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Jeudi 13/08/2026

À Vouthon-Bas, entre Verdun et Bure, au Gaec de la Grande colline, la guerre climatique est déclarée

Publié par Pleinchamp

[Reportage] Jacqueline et Mathieu Lauber s’apprêtent à vivre l’année la plus compliquée (quoi que) depuis leur installation en 2021, plombée et irradiée par la sécheresse, en attendant de s’armer pour « blinder » l'autonomie de leur élevage laitier. Rendre les armes ? « Jamais ». Le champ d’honneur ? Pas plus. Mathieu et Jacqueline. À la vie, à la vache.

À Vouthon-Bas (Meuse), l’éclipse solaire du 12 août n’a pas vraiment refroidi l’atmosphère et encore moins fait reverdir le maïs. « Sur un total de 30 ha, j’en ai 50% non fécondés et qui font 1 mètre 40 de haut », déclare Mathieu Lauber. En en plus, j’ai les sangliers dedans ».

50% des 30 ha de maïs ne sont pas fécondés © R. Lecocq
50% des 30 ha de maïs ne sont pas fécondés © R. Lecocq

Depuis l’installation du couple en 2021, c’est la première fois que la situation fourragère est aussi « critique ». « D’habitude, on a toujours un truc qui rattrape l’autre, mais là, j’ai moins de foin », poursuit l’éleveur, qui s’apprête à rentrer un lot de génisses un peu loin de l’exploitation. Un autre lot plus proche continuera d’être approvisionné en paille et mélasse car « tout est grillé ».

Jacqueline et Mathieu Lauber font confiance à la coopérative Ermitage pour défendre le prix du lait © R. Lecocq
Jacqueline et Mathieu Lauber font confiance à la coopérative Ermitage pour défendre le prix du lait © R. Lecocq

La priorité sera bien évidemment donnée au troupeau laitier, constitué de 65 vaches. « Le lait, y a que ça qui paie », déclare Mathieu Lauber, citant des voisins éleveurs de bovins viande, aux prises à des marchands de bestiaux qui « appellent beaucoup moins » depuis quelque temps.

"On y croit toujours, le prix du lait ne descendra pas plus bas, pas à l’Ermitage"

Mais le lait aussi est sur une pente baissière. « 435 de base, on était 430 depuis janvier et 480 l’an passé à cette heure-ci. On y croit toujours, le prix du lait ne descendra pas plus bas, pas à l’Ermitage », veut croire l’éleveur, faisant confiance à la coopérative de Bulgnéville (Vosges), pour « optimiser » les débouchés.

Les marges de manœuvre ne sont pas du côté du matériel, largement fourni par la Cuma © R. Lecocq
Les marges de manœuvre ne sont pas du côté du matériel, largement fourni par la Cuma © R. Lecocq

Il n’empêche, 50 centimes de moins, sur 450.000 litres, « ça fait un trou » dans la paillasse. La ferme aussi va devoir optimiser, « trouver les aliments les moins chers, trouver des marges ». Ça ne sera pas du côté des machines. « On a beaucoup de matériel en Cuma, ça ne nous coûte pas trop cher, difficile de faire mieux ».

Le plus gros poste de charges est incompressible : il réside dans le remboursement de l’exploitation, acquise, « un peu chère », en 2021. « Avec la guerre en Ukraine, le prévisionnel a volé en éclat. Des camions d’engrais à 25.000 euros, ça fait mal ».

A Bure, à quelques encablures de Vouthon-Bas, la terre meusienne (et haut-marnaise) va ensevelir nos futurs déchets radioactifs © R. Lecocq
A Bure, à quelques encablures de Vouthon-Bas, la terre meusienne (et haut-marnaise) va ensevelir nos futurs déchets radioactifs © R. Lecocq

Associé dans un Gaec laitier, situé également en Meuse, Mathieu a jeté l’éponge au bout de 20 ans et s’est mis en quête d’une exploitation à 40 ans. Zéro munition, mais pas (totalement) la fleur au fusil. « On était prêt à partir en Saône-et-Loire, dans la Nièvre ou en Côte-d’Or », se souvient Jacqueline. Le grand sud ou presque. Finalement, le couple a jeté son dévolu pour le sud meusien, pas instagramable (sauf évidemment pour les autochtones, les natifs du coin et l’inchiffrable diaspora meusienne), pas instagramable donc, pour un scroll, deux sous, trois mirabelles de Buxières-sous-les-Côtes, quatre groseilles épépinées de Bar-le-Duc, cinq madeleines de Commercy et six dragées de Verdun. Am stram gram, pic et pic et Instagram.

À Les Eparges (Meuse), un cratère d’obus de la guerre de 1914-1918 © R. Lecocq
À Les Eparges (Meuse), un cratère d’obus de la guerre de 1914-1918 © R. Lecocq

Verdun, soit dit en passant (par la Lorraine), à une heure de vol de corbeau pigeon voyageur de Vouthon-Bas, où les Poilus morts-ensevelis ont préservé la France du premier péril menaçant la France du 20ème siècle, tandis qu’à Bure, tout près de Vouthon-Bas, la terre meusienne (et haut-marnaise) s’apprête à ensevelir nos futurs déchets radioactifs et contribuer à climatiser, électrifier et décarboner la France du 21ème siècle. Rien de moins. Merci la Meuse.

L’amour, ce complément énergétique et protéique, présent ni chez les marchands, ni dans les champs © R. Lecocq
L’amour, ce complément énergétique et protéique, présent ni chez les marchands, ni dans les champs © R. Lecocq

En attendant, c’est le soleil qui irradie les prairies et les maïs et asphyxie les vaches. « Pour moi, une année comme 2026, ça va devenir la norme », redoute Mathieu. « On n’a pas le choix, faut s’armer ». A défaut de retardant au changement climatique, l’éleveur envisage de délaisser ses céréales à paille, soit une vingtaine d’ha, pour des prairies temporaires et ainsi « blinder » sa production de fourrages et son autonomie alimentaire. « D’après le bilan, fourrager, ça doit le faire pile-poil ».

Rendre les armes ? « Jamais » dit le couple, qui en 2023-2024, avait encaissé les balles perdues de la FCO. « On a morflé, se rappelle Jacqueline. On a perdu 14 veaux, 4 vaches et 18.000 euros de lait ». Le champ d’honneur ? Très peu pour eux. L’amour, ce très riche complément énergétique et protéique, présent ni chez les marchands, ni dans les champs ? Ad libitum. Mathieu et Jacqueline. À la vie, à la vache.