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Lundi 18/05/2026
Affichage environnemental : le poulet exotique au soja déforestant mieux noté que le bœuf herbager français ?
C’est ce que redoute Interbev qui interpelle le Premier ministre avant les derniers arbitrages gouvernementaux. Inscrit dans la loi Climat et résilience de 2021, l’affichage du coût environnemental vise à informer les consommateurs sur les impacts environnementaux des produits ou services qu’ils consomment.
« Un bœuf français nourri à l’herbe, élevé sur des prairies qui stockent du carbone et préservent la biodiversité, obtient aujourd’hui un moins bon score environnemental qu’un poulet importé produit à des milliers de kilomètres d’ici, nourri au soja issu de la déforestation et produit dans des conditions incompatibles avec les exigences de la France ». C’est ce qu’affirme Interbev dans une lettre ouverte au Premier ministre, datée du 13 mai.
Les prémices de l’affichage environnemental remontent à 2009 avec le Grenelle de l’environnement avant de figurer dans les 150 propositions de la Convention citoyenne pour le climat finalisée en 2020, puis dans la loi Climat et résilience de 2021. « Depuis cinq ans, les éleveurs français participent aux travaux engagés autour de l’affichage environnemental des produits alimentaires », rappelle I’interprofession bétail et viande, qui souligne les « avancées » de la méthode actuelle avec la prise en compte de « certaines externalités positives de l’élevage » mais qu’elle estime « insuffisantes ».
Les indicateurs génériques et spécifiques au secteur agroalimentaire
La méthode développée par l’Ademe, opérateur technique du projet, repose sur 16 indicateurs d’analyse du cycle de vie (ACV) définis au niveau européen dans le cadre du Product Environmental Footprint (PEF), auxquels s’ajoutent 5 éléments spécifiques au secteur alimentaire, considérés comme des services écosystémiques, à savoir les haies (considérées comme des zones de refuges et de biodiversité essentielles), les prairies permanentes (considérées comme des zones de refuges et source de biodiversité floristique), la taille des parcelles (les parcelles de plus petite taille augmentent les zones tampons et la diversité paysagère), la diversité territoriale (reflétant l'intégration des cultures à des mosaïques paysagères diversifiées favorables à la biodiversité ou à des zones homogènes et l’équilibre territorial (reflétant l'équilibre entre production animale et végétale à l'échelle départementale et le couplage équilibré des productions contribuant au bouclage des cycles des nutriments.
Les 5 compléments pour services écosystémiques viennent en déduction du viennent en déduction du score d’impact mais ils ne peuvent pas représenter plus de 30% du score environnemental. « Un seuil fixé de manière arbitraire, sans véritable débat sur ses conséquences agricoles, territoriales et économiques, alors même que certains aspects restent encore non couverts par cette méthodologie : contribution à la fertilité des sols via les engrais organiques, pertes des habitats liés à la déforestation importée », estime Interbev.
Selon l’Ademe, en ce qui concerne l'alimentaire, la consultation technique s'est terminée fin 2025 et « les orientations ministérielles préciseront les suites à donner aux travaux ». D’où la missive de l’interprofession au Premier ministre Sébastien Lecornu. « Derrière ce choix méthodologique se dessine en réalité une orientation politique lourde de conséquences : celle de considérer que les systèmes d’élevage herbagers français, pourtant parmi les plus extensifs, ne pourront jamais être pleinement reconnus pour leur contribution environnementale globale », déplore Interbev, qui ne lâche pas d’un sabot le gouvernement. Il y a une dizaine de jours, l’interprofession demandait de mettre les bouchées doubles sur l’application d’Egalim dans les cantines.
Dans le secteur du textile, l’affichage du coût environnemental est déployé depuis le 1er octobre 2025, sur une base volontaire. Les travaux techniques se poursuivent afin de consolider le dispositif et de préparer des mises à jour dans les prochaines années, précise l’Ademe.
Le score environnemental est une valeur, en points, qui mesure l’ensemble des impacts négatifs du produit sur le climat, la biodiversité, la pollution de l'air et de l'eau…Ce score n’est pas exprimé en euros, mais en « points d’impact sur la planète ». Et plus ce chiffre est élevé, plus l’impact est important pour l’environnement.


