- Accueil
- Mercosur : un fragile répit pour finir l’année
Vendredi 19/12/2025
Mercosur : un fragile répit pour finir l’année
[Edito] Après avoir enflé toute l’année, la colère agricole s’est muée cette semaine en manifestations tous azimuts. Détresse face à la dermatose nodulaire bovine, craintes sur les taxes carbone, fureur contre l’accord avec le Mercosur. Le report de la signature à janvier n’offre qu’un répit fragile pour finir l’année.
Décembre 2024 : après 25 ans de pourparlers, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen conclut les négociations avec le Mercosur, au grand dam de la France, qui précise que l’accord n’est « ni signé, ni ratifié », et des organisations agricoles, qui évoquent un « coup de poignard » et une « trahison » de l’Union européenne. Cette étape marque l’ouverture formelle du processus d’adoption et de ratification de l’accord.
Décembre 2025 : alors que les Etats-membres favorables (Allemagne, Espagne, Portugal…) poussent pour une conclusion de l’accord avant la fin de l’année et que le Brésil met aussi la pression, Ursula von der Leyen annonce le report de la signature à janvier 2026. Un répit de courte durée pour la France, qui ne cesse de marteler que le texte n’est toujours pas acceptable « en l’état ».
Malgré l’unanimité de l’opinion française à l’encontre de cet accord (sénateurs, députés, ONG, ainsi que tous les syndicats agricoles), Paris privilégie depuis plusieurs mois une stratégie de report plutôt que la construction d’une minorité de blocage avec d’autres pays. Une ambiguïté qui a surpris et déçu les syndicats.
L’année 2025 a été jalonnée de prises de positions anti-Mercosur, assorties de plusieurs manifestations. La colère agricole, qui a enflé toute l’année, atteint une forme de paroxysme à l’approche de cette fin d’année.
Car le Mercosur est loin d’être le seul sujet de grogne.
Face à la DNC qui ne cesse de faire de nouveaux foyers, diffusant crainte et détresse dans de plus en plus de régions, une révolte transpartisane (certaines sections des Jeunes agriculteurs ayant rejoint la Confédération paysanne et la Coordination rurale) prend de l’ampleur, contestant la stratégie d’abattage totale défendue par l’Etat depuis l’apparition du premier cas cet été. Après des blocages locaux sur les exploitations touchées, le mouvement s’est étendu cette semaine sur les axes routiers nationaux.
Face à un prix du blé au ras des pâquerettes, qui ne couvre pas les coûts de productions, les céréaliers sont dans le rouge, et toute mesure impactant à la hausse leurs charges sont autant de gouttes d’eau qui font déborder le vase. Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), qui doit s’appliquer dès le 1er janvier à l'acier, l'aluminium, le ciment, les engrais, l'électricité et l'hydrogène, fait partie de ces gouttes d’eau. Sur ce point, l’UE a fait machine arrière, limitant à 1% la majoration sur les engrais.
Trop tard et insuffisant pour apaiser les syndicats. Mercredi, une centaine d'agriculteurs s'est rassemblée devant le siège du Parlement européen à Strasbourg à l'appel de la Coordination rurale. Le même jour, les syndicats agricoles de Via Campesina, dont la Confédération paysanne pour la France, manifestaient à l'aéroport de Liège, considéré comme une voie d'entrée des denrées extra-européennes.
Jeudi, à l’appel de la Copa-Cogeca et de la FNSEA, ils ont été plusieurs dizaines de milliers à converger à Bruxelles, en plein sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE. Contre le Mercosur, les normes, la concurrence déloyale. Mais aussi contre le budget de la future Pac, rabotée de plus de 20%.
Deux ans après le mouvement « On marche sur la tête », et alors que l’instabilité politique s’est exacerbée, les agriculteurs attendent toujours un cap clair. « On perd la boussole » pourrait désormais résumer le sentiment général.