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Mercredi 24/06/2026

Avec la canicule, les agriculteurs français font face à des pertes massives autant en élevage que dans les champs

Publié par Pleinchamp

Mortalité animale, récoltes décalées la nuit, risques de pertes de rendement : le secteur s'adapte face à l'ampleur de l'événement climatique. Une situation sans précédent que les agriculteurs n'avaient pas anticipée depuis 2003.

À Beauvoir-sur-Mer en Vendée, Stéphane Delapré, éleveur de volailles en label Rouge depuis 42 ans, vit l'un des pires jours de sa carrière professionnelle. Lundi 23 juin, la moitié de ses poulets sont décédés d'asphyxie thermique : 50 % des effectifs perdus en une seule journée, tant dans les bâtiments que sous les arbres des parcours d'élevage. Stéphane Delapré avait mis en place des ventilateurs pour que ses 4 400 poulets et ses 35 000 cailles, puissent supporter la vague de chaleur extrême. Rien n'y a fait face aux 40-41°C. Ses cailles ont enregistré des pertes légèrement moins importantes, mais la question demeure : les survivants tiendront-ils le coup ?
En bovins laitiers, les impacts sont différents mais tout aussi préoccupants. À Les Essarts-en-Bocage, Régis Bonnin a perdu une génisse et observe une chute de production de 4 à 5 litres par jour sur ses 120 vaches (soit une baisse de 10-12 % sur 42 l/j en conditions normales). Les animaux "fragiles sur le plan pulmonaire" résistent moins bien. Au-delà des pertes immédiates, Régis Bonnin redoute des dégâts invisibles : une croissance moindre chez les jeunes bovins et des problèmes de reproduction.

Les récoltes se décalent, les risques d'incendie s'accroissent

Face aux températures extrêmes, les agriculteurs ont dû réorganiser le calendrier des moissons. En Charente-Maritime, des arrêtés préfectoraux interdisent désormais de moissonner entre 14h et 19h pour limiter les risques d'incendie. Deux départs de feu liés à la moissonneuse-batteuse ont été constatés sur le département. Stéphane Baron, céréalier à Virson (Charente-Maritime), en témoigne : sa coopérative Terre Atlantique a décalé ses horaires d'ouverture de 20h à 2h pour permettre les livraisons en fin d'après-midi et en début de matinée. Certes, "on s'adapte", mais selon Stéphane Baron, "tout le monde souffre" face à ces contraintes.

Voir aussi : les gestes de prévention pour limiter les incendies

Les rendements : des menaces bien réelles, pas encore chiffrées

Le risque de pertes de rendement est clairement identifié, mais encore difficile à évaluer précisément. Franck Laborde, responsable des risques climatiques à la FNSEA, juge que "avec un peu d'eau", les maïs et tournesols "devraient résister". Cependant, les cultures en floraison au-dessus de 30°C sont menacées : le pollen devient stérile, d'où le risque d'épis moins fournis. Après une année déjà difficile (pluies février, coup de chaud fin mai), il évalue son rendement blé tendre à 38 q/ha au 20 juin, quand il faudrait au minimum 65 q/ha pour assurer la rentabilité. Mais ce chiffre résulte de plusieurs facteurs climatiques successifs, pas uniquement de la canicule de juin. Autre risque lors des récoltes : le grain pourrait devenir trop sec et trop petit, risquant d'être éjecté avec les pailles lors du tri dans la moissonneuse.

Un événement sans vrai précédent : 2003, c'était différent

Les agriculteurs font face à l'inconnu. Leur dernière référence reste la canicule d'août 2003, mais elle intervenait à une période cruciale : les jours étaient plus courts et le cycle de végétation des cultures était aux trois quarts achevé. Juin 2026 présente une dynamique radicalement différente. Pour Iñaki García de Cortázar-Atauri, chercheur à l'Inrae, la vraie particularité est la succession d'événements extrêmes. Cette canicule s'ajoute aux pluies de février et au coup de chaud de fin mai. C'est l'accumulation qui pèse.

Vers l'agroécologie : s'adapter dans chaque territoire

Toujours selon le chercheur, l'agroécologie propose un cadre d'adaptation de l'agroécologie qui soit se construire dans chaque territoire et pour chaque filière, en fonction des ressources locales (irrigation disponible), de la structure des exploitations et des cultures dominantes. Les initiatives observées (brumisateurs, douchettes pour le refroidissement, décalage des horaires de récolte, adaptation des coopératives) illustrent cette flexibilité nécessaire. Mais elles demandent une coordination entre exploitants, collectivités et structures de commercialisation.
Si l'agriculture française a montré sa capacité à s'adapter, cette série d'événements extrêmes interroge la viabilité à long terme des modèles actuels et accélère la transition vers des pratiques plus résilientes.