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Mardi 29/09/2026

Foin de coriandre et de luzerne bio à la Ferme de Bouffe Vent ! Mais des graines, de la farine, du pain et des œufs bio

Publié par Pleinchamp

[Reportage] À Beaumont-de-Lomagne (Tarn-et-Garonne), au mitan de leur vie professionnelle et au creux de la vague bio, Lydie et Olivier Hamon ont fait le choix d’investir massivement en capital et en travail pour transformer leurs grains en farine, en pain et en œufs, consacrant au passage le retour des animaux sur la ferme et d’une certaine forme de liberté, sinon de maîtrise.

« Juste après le Covid, le bio a commencé à décliner et du blé que l’on nous achetait 450 euros, du jour au lendemain, il est passé à 180, 200 euros. Deux ans de suite, j’ai vendu en conventionnel mon blé bio à ce prix ». Olivier Hamon n’a pas oublié cette séquence où il a failli jeter l’éponge.

"Dans l’agricole, j’ai eu davantage l’impression de faire tourner un système, à acheter des intrants et à me faire dicter des prix"

Quelques années plus tôt, en 2012, il avait rejoint l’exploitation familiale comptant alors une cinquantaine d’ha, tout en poursuivant conjointement son activité dans les espaces verts. « C’est là que j’ai découvert le système agricole. Dans mon entreprise d’espaces verts, une tondeuse et un ouvrier, je sais combien ça me coûte, et je facture en conséquence pour faire tourner la boite. Dans l’agricole, j’ai eu davantage l’impression de faire tourner un système, à acheter des intrants et à me faire dicter des prix ».

L'exploitation a multiplié les canaux de vente, à la ferme, au marché, au drive, au lycée et à la clinique de Beaumont-de-Lomagne ou encore dans deux petits magasins © R. Lecocq
L'exploitation a multiplié les canaux de vente, à la ferme, au marché, au drive, au lycée et à la clinique de Beaumont-de-Lomagne ou encore dans deux petits magasins © R. Lecocq

En 2019, quand son père se retire définitivement, Olivier Hamon décide de convertir la ferme en bio. « Rien que le pulvé à dos pour désherber la cour, je n’aimais pas ça, alors atteler un pulvérisateur ». L’exploitation produit du blé tendre, du blé dur, du tournesol, du sarrasin, des lentilles, des pois chiches, du lin ou encore du soja, vendus à différents organismes stockeurs. La crise quasi-concomitante du bio et du Covid va changer la destinée de la ferme quand Lydie Hamon, l’épouse d’Olivier, alors cadre-infirmière, cherche à se réorienter professionnellement.

Situé à Beaumont-de-Lomagne, le drive fermier a été inauguré au tout début de l’été 2026 © R. Lecocq
Situé à Beaumont-de-Lomagne, le drive fermier a été inauguré au tout début de l’été 2026 © R. Lecocq

Émerge alors l’idée de valoriser la production à la ferme, en grains (lentilles, pois chiche), en farine et en pâtes alimentaires. « C’est la banque qui nous met sur la piste du pain car elle était davantage prompte à financer un four à bois cinq fois plus cher qu’une machine à fabriquer les pâtes », précise Olivier Hamon.

Le sarrasin est en partie transformé en farine, en partie décortiqué pour soupoudrer des glaces © R. Lecocq
Le sarrasin est en partie transformé en farine, en partie décortiqué pour soupoudrer des glaces © R. Lecocq

Finalement, le producteur achètera les deux équipements, respectivement neuf et d’occasion, et se fera pastier et boulanger. Ou plus exactement pastière et boulangère. Car c’est son épouse, qui rejoint alors l’exploitation, qui va assurer la transformation, la panification (en autodidacte complète) et la vente directe, et par la même occasion son salaire.

La Ferme de Bouffe Vent a recours au big bag Nox avec injection de CO2 pour conserver ses grains © R. Lecocq
La Ferme de Bouffe Vent a recours au big bag Nox avec injection de CO2 pour conserver ses grains © R. Lecocq

Trois ans après, le pari est gagné. Les clients sont au rendez-vous : le samedi matin au marché de Beaumont, deux soirs par semaine à la ferme, cinq jours par semaine dans des magasins revendeurs à Beaumont-sur-Lomagne et Mauvezin (Gers), 36 semaines par an au lycée professionnel Norman Foster à Beaumont (un modèle de respect des ratios de 50% et 20% de produits durables et bio), 365 jours par an à la clinique Midi-Gascogne, toujours à Beaumont. Et 24 heures sur 24 dans le drive que la ferme a installé au début de cet été à côté du terrain de pétanque.

La ferme a investi dans un poulailler mobile maximisant l’automatisation des tâches © R. Lecocq
La ferme a investi dans un poulailler mobile maximisant l’automatisation des tâches © R. Lecocq

« Vous n’avez pas des œufs ? »

Les clients n’en ont jamais assez. Après les farines, les graines de légumineuses et le pain, voilà qu’ils réclament des œufs. Face à des demandes récurrentes et insistantes, la ferme de Bouffe Vent décide d’investir dans un poulailler mobile de la marque Farmermobil, lui aussi mis en service au début de cet été. Un « modèle d’ingéniosité », souligne Olivier Hamon, séduit par le degré d’automatisation des tâches, libérant d’autant le couple.

"Semaine par semaine, le poulailler comme le drive, je sais ce qu’ils me coûtent et ce qu’ils me rapportent"

En l’espace de quelques années, la Ferme du Bouffe Vent a investi « dans les 300.000 euros », avec le soutien significatif de la Région Occitanie, tient à souligner l’exploitant, pas mécontent d’avoir retrouvé de « l’autonomie », et d’être beaucoup indépendant des OS.

Au plan purement comptable, Olivier Hamon a aussi le sentiment d’avoir retrouvé une part de maîtrise. « Semaine par semaine, le poulailler comme le drive, je sais ce qu’ils me coutent et ce qu’ils me rapportent ». Tout sauf de la gestion à la petite semaine.

La ferme de Bouffe Vent produit des œufs et toutes sortes de farines © R. Lecocq
La ferme de Bouffe vent produit des œufs et toutes sortes de farines © R. Lecocq

Les 230 poules consacrent au passage le retour des animaux sur la ferme, qui a longtemps été centrée sur l’élevage de vaches laitières, et donc le retour de l’astreinte. Ce n’est pas exactement la perception de Lydie et d’Olivier Hamon, totalement accomplis dans leurs nouveaux tabliers.

Dans un territoire éminemment rural, il fallait oser transformer et vendre en direct © R. Lecocq
Dans un territoire éminemment rural, il fallait oser transformer et vendre en direct © R. Lecocq

C’est vrai qu’ils auraient pu opter pour la coriandre bio (cf. l’explosion de surfaces en 2024 en Occitanie) sinon pour la luzerne bio, comme certains peuvent s’y résoudre pour s’extraire, notamment en fin de carrière, d’une impasse « technico-éco-climato-économique » dans laquelle semble s’enterrer l’agriculture. Eux ont choisi d’investir massivement en capital (avec le soutien du Crédit Agricole Nord Midi-Pyrénées) et en travail (tri, allotement, stockage, décorticage, fabrication, élevage, vente, gestion...) pour produire des aliments de base, respectueux du milieu, des animaux, de leur clientèle et de leur(s) propre(s) personne(s).