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Vendredi 12/06/2026
L’intelligence artificielle, un virage à prendre à pleins poumons
[Edito] Deux livres blancs appellent les agriculteurs à « tester, rater, recommencer » les assistants IA afin de s’approprier au plus vite la technologie et d’en capitaliser les bienfaits, avec comme entrée en matière, l’oralité du métier.
Pas moins de deux livres blancs sur l’intelligence artificielle ont été publiés ces derniers jours. L’un est à mettre au crédit des instituts techniques (Acta), de l'Académie d'agriculture de France et de la chaire numérique de deux écoles supérieures (Bordeaux Sciences Agro et l’Institut Agro Montpellier). L’autre est édité par Hectar, la ferme-campus fondée en 2019 dans les Yvelines, laboratoire des transitions en polyculture-élevage. Les deux ouvrages (gratuits et téléchargeables depuis les liens ci-dessus) sont les bienvenus. D’abord parce qu’ils contribuent à démystifier l’IA, fantasmée ici, érigée là en menace pour l’Humanité. Ensuite parce qu’ils s’appuient sur des cas d’usage qui donnent à voir l’étendue du champ d’application de l’IA à la mode agricole. Et enfin parce qu’ils font la même analyse de ses ressorts, tant du point de vue des logiques d’appropriation par les agriculteurs que des enjeux stratégiques dont elle est porteuse. Un alignement des plus engageants.
-30% de temps administratif
Ainsi, pour les auteurs du premier ouvrage, il faut « accompagner la montée en compétences de tous les publics », « partir des besoins concrets pour identifier les usages pertinents » et enfin « oser se lancer : tester, rater, recommencer ». Et pour Hectar, « la stratégie gagnante consiste à tester l’IA dès maintenant, à se former et à éprouver les outils sur des cas d'usage concrets de sa ferme ». C’est ce à quoi s’est employée la ferme-campus en testant cinq assistants IA « bottes aux pieds », tous basés sur le recueil de la voix, considérée comme le sésame pour capter les données « chaudes riches, exhaustives et essentielles » émises par les exploitants, les salariés, les intervenants extérieurs (vétérinaires, ETA…). On ne citera, parmi tant d’autres, qu’un seul bénéfice : la réduction de 30% du temps administratif grâce à la suppression des ressaisies manuelles.
Sans attendre le Grand défi de l’IA
L’édition coup sur coup de deux livres blancs dit quelque chose de l’impérieuse nécessité de prendre à bras le corps, pour ne pas dire à plein poumons, le sujet de l’IA et activer ainsi un levier de compétitivité, de durabilité et de résilience, dont nul ne peut faire l’économie, avec en prime des co-bénéfices en terme d’allègement de la charge mentale, de recrutement et d’autonomisation des salariés ou encore de transmission du patrimoine intellectuel des fermes.
Publié en début d’année, un rapport du ministère de l’Agriculture appelait l’Etat à définir une stratégie nationale en matière d’IA agricole et agroalimentaire, susceptible de contribuer à relever les défis du secteur, avec comme catalyseur l’organisation d’un Grand défi de l’IA agricole, en se concentrant sur l’amélioration de la prise de décision en situation complexe, la simplification et l’allègement de la charge administrative et l’optimisation de l’utilisation de l’agroéquipement et des données collectées. « L’IA appliquée à l’agriculture et à l’agroalimentaire n’est pas une option technologique parmi d’autres, c’est une nécessité stratégique », indiquait le rapport. Y a plus qu’à… donner de la voix.