naissance - « un veau par vache et par an, c’est le minimum requis » -, ainsi que le développement musculaire allié à la finesse d’os.
Cette évolution génétique est en marche : le concours l’a bien démontré à travers les animaux primés. Et elle n’est pas près de s’arrêter pour Emmanuel Mary, puisque s’il est aujourd’hui retraité de son métier de conseiller agricole, il n’envisage pas une seconde de prendre sa retraite d’éleveur : « J’aurai des vaches jusqu’à la fin de ma vie… je n’envisage pas ma vie sans elles ».
La Maine-Anjou, l’une des rares viandes françaises disposant d’une AOPLa viande d’une partie des animaux de la race rouge des prés peut être valorisée par l’appellation d’origine Maine-Anjou : AOC depuis 2004, AOP depuis 2010. L’engagement dans cette démarche visait à enrayer le déclin de cette race locale, qui s’appelait jusqu’alors Maine-Anjou. Comme cette dénomination devenait celle de sa viande, la race a dû changer son nom. Elle a opté pour rouge des prés, « rouge » pour sa robe pie rouge, et « prés », pour rappeler qu’elle est élevée quasi exclusivement à l’herbe. Le cahier des charges de l’AOP exige notamment au moins 1 hectare de prairie par vache. En 2004, la Maine-Anjou était la deuxième viande bovine à recevoir une appellation d’origine, après le taureau de Camargue. Deux autres viandes ont suivi, le fin gras du Mézenc et le bœuf de Charolles. Comme l’indique son nom, l’AOP est exclusivement réservée aux animaux élevés dans l’aire d’origine de la race, soit la région des Pays de la Loire et une partie des Deux-Sèvres. Eleveur de l’Eure, Emmanuel Mary ne peut pas y accéder. Ce qui ne le dérange pas plus que cela : « Je n’aime pas conduire mes animaux à l’abattoir. Je préfère l’activité de sélection : je sais que mes animaux continuent leur vie dans un autre élevage ». |

