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Vendredi 03/04/2026
A Pâques, les cloches sonnent l’alerte. En France : 1 agneau sur 2 est importé.
[Edito] Les cloches vont passer ! Et pour la filière ovine, c’est le temps des meilleures ventes. Pâques reste, de loin, le moment clef de l’année : près de 30 % des achats annuels d’agneau sur cette période. Les mises en avant en rayon et les volumes écoulés donnent le sentiment d’une filière dynamique. Mais la production française ne suit plus.
À l’approche des fêtes Pascales, la production française d’agneaux continue de reculer. Elle se situait autour de 70 000 tonnes équivalent carcasse en 2023, pour une consommation nationale de l’ordre de 140 000 tonnes. Le taux d’auto-approvisionnement est ainsi passé sous les 50 %. Ce recul s’explique notamment par la diminution du cheptel et du nombre d’éleveurs, avec plusieurs centaines de milliers de têtes perdues en une décennie. Aujourd’hui, plus d’un agneau sur deux consommé en France est importé.
Par exemple, dans une célèbre marque de produits surgelés, l’ensemble des morceaux proposés est originaire de Nouvelle-Zélande. Un comble, pour la France, qui produit des agneaux d’exception reconnus sous AOP, IGP et Label Rouge. Mais, l’inflation pèse sur les achats, et tous les consommateurs ne peuvent accéder à ces produits de haute qualité. Et même en se limitant à l’offre nationale, les volumes ne suffisent plus.
Une succession de fêtes qui accentue la tension
Pâques s’inscrit dans une période de fêtes chargée, avec le Ramadan en amont, Pessah, puis l’Aïd dans les semaines suivantes. La demande se concentre sur un laps de temps réduit, mettant les volumes sous tension. En 2024, environ 3 millions d’agneaux ont été abattus en France, un volume en baisse régulière, faute d’animaux disponibles. Les épisodes sanitaires récents, notamment la fièvre catarrhale ovine, ont accentué ces tensions, avec des pertes dans les troupeaux et des décalages dans les calendriers de production. Une partie des agneaux pourrait être disponible après les fêtes, et non pendant.
Le levier du vif ne joue plus son rôle
Dans ce contexte, les importations d’agneaux vivants constituaient jusqu’ici un levier utile, en particulier à l’approche de Pâques. Alimentés en grande partie par l’Espagne, ces flux venaient compléter les disponibilités françaises. Mais ils se sont taris. En 2025, les importations de vif ont fortement reculé. Début 2026, aucune entrée d'animaux vivants n’a été enregistrée depuis l’Espagne. A la clef : moins d’engraissement sur le territoire, moins d’abattages et un marché sous tension au moment où la demande s’accélère. Du côté de la viande importée, le constat est similaire. Les volumes reculent en provenance du Royaume-Uni et de l’Irlande. Seule la Nouvelle-Zélande progresse, grâce à ses prix compétitifs, mais c’est encore bien trop insuffisant pour combler la demande. L’offre est donc limitée, qu'elle soit nationale ou importée.
Nos agneaux, joyaux du patrimoine français
Pour autant, l’agneau français reste solidement ancré et prisé dans notre gastronomie. Bouchers, restaurateurs et circuits spécialisés continuent de le valoriser. Côté cuisine, l’agneau occupe une place à part dans notre patrimoine culinaire, du gigot de sept heures au navarin. La filière ovine française reste tournée vers une production d’excellence. Environ 7 000 éleveurs travaillent sous signes de qualité, soit près de 19 % de la viande commercialisée (source FranceAgriMer). Agneau du Bourbonnais, Agneau de Sisteron ou encore Agneau laiton d’Aveyron : à chaque territoire son agneau. Mais attention, les plus célèbres agneaux de prés salés - de la baie du Mont-Saint-Michel ou de la baie de Somme - ne sont absolument pas disponibles pour les fêtes pascales. C’est justement la période où ils pâturent.
Pâques reste un temps fort pour la filière ovine. Mais derrière ce rendez-vous, la consommation saisonnière de l’agneau masque des difficultés importantes : décapitalisation des troupeaux, manque d’éleveurs, aléas sanitaires, fragilisation des systèmes herbagers. Autant de signaux d’une filière qui peine à maintenir ses volumes. Mais l’agneau français reste une véritable signature. Traçabilité, signes de qualité, ancrage territorial : autant d’atouts qui font sa singularité et lui permettent, sans détour, de montrer patte blanche jusque dans les assiettes.