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Vendredi 17/07/2026

Le Cirveau expérimente l’accès extérieur des veaux de boucherie : des performances au rendez-vous, mais une viande qui se colore

Publié par Pleinchamp

Une récente expérimentation du Cirveau a permis de montrer que les veaux de boucherie passaient un temps non négligeable à l’extérieur lorsqu’une courette leur était proposée. Si les performances de croissance n’en sont pas affectées, la viande a tendance à se colorer, ce qui présente un vrai frein économique. La station expérimentale prévoit de mener trois nouveaux lots avec différentes saisonnalités pour construire des références techniques et économiques solides.

Entre le 20 août 2025 et le 11 février 2026, le Cirveau (Centre d'innovation et de recherche sur le veau), situé à Mauron, dans le Morbihan, a mené un premier lot de veaux dans les bâtiments avec courettes et ouvertures sur l’extérieur livrés en 2024. Une première pour ce type d’élevage qui se pratique habituellement dans des bâtiments fermés.

Premier constat positif, les veaux sortent quand ils en ont la possibilité. La contrepartie négative, c’est une viande plus rouge qu’en bâtiment fermé. Or, ce critère conditionne la rémunération des éleveurs. « Face à l’évolution des attentes sociétales, nous devons étudier de nouveaux modes d'élevage pour produire des références sur les performances des animaux ainsi que l’aspect sanitaire mais aussi économique », justifie Louise Dietlin, chargée d’étude au sein du Cirveau.

Durant la présentation de ces premiers résultats collectés, elle met cependant en garde : « Ces premières données doivent être prises avec beaucoup de prudence. Trois autres lots doivent être réalisés, pour étudier notamment l’impact d’une saison hivernale en phase de démarrage ».

Des courrettes bien utilisées

Pour expérimenter l’accès à l’extérieur des veaux de boucherie, le Cirveau dispose de trois installations. L’OpenBat est ouvert sur les deux côtés les plus larges, alors que le Protobat ressemble à un bâtiment d’élevage classique avec un pan ouvert vers l’extérieur. Les deux peuvent être équipés de filets brise-vent. Pour les deux dispositifs, seule une partie des veaux a eu accès à des courrettes extérieures. Une dernière installation, dénommée igloo, ressemble fortement aux équipements éponymes utilisés pour élever les génisses laitières. Les dimensions de celui du Cirveau permettent d’y élever dix veaux simultanément.

Dans les trois cas, les veaux qui y avaient accès ont passé environ un tiers de leurs journées dans les courrettes. Le nombre de pas réalisés par les veaux, calculé à l’aide d’un podomètre, varie également. « Mais ce critère semble davantage corrélé au type de sol, paillé ou en plancher bois ajouré, qu’à l’accès ou non à l'extérieur », analyse Louise Dietlin.

Travailler sur aire paillée représente un changement d’habitude pour les éleveurs (© TD).

Une croissance au rendez-vous

Sur ce premier lot élevé dans des bâtiments ouverts, les veaux ont suivi la même cinétique de gain moyen quotidien (GMQ) de poids que les lots menés simultanément en bâtiment fermé. La conformation des carcasses est elle aussi au rendez-vous. Seul l’igloo montre un décrochage en finition des veaux et un poids de carcasse en vif à l’abattage inférieur aux autres modalités.

L’une des principales différences entre les modes d'élevage apparaît sur les veaux qui ont accès à l’extérieur via les courettes. « Dès que l’on donne un accès à l’extérieur, il y a plus de coloration de la viande. À ce jour, nous n’avons pas suffisamment de données pour expliquer ce phénomène », constate Louise Dietlin. À noter, les veaux avec des bâtiments ouverts mais sans accès à l’extérieur ne sont pas concernés par cette coloration.

Côté sanitaire, les veaux dans les bâtiments ouverts ont reçu moins de traitements pour les pathologies respiratoires que ceux élevés dans une infrastructure fermée.

Dans le premier lot étudié, l’igloo a montré ses limites lors de la finition des veaux (© TD).

Les éleveurs peu convaincus

Présents lors des portes ouvertes du Cirveau, plusieurs éleveurs de veaux restaient sceptiques sur ces nouveaux modes d’élevage. « Sur un lot, si nous avons plus de 20% de carcasses colorées, le prix est minoré. Ce n’est pas jouable ! », souligne Matthieu Joly, éleveur de veaux de boucherie en Ille-et-Vilaine.

Il émet également des doutes sur l’igloo et l’OpenBat qui ne permettent pas un élevage individuel des veaux lors des premières semaines. « Nous avons des animaux qui arrivent de tous horizons. S’ils sont tous mélangés et qu’une maladie se déclenche, c’est très compliqué de traiter », assure-t-il.

Côté alimentation, il craint qu’en collectif, les plus grands gabarits se servent sur la ration des plus petits. Enfin, il relève le travail supplémentaire de curage de la paille dans ce type d’installation innovante.

Parmi les trois installations testées, seul le ProtoBat, semblable à un bâtiment d'élevage classique mais avec un pan ouvert sur l'extérieur, et dans sa configuration sans courette, semblait recevoir l'adhésion de certains professionnels.

Le ProtoBat possède un fonctionnement identique à un bâtiment classique avec ventilation mécanique, avec néanmoins un côté ouvert sur l’extérieur et la possibilité de mettre des courettes (© TD).