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Lundi 29/06/2026

Tomates : comment les producteurs des « Serres d’avenir » veulent relever le défi de la souveraineté alimentaire

Publié par Pleinchamp

Les serres sont parfois taxées d’outils de production industrielle, terme dans lequel les producteurs ne se reconnaissent pas du tout : ils sont agriculteurs et rappellent qu’à ce jour, leurs outils sont les meilleurs compromis entre occupation du sol, consommation d’eau, utilisation d’intrants et productivité. Sur les aspects carbone, l’amélioration est continue. La démarche professionnelle « Serres d’avenir » souligne et accompagne ces progrès dans la durabilité.

La souveraineté alimentaire : le mot est aujourd’hui présent dans tous les discours, tous les médias, tous les plans de filière. Dans les faits, ce n’est pas si simple… Par exemple, sur les tomates, alors que la France possède une excellente maîtrise technique de cette production, la souveraineté est loin d’être totale : on estime que seulement trois tomates sur cinq consommées en frais dans notre pays sont d’origine française.

On manque de tomates françaises

L’import existe, y compris en pleine saison comme en ce mois de juin où la demande est considérable, et la production française ne suffit pas. Pourrait-on faire mieux ? Produire davantage sur le territoire national et éviter l’importation de tomates des Pays-Bas, d’Espagne ou du Maroc, pays dans lesquels les conditions environnementales, sociales, d’accès à l’eau ou au foncier, sont presque systématiquement moins rigoureuses que celles de la France ?

Les 400 serristes français représentés par l’AOPn tomates et concombres de France (association d’organisations de producteurs nationale, qui regroupe en plus les aubergines et les poivrons) sont convaincus qu’ils peuvent produire davantage, tout en respectant des critères élevés de durabilité.

C’est pour rappeler leur rôle, leur importance stratégique (95% des tomates produites en France sont produites sous serres et les adhérents de l’AOPn représentent plus de la moitié de cette production) et, surtout, pour faire connaître les conditions dans lesquelles se fait cette production que l’AOPn a décidé de communiquer davantage sur la charte de qualité commune à tous ses adhérents.

"Il faut communiquer sur ce que l’on fait de bien"

« La charte existe depuis une trentaine d’années, comme condition d’entrée dans l’association », décrit Yann Lecunff, responsable projet de l’AOPn. La charte comporte aujourd’hui 10 piliers, dont la biodiversité, la protection biologique intégrée, la gestion de l'eau, la décarbonation, la RSE… Elle a évolué depuis ses débuts et a même changé son nom l’an dernier en « Serres d’avenir », pour souligner justement que la production « à la française » a de l’avenir.

« Il faut communiquer sur ce que l’on fait de bien », assure Yann Lecunff. Une affirmation que reprend à son compte Anaïs Lafage, maraîchère installée en 2019 en association avec son époux Anthony, aux Serres du Frety, une exploitation située à Pont-Saint-Martin (Loire-Atlantique), dans le bassin maraîcher nantais.

Sur 4 hectares de serres en verre, Anaïs, Anthony et leur quelque 60 salariés (dont 50 saisonniers) produisent chaque année 1100 de tonnes de légumes : des tomates cerises, des tomates typées côtelées et un peu de poivrons, soit l’équivalent de la consommation annuelle d’environ 80 000 personnes (sur la base 14 kilos de tomates fraiches par personne et par an). Toute leur production est commercialisée via la coopérative Océane.

Les Serres du Frety possèdent leur propre atelier de conditionnement. Leur spécialité : les tomates cerises mélangées. (Crédits photo : Catherine Perrot)

« Expliquer, chasser les a priori »

Lors d’une récente porte ouverte où elle a accueilli une quarantaine de visiteurs, Anaïs Lafage a pu mesurer la méconnaissance et les a priori qui pèsent encore sur son métier : « On nous parle de maraîchage industriel ! Mais nous ne sommes pas du tout industriels, nous n’avons que 4 hectares ! Nous sommes des maraîchers, des agriculteurs, et bien sûr que l’on se soucie de notre environnement. »

« Il n’est pas question d’opposer les modèles entre eux, mais notre ambition est d’être socialement acceptable, environnementalement propre et économiquement viable », décrit la jeune femme qui n’a de cesse de progresser sur tous ces sujets.

« Nous suivons bien sûr la charte de l’AOPn, mais nous sommes aussi Haute valeur environnementale, Zéro résidus de pesticides. Chaque année, nous avons une dizaine d’audits, car en plus des labels précédents, nous avons aussi des contrôles Global gap, Grasp (aspects sociaux), des contrôles de la MSA, de la Draaf, des chartes des GMS… ».

Parmi les leviers de réduction des émissions de GES, le chauffage localisé à mi-hauteur permet d’apporter la chaleur au plus près de la plante et de moins chauffer l’air ambiant. (Crédits photo : Catherine Perrot)

« On marche sur la tête »

« Quand on voit qu’on nous critique, ou combien il est difficile d’obtenir des permis pour construire des serres, tout en important des tomates de pays qui ne respectent pas du tout nos engagements, on se dit qu’on marche sur la tête », regrette la productrice.

Si les Serres du Frety progressent sur tous les sujets de la durabilité, celui de l’énergie et de la décarbonation est sans doute le plus crucial aujourd’hui. Anaïs et Anthony Lafage ont fait leur choix : pour 2027, ils investissent dans une nouvelle chaudière électrique.

Cet équipement complètera les panneaux photovoltaïques, les voiles thermiques, les chauffages localisés, les systèmes de récupération de froid de l’atelier de conditionnement… qui sont tous des leviers d’amélioration du bilan carbone.

Yann Lecunff souligne que globalement, tous les producteurs de l’AOPn ont pris cette trajectoire de la décarbonation : les émissions de gaz à effet de serre rapportées au kilo de tomate produit ont été réduites de 57% en 15 ans. « Cela va se poursuivre, nous allons vers un mix énergétique qui pourra combiner électricité, photovoltaïque, géothermie, chaleur fatale, hydrogène…. Il faut nous laisser le temps trouver les solutions disponibles ».

En ce moment, les rideaux thermiques, qui réduisent les besoins de chauffage, sont repliés et les écrans d’ombrage sont déployés. Ajoutés au blanchiment du toit, ils ont permis de maintenir la température intérieure à 30 °C, quand il faisait 40°C dehors… (Crédits photo : Catherine Perrot)

Quelques repères :

La PBI (protection biologique intégrée) est pratiquée par 100% des serristes. Aux Serres du Frety, une salariée s’y consacre à temps plein.

77% des serres pratiquent le recyclage de l’eau : une tomate de serre consomme jusqu’à 10 fois moins d’eau qu’une tomate de plein champ.

Les émissions de GES ont diminué de 57% en 15 ans (projet Pertomco avec l’Ademe).

En 2024, lors de l’ouverture du guichet d’aide à l’investissement pour la transition agroécologique et climatique des serres, l’ensemble des aides a été consommé en… 15 minutes.