Charges de mécanisation (2/5) : des céréaliers réactifs à la conjoncture

Les charges de mécanisation des céréaliers sont alignées sur la profitabilité et ne sont pas déconnectées de celles de nos voisins européens. La tendance à la délégation s’accentue.

« La chute des prix et des rendements à la récolte 2016 a provoqué un changement de stratégie et de pratique dans la gestion des charges. Il s’est traduit par 12% de baisse des charges de mécanisation, de main d’œuvre et opérationnelles sur trois ans ». Telle est l’une des observations relayées dans un rapport du Conseil général de l’agriculture, de l’alimentation et des espaces ruraux (CGAAER), chargé par le ministère de l’Agriculture d’analyser les déterminants motivant l’investissement dans les agroéquipements, voire le surinvestissement. S’agissant des céréaliers, l’analyse tendrait donc à tordre le coup à ce préjugé. Les données analysées sont issues du réseau d’observation d’Arvalis-Unigrains-CerFrance.

Pour la période 2002-2015, caractérisée par une progression de la charge de mécanisation comme des revenus, la mission du CGAAER note que les stratégies étaient étroitement liées à la recherche de solutions fiscales permettant de réduire le revenu imposable.

Poids des charges de mécanisation et de main d’œuvre de la culture de blé tendre (Source : Observatoire Arvalis-Unigrains à partir des données CER France-octobre 2020)
Poids des charges de mécanisation et de main d’œuvre de la culture de blé tendre (Source : Observatoire Arvalis-Unigrains à partir des données CER France-octobre 2020)

L’incidence du potentiel agronomique

Une analyse de groupe réalisée par le centre comptable Accompagnement stratégique (AS) sur des exploitations céréalières (moyenne de 90 q/ha sur 5 ans) confirme les tendances les plus récentes observées par Arvalis. Elle précise que les charges de mécanisation peuvent varier de 256 €/ha à 535 €/ha, soit du simple au double.

C’est principalement la charge d’amortissement du matériel (net de plus-values sur revente) qui marque la différence à hauteur de 200 €/ha. Pour un écart de 21 q/ha entre les meilleurs coûts de production et les moins bons, la charge de mécanisation passe de 40 €/t à 80 € /t pour la production de 60 q/ha. Indépendamment de la bonne gestion technico-économique des exploitants, le potentiel agronomique limité des sols est un facteur pénalisant de la compétitivité. Ainsi quatre groupes de causalité peuvent influer sur la charge de mécanisation : l’amortissement, l’usage du parc de matériel, la potentialité agronomique des sols et la performance de l’exploitant.

La disponibilité et le coût de la main d'œuvre influent directement sur l’évolution des charges de mécanisation, lesquelles constituent un levier destiné à optimiser les charges de main d’œuvre.

Indépendamment de la conjoncture, la mission du CGAAER note une progression régulière du nombre d’exploitations qui délègue partiellement ou totalement leurs travaux.

La France dans la roue de l’Europe

Toujours dans le secteur des céréales, la mission s’est livrée à une comparaison des charges de mécanisation en France, en Allemagne et au Royaume-Uni. Résultat : les charges afférentes à la mécanisation sont à peu près semblables entre les trois pays. Mais importantes : elles représentent 30% des charges totales de l’exploitation et près de 50% si l’on ajoute les coûts de la main d’œuvre familiale et salariée. Là encore, la charge de mécanisation évolue au gré de la conjoncture. Après une hausse continue de ces coûts, l’enchaînement de conditions de production et de marché moins favorables provoque une diminution de ces charges confirmant ainsi les capacités d’adaptation des agriculteurs.

Le rapport du CGAAER relève que le niveau des charges de mécanisation des exploitations de grandes cultures dans les États membres de l’Union européenne, qui présentent des potentiels agronomiques similaires à ceux de la France, est proche des chiffres observés en France.