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Mardi 06/01/2026

Vers une assurance anti-mildiou en viticulture ?

Selon une étude conduite par l’Université de Bordeaux et l’INRAE, la création d’une « assurance verte », couvrant les pertes de rendement en cas d’attaques fongiques, serait de nature à inciter les viticulteurs à faire usage d’un OAD, avec à la clé une réduction d’usage de fongicides comprise entre 30 et 50%.

Comment sécuriser le recours à un outil d’aide à la décision (OAD), potentiellement porteur d’une réduction d’usage et donc d’impact des fongicides, mais sans garantie absolue de résultat ? En liant le recours à l’OAD à une assurance spécifique couvrant les éventuelles pertes de récolte. Tel est l’enseignement d’une expérimentation conduite par l’université de Bordeaux et l’INRAE, en collaboration avec l’IFV, les coopératives viticoles de Tutiac (Gironde) et Buzet (Lot-et-Garonne) et Groupama, dont les résultats ont été publiés dans la revue European Review of Agricultural Economics.

Dérisquer l’innovation pour lever les freins à l’adoption

Les économistes ont d’abord développé un modèle qui analyse la manière dont un agriculteur prend ses décisions face à un outil innovant dont la fiabilité est incertaine. Ce modèle montre que l’adoption d’une innovation dépend non seulement de son efficacité mais également du « chemin » par lequel l’agriculteur apprend à lui faire confiance : un échec précoce peut suffire à l’écarter définitivement. C’est là où l’ « assurance verte » intervient, en palliant les éventuels ratés de l’OAD, que les viticulteurs-expérimentateurs étaient contraints de suivre. Les producteurs étaient en effet dédommagés des pertes éventuelles de production liées aux maladies par l’assurance à condition qu’ils aient suivi toutes les recommandations de l’OAD, avec une franchise de 5 %. L’expérimentation était en grande partie financée par subventionné en grande partie par la région Nouvelle-Aquitaine dans le cadre du programme VitiREV, visant à réduire l’usage et les impacts des pesticides.

-30% à -50% de fongicides

Le recours imposé à l’OAD a permis de réduire de 30 % à 50 % l’usage de fongicides sur les parcelles en expérimentation (75 ha environ par an), conduites en agriculture biologique comme en conventionnel. Les 3 premières années, les pertes de productions liées aux maladies sont restées en-dessous des 5 %. Ces résultats positifs ont incité les coopératives à étendre la surface expérimentée, et l’assureur à réduire les cotisations. Cependant, une des parcelles a subi d’importantes pertes de production au cours de la dernière année, ce qui a donné lieu au versement d’indemnités par l’assureur. « Ces résultats démontrent que ce type d’assurance serait un levier majeur pour inciter les agriculteurs à expérimenter de nouvelles innovations et pratiques pour réduire l’usage des pesticides », concluent les chercheurs.

Cette expérimentation apporte un nouvelle fois la preuve que le transfert de l’innovation et le « dérisquage » des pratiques novatrices et/ou alternatives constituent les nœuds gordiens des transitions. L’« assurance verte » pourrait ainsi rejoindre la boite à outils agronomique, génétique, mécanique, robotique, numérique etc. au service de stratégies de lutte dites combinatoires, relâchant d’autant la pression sur des pesticides toujours moins nombreux.

A la suite de l’étude, et selon une enquête nationale, réalisée auprès de 412 viticulteurs, entre 48 et 60 % des producteurs interrogés se disent prêts à souscrire à une assurance verte. Une préférence est constatée pour des indemnisations sur la base de l’évaluation des pertes réelles par un expert, plutôt qu’une assurance indicielle basée sur l’indice de pression fongique local mesuré sur des vignes témoins.