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Derrière l'abattage sanitaire, le drame humain des éleveurs touchés par la DNC
[Edito] Face à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), la priorité doit être au soutien moral et économique des nombreux éleveurs qui se retrouvent confrontés à un drame sans précédent.
Cette maladie vectorielle, transmise par des insectes piqueurs, a fait son apparition pour la première fois le 29 juin en France. En quelques semaines, 77 foyers répartis sur 45 élevages ont été recensés dans les départements de Savoie, Haute-Savoie et de l'Ain.
Un drame humain avant tout
Derrière les chiffres se cachent des réalités humaines bouleversantes. L'abattage total des troupeaux représente bien plus qu'une simple perte économique. C'est le travail de toute une vie, parfois de plusieurs générations, qui disparaît en quelques jours.
La DNC est inscrite sur la liste des maladies de catégorie A (maladie absente de l’Union Européenne et à éradication immédiate), comme la fièvre aphteuse, la peste porcine africaine ou l’influenza aviaire. Face à cette crise, l'État a déployé une stratégie reposant sur trois piliers : restriction des mouvements d'animaux, vaccination massive et dépeuplement des élevages infectés. Plus de 1700 bovins ont à ce jour été abattus.
Le ministère de l'Agriculture se félicite des premiers résultats : plus de 90% des bovins des zones réglementées ont été vaccinés, ce qui représente plus de 220 000 animaux. Après un plateau d'une dizaine de foyers par semaine entre début juillet et début août, le nombre hebdomadaire de nouveaux foyers a chuté à deux par semaine au cours des deux dernières semaines. Aucun nouveau foyer n'a été détecté depuis le 22 août, signe que la stratégie sanitaire commence à porter ses fruits.
Des aides financières et psychologiques
L'État verse actuellement des acomptes aux éleveurs touchés pour soutenir rapidement leur trésorerie. Déjà, 42 propriétaires d'animaux abattus ont perçu une première aide financière totalisant 2,4 millions d'euros, en attendant les résultats des expertises sur la valeur de remplacement des animaux.
Sur le terrain, plusieurs organismes proposent un accompagnement psychologique aux agriculteurs touchés. La MSA Alpes du Nord offre un soutien social et une aide à la trésorerie. La Chambre d'agriculture Savoie Mont-Blanc, via son réseau Réagir, met à disposition un guichet unique (06 50 19 15 60) pour l'accompagnement administratif et la relance d'activité. Dans chaque commune, des agriculteurs référents servent de relais de proximité.
Malgré ces dispositifs nécessaires, les inquiétudes persistent et la stratégie de l'Etat ne fait pas l'unanimité dans le monde agricole.
La solidarité en action
Face à la stratégie d'éradication par abattage total, une résistance s'est très vite organisée. La Coordination rurale et la Confédération paysanne ont pris position contre ce qu’ils considèrent comme une « brutalité institutionnelle » et un « dogme dévastateur ». A plusieurs reprises, des militants se sont mobilisés pour empêcher l’abattage des troupeaux. Plusieurs référés-liberté ont été portés devant les tribunaux par les syndicats.
Parallèlement, une solidarité se manifeste sur le terrain. Des mobilisations en soutien aux éleveurs et éleveuses des zones touchées ont été organisées, et des cagnottes solidaires ont été lancées pour les aider financièrement. Cette mobilisation collective rappelle que derrière chaque exploitation touchée, c'est tout un territoire qui est affecté.
Quelle que soit l’issue de cette crise, une chose est certaine : la DNC ne sera pas la dernière épidémie à frapper l’élevage français. La façon dont nous gérons collectivement cette épreuve déterminera notre capacité à affronter les défis à venir, dans un contexte où le changement climatique favorise l'expansion de maladies autrefois cantonnées aux régions tropicales.
En attendant, la priorité doit rester le soutien aux femmes et aux hommes qui, chaque jour, malgré les difficultés, continuent à faire vivre nos territoires et à nous nourrir. Car derrière chaque exploitation touchée par la DNC, c'est un projet de vie qui vacille et qui mérite toute notre attention et notre solidarité.