Le camion d’abattage du Bœuf éthique bientôt dans les cours de ferme - Pleinchamp

Le camion d’abattage du Bœuf éthique bientôt dans les cours de ferme

Ce concept d’abattage totalement inédit est attendu en mai dans le bassin allaitant du charolais. A l’origine du projet, l’éleveuse Émilie Jeannin et son modèle biffant tous les travers de l’abattage industriel se sait attendue au tournant. Gare : un camion peut en cacher deux autres.

Cinq ans après avoir découvert le concept d’abattage à la ferme en Suède, Émilie Jeannin a gagné son pari. La veille de Noël, elle a passé commande de l’abattoir mobile à une entreprise finlandaise. L’investissement matériel s’élève à 1,3 million d’euros et à 1,8 million d’euros au total, en comptant les fonds nécessaires au recrutement du personnel et à la montée en charge de l’entreprise.

Si la jeune éleveuse n’a jamais douté, encore fallait-il rallier à sa cause les soutiens, autant moraux que financiers. Émilie Jeannin a fait carton plein sur les deux tableaux. Banques, investisseurs privés (entrés au capital de la SA Le bœuf éthique), collectivités (Région Bourgogne Franche-Comté), pouvoirs publics (subventions d’aides à l’innovation de Bpifrance et de FranceAgriMer) ont permis de finaliser le tour de table, sans oublier les particuliers. En moins de cinq jours, Le Bœuf éthique a collecté auprès de Miimosa 250 000 euros en prêt participatif.

L’entreprise a par ailleurs répondu aux appels à projet du Plan de relance ciblant la modernisation des élevages et des abattoirs. « Pendant cette phase préparatoire, les services vétérinaires, qui dépêcheront un inspecteur plusieurs heures par jour sur site, se montrent très coopératifs » relève Émilie Jeannin.

Zéro kilomètre en camion (pour les animaux)

On n’oublie pas les premiers intéressés, à savoir les éleveurs, dans les starting-blocks, nombreux à manifester leur soutien à un projet dont on ne peut toujours pas occulter, malgré sa réalité, la part d’utopie qu’il recèle, au plan logistique et plus encore financier.

"Le Bœuf éthique porte aussi l’ambition de montrer qu’un autre modèle est possible"

Comment l’abattoir, mobile et donc intermittent, va-t-il être rentable alors que les abattoirs à haut débit sont sur la corde raide ? Comment va-t-il supporter la charge de ses cinq salariés sur la route et de ses six autres se consacrant à l’administration et au commerce de la viande ? Comment satisfaire la promesse du zéro kilomètre en bétaillère ou en camion pour les animaux vifs ?

« On ne rassemble pas les animaux de Pierre, Paul, Jacques sur la ferme de Michel, confirme Émilie Jeannin. Si les abattoirs ne sont pas rentables, c’est parce qu’on leur faire supporter beaucoup de charges et que toute la valeur est captée en aval par les intermédiaires. Au-delà de la promesse sur les conditions d’élevage, sur les conditions d’abattage et sur la qualité de la viande, Le Bœuf éthique porte aussi l’ambition de montrer qu’un autre modèle est possible, rémunérant les éleveurs à leur juste valeur, notamment en supprimant certains intermédiaires et tout se mettant à la portée des consommateurs, la viande de bœuf étant une viande relativement chère ».

Emilie Jeannin élève avec son frère Brian 240 bovins de race charolaise à Beurizot en Côte-d'Or
Emilie Jeannin élève avec son frère Brian 240 bovins de race charolaise à Beurizot en Côte-d'Or (Crédit Photo : R. Lecocq)

Une charte et un contrat pour les éleveurs

Pour avoir la maîtrise des flux et des comptes, Le Bœuf éthique achètera les animaux vifs aux éleveurs avant d’en assurer l’abattage puis la commercialisation. « Nous allons établir des contrats avec les éleveurs qui devront par ailleurs s’engager sur une charte entourant les conditions d’élevage, explique Émilie Jeannin. Nous nous engageons à mieux les rémunérer. Il y a urgence pour contrer le mouvement de décapitalisation à l’œuvre depuis trois ans. En bout de chaine, les consommateurs paieront la viande au prix du bio sinon légèrement au-dessus. Les gens qui nous soutiennent dans notre entreprise sont en accord avec ces principes ».

La viande partira en carcasses auprès de bouchers, sinon découpée auprès de la restauration ou encore conditionnée en direction de magasins, le choix d’enseignes « éthiques » étant en cours de négociation. La vente en ligne permettra de toucher les consommateurs physiquement distants mais éthiquement proches.

Le Bœuf éthique se consacre actuellement au recrutement de ses salariés, avant d’entamer les démarches de contractualisation avec les éleveurs. Le camion, ou plutôt les camions, puisque le convoi compte en réalité trois véhicules (abattage-frigo, déchets, bureau-sanitaires) sont attendus à Beurizot (Côte-d’Or) au mois de mai.