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Mercredi 29/04/2026
Boues d'épuration : un nouveau cadre pour limiter les polluants éternels dans les sols agricoles
La France a arrêté un cadre pour gérer les boues d'épuration qui contiennent trop de "polluants éternels" ou PFAS, à l'origine de contamination des sols et de la ressource en eau, lors de l'épandage de ces boues souvent utilisées comme fertilisants sur les sols agricoles.
A cette fin, une circulaire a été signée le 27 avril par les ministères de la Transition écologique et de la Santé et publiée le 29 avril. Elle vise à mettre en place un "programme de mesures de la concentration de PFAS dans les boues", puis un "cadre de gestion des boues" par les gestionnaires des stations d'épuration et, enfin, un "cadre de gestion de la qualité des sols", selon le document consulté par l'AFP.
Une enquête publiée en février par France 3 et Disclose avait révélé des taux records de PFAS dans des sols agricoles de la Meuse et des Ardennes, où des boues industrielles ont été épandues pendant des décennies. Alors que l'eau du robinet fait depuis peu l'objet de mesures réglementaires pour certaines molécules, les boues issues des eaux usées constituaient un angle mort de la prévention.
En raison d'une concentration élevée de ces molécules chimiques quasi indestructibles et aux effets délétères pour la santé, la consommation de l'eau du robinet avait été interdite dans une dizaine de petites communes de ces départements à l'été 2025, dont certaines ont depuis retrouvé une eau potable, selon le gouvernement.
Le gouvernement fixe des seuils
Concrètement, cette circulaire demande aux préfets de prendre des arrêtés prescrivant aux exploitants des plus grosses stations d'épuration, de procéder à une campagne de mesure des PFAS dans les boues destinées à une valorisation agricole, que ce soit l'épandage comme fertilisant, le compostage ou la méthanisation.
Les stations concernées "représentent à peu près 6% du parc, mais 86% des quantités de boues épandues sur les terres agricoles", a indiqué à l'AFP le cabinet du ministre délégué chargé de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, qui table sur de premiers arrêtés préfectoraux courant juin. Les préfets vont demander aux gestionnaires de procéder pendant un an, chaque trimestre, à des prélèvements sur les boues valorisées, de les analyser et de communiquer les résultats.
La circulaire prévoit de mesurer la concentration de 52 PFAS, dont le TFA, le plus présent et le plus petit. La teneur en PFAS ne devra pas excéder un seuil de 400 microgrammes par kilogramme de matière sèche pour la somme de 22 d'entre eux et 40 microgrammes par kg pour la somme de six de ces 22 PFAS, parmi les plus préoccupants.
La détection de ces dépassements doit mener à la suspension de la valorisation agricole des boues et à leur stockage ou destruction par incinération. "Il sera également demandé aux industriels et exploitants de ces stations d'épuration d'aller effectuer des mesures sur les parcelles sur lesquelles il y a eu des épandages durant les cinq dernières années", conformément à une directive européenne de 2025, a souligné le cabinet de M. Lefèvre.
Sur recommandation d'un rapport conjoint de l'IGEDD (Inspection générale de l'environnement et du développement durable) et du CGAAER (Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux), la circulaire a retenu les seuils appliqués en Wallonie. "Pas les plus sévères" mais pas "la réglementation la plus laxiste", permettant "encore de l'épandage", tout en réduisant "l'impact des PFAS sur les terres agricoles", a assuré le cabinet de Mathieu Lefèvre.
Ainsi, les mesures effectuées dans le cas des communes de la Meuse et des Ardennes, dont l'eau a été infestée de PFAS, sont "largement au-delà des seuils wallons", souligne cette source.
Premiers résultats dévoilés par Veolia
Le géant des services à l'environnement Veolia indique avoir lancé à l'été 2025, une campagne d'analyses exploratoires couvrant 32% de la production nationale. "Conduite dans des laboratoires spécialisés et indépendants, cette campagne révèle que 97% des flux analysés sont conformes en moyenne aux seuils fixés par la circulaire ministérielle", assure le groupe.
Cette circulaire sera complétée durant l'été par un arrêté ministériel, sur la base d'un avis attendu du Haut Conseil de la Santé Publique, qui pourrait prodiguer des recommandations supplémentaires, susceptibles "d'ajuster les termes de la circulaire".