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Lundi 31/08/2026
La silphie, trop sobre en eau (et en intrants) pour être belle ?
Introduite en France en 2019, la silphie peine à émerger dans le paysage fourrager en dépit de ses vertus agroécologiques et nutritionnelles. La sécheresse pourrait apporter de l’eau à son moulin moyennant une exploitation multi coupe calquée sur le sorgho ou la luzerne. Et le consentement à investir 1750€/ha… pour 15 à 18 ans.
En ce mois d’août où la quasi-intégralité de la campagne hexagonale (et plus de 100.000 ha de forêts) a subi le plus gros coup de chalumeau de son histoire, avec une vague de chaleur record de 24 jours (28 juillet - 20 août), rares sont les espèces cultivées dont les chloroplastes n’ont pas rendu l’âme. La silphie en fait partie mais avec ses 7500 ha répartis sur le territoire, la vivace de la famille des Astéracées (comme le tournesol) a peu contribué à tempérer l’atmosphère et à constituer des stocks significatifs de fourrage enrubanné ou ensilé, qui vont cruellement faire défaut dans les mois à venir.
Et pourtant. « Avec son système racinaire plongeant à 2,5m de profondeur, la silphie puise l’eau plus longuement et plus profondément », souligne Amédée Perrein, fondateur de Silphie France. Basée dans les Vosges, l’entreprise est depuis 2019 le distributeur exclusif en France (et exportateur dans 11 pays) d’Abica Perfo, variété certifiée dont l‘obtenteur allemand garantit un taux de germination de plus de 90%.
« La silphie n’a quasiment pas besoin d’eau pour la 1ère coupe, poursuit Amédée Perrein. Les coupes suivantes sont réalisées chaque fois que la plante atteint entre 1 et 1,2 mètre de hauteur, soit après 6 à 7 semaines. Jusqu’à 3 ou 4 coupes sont réalisables selon la météo et la qualité de de la terre. Mais une année de sécheresse comme 2026, dans les terres les moins fertiles, on réalisera 2 coupes à raison de 4 à 5 t de matière sèche par coupe par hectare ».
De nombreux producteurs de maïs, aux prises à des rendements faméliques de 4 à 5tMS/ha et parfois sans épi, en une et une seule coupe faut-il le préciser, s’en seraient sans doute contentés cette année. Des épis, la silphie n’en fait pas, ce qui n’empêche pas l’espèce d’être créditée d’une valeur alimentaire n’ayant rien à envier la luzerne, selon Amédée Perrein. « En exploitation multicoupe, à la manière du sorgho et de la luzerne, on atteint les 20-23 de protéine une UFL, soit plus que la luzerne ».
En tonnage, la silphie rivalise également avec la légumineuse avec un rendement potentiel de de 16 à 17tMS/ha/an. « Dans les bonnes terres, en multicoupe, avec de l’eau et une fertilisation adaptée », précise son promoteur. Mais sans eau, elle ne brûle pas et conserve sa couleur noire-verte puissante ».
Problème : ce mode de conduite (en dehors de l’impondérable question hydrique) n’est pas exactement suivi à la lettre par la majorité des producteurs, tentés par la simplicité (une seule coupe) et la sobriété en intrants, en l’espèce un apport de digestat en mode économie circulaire, la finalité étant de remplir un digesteur et non des rumens. « Avec une coupe unique en fin de floraison, la valeur alimentaire de la silphie équivaut à celle d’un foin moyen, admet Amédée Perrein. Mais ce n’est pas l’itinéraire préconisé en production fourragère », martèle Amédée Perrein, qui se débat avec des références d’Arvalis établies dans le cadre d’une monocoupe finale
Le débouché méthanogène en en partie perverti le positionnement de la silphie. « Cet été, j’ai reçu de nombreux appels de méthaniseurs disposés à récoltés prématurément la silphie pour venir en aide à des éleveurs à cours de fourrage », s’enthousiasme Amédée Perrein, qui veut croire que la silphie finira pas s’installer dans le paysage.
Mais celui qui est aussi à la tête d’un négoce agricole dans les Vosges estime que la sobriété en intrants (hors herbicides au départ et hors engrais) d’une espèce pérenne (18 ans d’exploitation) produisant beaucoup de biomasse (code Pac MSW004), supportant la sécheresse (mais résistant plus de trois mois à l’immersion), indifférant les sangliers et rivalisant avec la luzerne dessert sa cause. En 2026, à l’heure où les stocks fourragers sont rachitiques et les trésoreries exsangues ? « La silphie ne sert pas forcément l’intérêt des distributeurs », affirme Amédée Perrein, qui comptabilise 7500 ha en France.
Sécheresse des sols… et des trésoreries
A défaut, les Agences de l’eau en font leur miel (l’espèce est mellifère) dans les zones de captages sensibles, appréciant sa classification « bas niveau d’intrant ». L’investissement de départ est aussi un frein à l’expansion de la silphie puisqu’il faut miser 1750€/ha pour disposer d’une semence certifiée à la germination garantie et patienter, selon la qualité d’implantation et la météo, entre une et trois campagnes pour obtenir son plein rendement. Entre sécheresse des sols et des stocks et sécheresse des trésoreries… « En bordure de forêt, en bordure de lotissement, sur des parcelles très éloignées, pour l’autonomie protéique ou encore pour diversifier ses intrants de méthanisation, tout éleveur a le potentiel pour implanter de 1 à 100 ha de silphie sur sa ferme », conjure Amédée Perrein.

