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Vendredi 03/07/2026
Stress thermique : 5 aménagements pour adapter les bâtiments et réduire la perte de lait
REPORTAGE. Ventilateurs, adaptation de la toiture, suppression du bardage, matelas refroidissants… Face aux périodes de fortes chaleurs, plusieurs solutions complémentaires existent pour adapter les bâtiments d’élevage et réduire le stress thermique subi par les animaux. En Loire-Atlantique, lors des pics à plus de 40°C en juin, le Gaec Gaumain Sarran a réussi à limiter la baisse de performance à 2 kilos par jour et par vache.
En 2022, un premier bilan réalisé par les associés du Gaec Gaumain Sarran, avec l’appui de Denis Denion, consultant en nutrition et robot et spécialisé sur la gestion du stress thermique chez Seenovia, met en évidence une perte de lait de 8 kg/jour/vache sur l’ensemble de la période estivale. Des chiffres qui amènent l’élevage, situé à Avessac dans le nord de la Loire-Atlantique, à réaliser plusieurs aménagements afin de réduire le stress thermique des vaches et par ricochet la baisse de production.
1 - La suppression du bardage : créer un flux d'air efficace
Au lendemain de l’épisode de canicule historique qui a touché la France en juin 2026, les performances des vaches de l’élevage, où la température ambiante est montée à 43°C, montrent l’intérêt des investissements réalisés. « Nos vaches ont un niveau de production de 41 kg/jour. Durant la canicule, elles ne sont descendues qu’à 39 kg/jour et, une semaine plus tard, elles avaient déjà retrouvé les 2 kg/jour manquants », se félicite Élodie Ricordel, l’une des associés.
Des chiffres d’autant plus remarquables que le troupeau affiche une moyenne de 225 jours de stade de lactation à la suite du récent épisode de FCO. « Cela prouve que les vaches ont pu se reposer même pendant les fortes chaleurs », analyse Denis Denion, consultant chez Seenovia.
À titre de comparaison, il évoque des pertes de 6 à 16 kg/jour de lait par vache pour les élevages du secteur avec un niveau de production identique.
« La première chose à faire à moindre coût est de supprimer le bardage pour créer un flux d’air. Selon la position de l’élevage dans une zone encaissée ou non, il faudra ensuite prévoir des aménagements au cas par cas », lance l’expert.
2 - Installer des ventilateurs : l'investissement qui rend immédiatement
Suite au bilan réalisé en 2022, les associés du Gaec décident d’installer 9 ventilateurs Cyclone 360°, 4 de grandes capacités dans le bâtiment le plus récent et 5 plus petits dans la stabulation adjacente plus basse. « Nous avons choisi Bioret car c’est une entreprise locale. Quand on demande aux consommateurs d’acheter du lait français, il est logique d’appliquer la même logique dans les investissements de l’élevage », estime Elodie Ricordel.
Dès l’été 2022, aucune perte de lait n’est enregistrée sur le troupeau, démontrant l’intérêt de cet investissement représentant près de 35 000 euros. « Le confort thermique des vaches se situent entre 2 et 15°C. Les ventilateurs sont donc programmés pour démarrer lorsque les sondes atteignent 12°C et accélérer progressivement pour atteindre leur vitesse maximale à 20°C », détaille Denis Denion.
Côté chiffre, il rappelle l’importance d’apporter une vitesse de 2,5 mètres d’air par seconde sur les animaux pour un réel effet, tout en nettoyant régulièrement les ventilateurs pour éviter de freiner l’air. « En termes de positionnement, avec des brasseurs à pale, il faut les placer au double de leur diamètre. Si vous mettez des 5 mètres de diamètre, il faut un intervalle maximum de 10 mètres entre chaque brasseur », précise-t-il.
Au Gaec Gaumain Sarran, le positionnement a également été prévu en fonction des murets de logette pour optimiser le flux d’air dans le bâtiment et ne pas avoir de manque de ventilation entre chaque ventilateur. Les cyclones 72 pouces sont placés tous les 12,5 mètres et les cyclones 52 pouces tous les 10 mètres.
3 - Installer des matelas refroidissants pour permettre le repos nocturne
En 2024, les éleveurs franchissent une nouvelle étape avec l’installation de matelas refroidissants. « Nous avons travaillé avec Bioret pour trouver la technologie la plus adaptée », évoque Elodie Ricordel. Le système consiste en tuyaux alimentés par une eau à 12°C qui parcours les matelas et refroidissent des poches d’eaux froides. Lors des nuits de canicules, ils ont permis d’assurer un couchage à 21°C pour les vaches qui ont ainsi pu se reposer. « Les ventilateurs suffisent jusqu’à 35°C. Au-delà, les matelas refroidissants représentent un vrai plus », constate Denis Denion.
L’installation représente tout de même un investissement conséquent, entre les matelas, la machine pour refroidir l’eau et l’énergie nécessaire à son fonctionnement. « Il faut de la cohérence dans le projet. Ici il y avait une logique avec notre installation photovoltaïque en autoconsommation », souligne l’éleveuse.
De son côté, Denis Denion évoque des solutions alternatives pour permettre aux vaches de se reposer la nuit. « Lors de fortes canicules comme celle de juin 2026 avec un confort thermique insuffisant la nuit dans le bâtiment, il est préférable de leur laisser l’accès à l’extérieur pour qu’elles aillent chercher de la fraîcheur et leur permettre de se reposer le temps que le bâtiment redescende en température. Ce qui peut prendre du temps avec l’inertie. »
4 - Adapter la toiture : supprimer les translucides et isoler
Face aux pics de chaleur dans les bâtiments, l’un des premiers conseils du spécialiste du sujet chez Seenovia repose sur la suppression des plaques translucides en toiture. « Il y a souvent une réticence des éleveurs vis-à-vis de la luminosité, mais sur les bâtiments ouverts sur les longs pans, le rayonnement arrive en quantité suffisante par le côté », assure-t-il. Au Gaec Gaumain Sarran, l’observation des animaux a permis de prouver que les vaches ne se couchaient jamais sur les emplacements ensoleillés à travers les translucides. Décision a donc été prise de les supprimer. « Chauffer des matelas, alors que nous essayons de refroidir, ça n’avait pas de sens. Il y avait aussi l’incidence sur les sondes des ventilateurs lorsqu'elles étaient au soleil », se souvient Elodie Ricordel.
Pour Denis Denion, retirer ces translucides n’est qu’un premier pas. « L’étape suivante, c’est l’isolation de la toiture avec du Bacacier panneau sandwich », annonce-t-il. Ce matériau doit permettre de maintenir l’air à température ambiante sous la charpente. « Le fibrociment capte la chaleur et réchauffe l’environnement alentour avec des températures que j’ai mesurées la semaine dernière à 63°C sous les plaques à l’aide d’une caméra thermique », prévient-il.
5 - Bien maîtriser le douchage
Lors du dernier épisode de canicule, les éleveurs ont pris d’assaut les jardineries afin de mettre en place des systèmes de douchage maison. « Attention, mal installé, le système peut être contre-productif », prévient le conseiller. Il préconise des douchages de 30 à 40 secondes par cycle de 12 à 15 minutes avec du matériel prévu à cet effet. « L’objectif est de mouiller la vache du cou aux hanches et que l’eau ruisselle sur les flancs avec des grosses gouttes », décrit-il. Denis Denion met en garde contre les systèmes de douchage trop longs sous lesquels les vaches s’épuisent à rester debout ou qui créent un bouillon au sol dans lequel elles pourraient se coucher.
« Il y a aussi un risque sur la santé des pattes. En cas d’utilisation de brumisation, il faut arrêter de brumiser quand l’hygrométrie intérieure du bâtiment atteint 55%. Au-delà, cela impactera la capacité respiratoire des animaux », avertit-il. Enfin, il préconise de souffler les tuyaux en fin de saison afin d’éviter que le biofilm y sèche et provoque une contamination de l’eau lors de l’été suivant lorsque le dispositif sera remis en place.
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