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Lundi 20/07/2026
La chaleur met la framboise française en pause, pas à terre
Fête de la framboise à court de framboises, plants à l'arrêt dans le Sud-Ouest : la vague de chaleur bouscule une filière qui ne couvre que 15 % de son propre marché. Mais rien n'est joué. Les plants sont bloqués, pas perdus, et une baisse des températures peut relancer la production.
Les 4 et 5 juillet la 17ᵉ Fête de la framboise dans l'Eure a dû se tenir pour cette 17ème édition, quasiment sans son fruit vedette. Le chiffre circule chez certains producteurs : 50 % de récolte en moins. Émeline Vanespen, directrice AOPN Fraises Framboises de France botte en touche. « Ça ne se mesure pas comme ça. En réalité, les plants sont bloqués, donc la production est bloquée. » Autrement dit, la plante met sa production en pause plutôt qu'elle ne la perd définitivement. « Si les températures redescendent sur les prochaines semaines, il y aura une production qui va revenir. »
Elle ne nie pas la souffrance des plants pour autant : « les plants sont clairement en souffrance et des plants en souffrance ne vont pas avoir une belle production. » Mais chiffrer aujourd'hui n'aurait aucun sens : « le bilan des rendements se fait plutôt en fin de campagne, puisque c'est très dépendant de la météo. » Sa seule projection, prudente : « je ne prends pas beaucoup de risques étant donné les températures extrêmes subies et le temps qu'elles durent » — la campagne sera inférieure à celle de l'an passé. Nuance importante, un mois à 40 °C dans le Sud-Ouest, ce n'est pas le même problème qu'un pic de trois jours. C'est pourquoi, la récolte n'est pas perdue contrairement à d'autres cultures maraîchères qui subissent des pertes importantes.
85 % d'import de framboises : le vrai talon d'Achille
La chaleur n'a pas créé le déséquilibre, elle l'aggrave. « La filière framboise, c'est une petite filière française en auto-approvisionnement à moins de 15 %, c'est-à-dire que c'est 85 % de la consommation du territoire qui est importé du Portugal, du Maroc et de l'Espagne, principalement. » Une filière qui, dit-elle, « a parfois du mal à jouer des coudes pour se faire de la place sur les étals ». Le sous-approvisionnement est structurel : « on n'a pas assez de framboises françaises pour tout le monde, mais là, avec la canicule, c'est encore moins le cas. »
Le mythe des plants de 15 ans
Une productrice citée par Actu.fr affirmait que ses plants tenaient 15 ans avant, contre 6 aujourd'hui. Émeline Vanespen réajuste : « ça devait être une toute petite productrice qui faisait ça, peut-être en bio, avec des très petits volumes, à mon avis. Parce qu'aujourd'hui, la plupart des productions se font sur deux ans. Il y a même des productions qui se font que sur un an. » Et de conclure : « La plupart des framboises qui sont produites en France, ce n'est pas sur des plants de 6 ans. »
S'adapter : les outils existants ne suffisent plus
Pas de demande d'aide d'État à ce stade. « Non, pas spécialement des aides à l'État. Après, on compte sur l'organisation de la filière. », qui est petite. Les leviers connus pour parer aux aléas climatiques sont déjà déployés : « le blanchiment des abris, de l'ombrage, de la brumisation, ce sont des choses qui existent déjà. » Mais le constat est net : « ce sont des choses qui ne sont pas suffisantes quand on a un mois à 40 degrés, comme c'est le cas là dans le Sud-Ouest. » D'où une piste inattendue : « il faudrait que l'on teste des nouveaux outils, peut-être aller prendre de l'inspiration dans les pays plus chauds là où on se fournit. » Aller apprendre du Maroc et de l'Espagne — les concurrents — pour tenir face à des chaleurs qui « arrivent de plus en plus tôt ». Signe des moyens limités : l'appel à projets « résilience chaleur » lancé par la filière porte sur la fraise, pas sur la framboise. « La filière framboise est tellement petite qu'il n'y a pas assez de moyens pour faire des gros projets. Mais ça va nous donner des pistes à exploiter. »
Congeler ? « Le producteur perd de l'argent »
La congélation comme filet de sécurité ? Réponse sans détour : « la congélation, le producteur ne gagne pas sa vie. Au contraire, il perd de l'argent. Aujourd'hui, la rentabilité de la culture framboise, elle est un petit peu limite. Si ce n'était pas le cas, ça serait une filière beaucoup plus développée. » Le frais représente 95 % de la framboise française. Face à la Pologne, « on n'est pas du tout concurrentiel » sur le surgelé et le sucré gelé.
11 €/kg, le seuil de « l'emmerdement »
Le nerf de la guerre : la main-d'œuvre, « qui représente plus de 50 % du prix total de la production. ». Car la framboise se récolte à la main, fruit par fruit, sans possibilité de mécaniser sans l'abîmer. Émeline Vanespen pose un repère parlant : « nous estimons qu'en dessous de 11 euros du kilo, le producteur entre "le taux d'emmerdement de la culture" et ce qui va en tirer, ce n'est pas suffisant pour en vivre. » Le "taux d'emmerdement", jargon utilisé au sein de la filière désigne, de façon succincte, le prix de la main-d'oeuvre, la hausse des charges mais aussi le fait qu' « il faut y être tout le temps, il faut récolter parfois un peu tous les jours. » La framboise reste « souvent un atelier de diversification, rarement une grosse structure où le producteur ne va faire que cette activité ». D'une exploitation à l'autre, « la réalité est tellement différente ». Dernier caillou dans la chaussure : « on a aussi un gros problème de fraude à l'origine qui plombe pas mal la filière. » De la framboise d'import étiquetée française, sur un marché où l'origine est justement l'argument différenciant. Heureusement, la récolte n'est pas perdue pour cette année, et vous pourrez déguster les framboises (françaises bien-sûr) sur le bout de vos doigts.