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Vendredi 21/08/2026
Grégory, maillon d’une chaîne de solidarité
« Cultiver l’engagement ». Saison 2, épisode 4. Cet été, Pleinchamp repart à la rencontre d’agricultrices et d’agriculteurs engagés et solidaires. Près de Rennes, Grégory Bertel, éleveur de limousines, prête une petite parcelle de son exploitation à Eddy Valère, ancien agriculteur au Cameroun. Dans l’attente d’une régularisation administrative, Eddy y cultive des légumes et encadre une équipe de « sans papiers » comme lui. Tout ce qu’ils produisent est donné à des associations.
« On se ressemble ! » Lorsqu’ils prennent la pose tous les deux, Eddy Valère et Grégory Bertel affichent leur complicité. Quant à leur ressemblance, elle est bien réelle : tous deux sont agriculteurs, tous deux habitent du côté de Domloup, à 10 km au sud de Rennes, et tous deux partagent les mêmes valeurs d’humanisme et de solidarité.
« Je n’ai pas envie de rester dans ma bulle »
« Ici, j’ai trouvé ma place et mon bonheur », raconte Grégory Bertel, qui élève 35 vaches limousines en production biologique, sur la ferme que sa famille possède depuis près d’un siècle. « Mais je n’ai pas envie de rester tout seul dans ma bulle. A mon petit niveau, je veux changer des choses ».
Sa façon de changer les choses, c’est d’avoir mis à la disposition d’Eddy, depuis janvier dernier, une parcelle d’environ un hectare sur sa ferme. « C’est l’un de mes soixante paddocks, cela ne me dérange pas », assure l’éleveur.
Pour Eddy en revanche, ce petit bout de terre agricole et l’eau du puits qui va avec, représente beaucoup : l’occasion de pratiquer de nouveau son ancien métier, celui qu’il faisait avant de quitter le Cameroun : « Je suis né dans l’agriculture, mon père était technicien agricole et j’ai dirigé une ferme où j’avais 12 salariés » raconte-t-il.
Du Cameroun à Rennes
Obligé de quitter le Cameroun où il n’était plus en sécurité, Eddy a connu le même chemin éprouvant que beaucoup de migrants. Faisant naufrage en Méditerranée, il a eu la chance de figurer parmi les survivants. Arrivé du côté de Rennes en 2023, et malheureusement débouté de sa demande d’asile, Eddy s’est retrouvé, comme beaucoup d’autres, sous une tente dans un « camp de migrants ».
N’ayant pas le droit de travailler légalement, Eddy n’a toutefois jamais cessé de chercher à être actif, entrainant même avec lui d’autres sans-papiers « pour changer les mentalités ». « Quelle que soit ta situation, tu peux faire le choix de te rendre utile » assure-t-il.
C’est dans le cadre de l’une de ses activités agricoles qu’Eddy rencontre Grégory. Depuis qu’il s’est installé en 2006, l’éleveur s’est beaucoup engagé, dans des syndicats, dans la bio et dans les mouvements de l’écologie sociale et solidaire. « Je suis convaincu que l’avenir c’est la solidarité et l’action locale ».
« Je sais ce que c’est qu’être l’étranger »
La requête d’Eddy, trouver une parcelle pour y cultiver des légumes avec d’autres migrants, trouve un écho chez Grégory : avant de revenir s’installer sur la ferme familiale, Grégory a beaucoup baroudé en Europe, exercé des dizaines de métiers différents, et notamment plusieurs années en Suisse : « Je sais ce que c’est qu’être l’étranger. Et aujourd’hui encore, en tant qu’éleveur, je sais ce que c’est que de recevoir des critiques infondées ».
Depuis qu’il a pris en main la parcelle de Grégory, Eddy a fait des merveilles : en quelque mois, l’ancienne prairie s’est recouverte de choux, salades, courges, courgettes, oignons, poivrons… Ancien manager, doté d’une grande patience et plutôt doué dans les langues puisqu’il en parle six, Eddy y encadre une équipe de migrants volontaires de différentes nationalités : « Ça leur fait ainsi un petit bagage professionnel qu’ils pourront valoriser ensuite. Ils auront ainsi une bonne connaissance du climat et du sol local ».
« En tout, nous avons produit et donné 1600 kg de légumes frais » explique-t-il. L’ensemble de la production est en effet redistribué au Secours populaire, aux Restos du cœurs et à des collectifs de migrants et de mineurs isolés.
Une chaîne de soutiens
Mieux encore, cette action fait boule de neige : plusieurs agriculteurs du secteur apportent leur contribution, en donnant, par exemple, leurs plants de légumes excédentaires, en prêtant un bout de serre pour y faire germer des semences, ou en apportant quelques douzaines d’œufs en don pour compléter les légumes.
« J’ai tout un bloc qui me soutient », se réjouit Eddy, qui, par ailleurs, a pu compter sur l’aide des citoyens, qui ont abondé la cagnotte ouverte au nom de son collectif « Les agriculteurs philanthropes » : près de 12.000 € ont été récoltés, permettant d’acheter des semences et du matériel.
Pour Grégory, l’agriculteur qui travaillait seul sur sa ferme, cette aventure est l’occasion de « nouvelles amitiés, de dépasser les barrières culturelles, d’apprendre à se connaître ». « Cela rapproche aussi mon rêve que nous soyons plus nombreux à gagner notre vie sur la ferme. Je crois qu’on peut encore transformer ce monde avec de l’humanité et de la solidarité ».

