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Vendredi 26/06/2026

Marché des engrais : visibilité zéro pour les prochains semis

Publié par Pleinchamp

[Edito] L’accord signé entre les Etats-Unis et l’Iran a entraîné une détente des cours de l’ensemble des matières énergétiques, mais l’incertitude demeure totale. Les prix des engrais restent élevés, compromettant la visibilité pour les semis d’automne.

Après plus de trois mois de guerre, les Etats-Unis et l’Iran ont signé le 17 juin 2026 un protocole d’accord censé mettre fin à un conflit qui, avec le blocage du détroit d’Ormuz, a provoqué une crise énergétique mondiale majeure. L’annonce a entraîné une chute des cours de l’énergie et des engrais, mais la prudence reste de mise. Les négociations entre les deux pays se poursuivent sur divers sujets, notamment le nucléaire iranien, susceptible de tout remettre en question.

L’incertitude reste totale pour les prochaines semaines et donc pour la future récolte 2027. Car même si les hostilités cessent, il ne faut pas s’attendre à un retour à la normale avant des mois, voire des années. A quel prix les agriculteurs vont-ils pouvoir s'approvisionner pour leurs prochains achats ?

Pour les producteurs, le niveau des charges reste trop élevé au regard, notamment, des prix du blé qui ne permettent pas couvrir les coûts de production. La moisson qui démarre sera la quatrième d’affilée ne permettant pas de dégager des marges positives. Et ce, même si la canicule actuelle permet un rebond des cours.

Face à la hausse du prix des engrais, qui a démarré bien avant la guerre au Moyen-Orient, la jachère a déjà gagné du terrain cette année, avec une hausse de 20 000 hectares par rapport à 2025. La sole de maïs, elle, a fondu de 300 000 hectares. Qu’en sera-t-il des semis de blé cet automne ? Le manque de visibilité et les incertitudes géopolitiques bousculent les assolements.

Vulnérabilité des pays importateurs

Les engrais sont devenus un enjeu de souveraineté majeur pour les pays importateurs. Le 8 juin dernier, les ministres de l’Agriculture des pays du G7 (France, Allemagne, Italie, Royaume-Uni, Japon, Canada, Etats-Unis) ont tenu une réunion extraordinaire consacrée aux prix des engrais et aux chaînes d’approvisionnement dans le contexte du conflit au Moyen-Orient. Si aucune annonce concrète n’en est sortie, la tenue même d’une réunion du G7 dédiée aux seuls engrais en dit long sur leur aspect éminemment stratégique.

L’Union européenne, qui fait partie des premiers importateurs mondiaux d’engrais azotés, a présenté un plan visant à garantir l'approvisionnement en engrais et la sécurité alimentaire de l'Europe. Le plan prévoit des mesures d’urgence, notamment une aide financière de 540 millions d’euros à destination des agriculteurs, ainsi que des mesures à plus long terme, visant à encourager le recours à des solutions de substitution. Outre les engrais organiques, la Commission européenne mentionne d’autres pistes comme la biomasse des algues, des solutions microbiennes, des biostimulants ou encore la récupération de l'azote et du phosphore dans les boues d'épuration. Reste à prôner la méthode « Notre-Dame » pour accélérer les transitions et réduire nos dépendances et nos vulnérabilités.