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Mardi 09/06/2026

IA : « La stratégie gagnante consiste à tester dès maintenant, à se former et à éprouver les outils sur des cas d'usage concrets de sa ferme »

Publié par Pleinchamp

C’est ce que prône Hectar, qui expérimente sur sa ferme pilote cinq assistants IA, visant notamment à alléger la charge administrative et à renforcer l’efficience du management. Le campus les juge réplicables dans les exploitations, moyennant quelques conditions. Et lance des formations pour apprendre à créer ses propres outils adaptés à son exploitation.

Capter et traduire le « quotidien brut » de l'agriculteur en informations structurées et indispensables, sans perte de temps lié à la ressaisie : tel est le postulat posé par Hectar quand le campus, co-fondé en 2019 dans les Yvelines par Audrey Bourolleau (ex-conseillère agriculture d’Emmanuel Macron) et Xavier Niel (Illiad) décide d’accélérer sur l’intelligence artificielle (IA) avec Hectar.ai

Et si Hectar pose ce postulat, c’est parce qu’à l’issue de 100 interviews d’agriculteurs, l’entreprise a identifié la voix comme le vecteur principal de la « micro-information de terrain », qui transpire d’une salle de traite ou d’un tour de plaine, et qui est par nature évanescente, 40% à 60% des détails critiques étant perdus en cas de saisie différée.

Capter la donnée orale et la transformer en valeur

Or la voix est porteuse de données « chaudes » riches et exhaustives, essentielles à l’expertise agricole et de nature à créer un patrimoine intellectuel permettant d'assurer la continuité des opérations en cas d'absence ou de congés ou, à plus long terme, d’accompagner la transmission de l’exploitation.

Selon Hectar.ai, les études en ergonomie cognitive montrent que parler tout en travaillant demande moins d’effort mental que de s’arrêter pour écrire sur un carnet ou taper sur un écran (souvent illisible au soleil ou inutilisable avec des gants ou lors de manipulation) et que le jargon métier, assimilé par l’IA, traduit mieux mieux l'intention de l’opérateur que si ce dernier devait choisir des options dans un menu déroulant limité. D’où des transcriptions riches en contexte. « Cette exhaustivité de l’information que vont ingérer les assistants permet d’en faire des outils qui comprennent non seulement le « quoi », mais aussi le « comment » et le « pourquoi » d'une action métier, rendant l’assistant IA beaucoup plus pertinent », décrit Hectar.ai. L’audio a aussi l’avantage d’impliquer directement l’ensemble des opérateurs (exploitants, salariés, prestataires de services…), démultipliant la remontée d’informations.

Cinq assistants IA testés « bottes aux pieds »

Problème : comment transformer le savoir oral en données structurées et transmissibles et éviter les ressaisies ? En faisant de l’IA une « oreille invisible » devise Hectar, qui va alors confronter le concept à la réalité de sa ferme pilote. Techniquement, le process repose sur une chaîne de traitement « Multi-LLM » (Large language model) permettant de transcrire de la donnée vocale en phrases écrites, puis en informations structurées, ouvrant la voie à l’automatisation des tâches.

Hectar.ai a développé le concept sur 5 cas d’usage au sein de sa ferme, à savoir, le tour de plaine (de l’observation à la planification), l’état de santé du troupeau (en vue de capitaliser sur l’expertise du vétérinaire), la gestion administrative, à laquelle un agriculteur consacre en moyenne 9 heures par semaine (source Insee), le recrutement (via des offres d’emploi attractives) et enfin l’apiculture (suivi de précision).

Un livre blanc

Les enseignements sont consignés dans un livre blanc intitulé : « L’intelligence artificielle dans les fermes, un levier de souveraineté, transmission et performance », dont le titre résume les atouts. Selon Hectar, les 5 agents IA permettent déjà de rédiger des comptes rendus d'intervention directement en champ, via la dictée vocale sans ressaisie sur l’ordinateur, de capitaliser sur la donnée en la rendant réutilisable année après année, de donner un accès immédiat aux salariés aux protocoles d'experts (vétérinaires, agronomes) en créant un partage du savoir et une autonomisation des équipes ou encore de simplifier la gestion d’équipe en facilitant le suivi des tâches et en sécurisant les protocoles en élevage et notamment en apiculture. « L’utilisation de nos assistants IA a rendu les opérations terrain plus fluides en capitalisant sur l’oralité du métier, indique Astrid Spriet, responsable de l’exploitation. Nos opérateurs en élevage ont gagné en autonomie grâce à un accès immédiat à l’expertise de notre vétérinaire. Ces outils font baisser la charge mentale de toute l’équipe et facilitent la polyvalence des salariés ».

Des formations pour apprendre à créer ses propres outils

Selon Hectar, les solutions testées sur sa ferme sont « entièrement réplicables », en utilisant des outils de LLM standards du marché, garantissant ainsi une mise en œuvre rapide et accessible à l’échelle d’une ferme.

Mais si le coût d'entrée n'est plus une barrière, la courbe d'apprentissage, elle, demande du temps. « La stratégie gagnante consiste à tester dès maintenant, à se former et à éprouver ces outils sur des cas d'usage concrets de sa ferme. C'est en s'appropriant ces technologies aujourd'hui que les agriculteurs garantiront leur indépendance et la résilience de leur ferme demain ». Cependant, l’entreprise indique que « l’IA seule ne transformera pas l’efficacité du quotidien d’une ferme. Il faut la paramétrer, lui donner les bonnes informations, accessibles, structurées et homogénéisées. La ferme doit réaliser un vrai travail de tri, d'ordonnancement et de qualification de la donnée primaire pour tirer le meilleur parti de l’IA ».

Pour aider les agriculteurs à s’approprier l’IA et à créer leurs propres outils, Hectar propose des formations dédiées.